Il y a trente-cinq ans, une amie m'avait
conseillé de lire L’Étoile rose de Dominique Fernandez. Le livre était
paru quelques années auparavant, et cela fait quarante ans cette année. Je
l'avais lu de manière trop rapide. J'étais un jeune homme pressé. Peut-être
aussi les événements et l'histoire que raconte Dominique Fernandez me
paraissaient déjà loin, alors qu'une partie du livre se déroulait quelques
années auparavant, pour moi au sortir de l'enfance.
Je l'ai relu sans presque pouvoir le
lâcher, tant il m'a semblé d'une surprenante actualité. Le texte
d'introduction, que Dominique Fernandez a écrit en 2012 s'intitule
« Trente-quatre ans après ». Il s’agit ainsi de cette période lorsque
parut L’Etoile rose, où la place de
l’homosexualité dans la société française peinait à sortir de son placard. Dix
ans après les événements de mai, dans l’effervescence des esprits, de la
volonté des corps de se saisir de la beauté du monde malgré les rigidités de la
société, savoir que l’on préférait les garçons aux filles obligeait à se poser
contre un certain nombre d’idées reçues, d’institutions attardées, et, dans le
même temps, la volonté des peuples à sortir enfin de la pensée coloniale
permettait de mettre en action l’autonomie de sa façon d’être et de faire. Cela
permit et amena la victoire de la
Gauche en 1981, rapidement décevante en beaucoup de perspectives,
mais qui délivra le monde homosexuel de l’opprobre auquel son histoire
occidentale le rattachait. Trente-quatre ans plus tard, l’état des choses reste
mitigé : alors que le mariage peinait à être accepté par une société
française déchirée, les thèmes culturels dont le monde gay restait porteur sont
passés aux pertes d’un nouveau monde définitivement dévolu à la consommation.
« Être homosexuel, ce n’était pas seulement
aimer des personnes de son sexe, mais s’opposer au système en place, à ses
valeurs, à ses lois, à ses dirigeants. C’était prendre ses distances envers la
famille, la patrie, la religion, l’école, c’était choisir la marge et cultiver
un ferment révolutionnaire. A présent, le triomphe des gays (au moins sur la
scène parisienne) a changé leur nature : ils sont dans le chic, dans la
mode, dans la consommation. Ils renforcent le système, ils ne le contestent
plus. Ils en deviennent les piliers. »
Le livre, qui se présente comme un roman, est écrit par David et s’adresse à Alain, plus jeune que David d’un peu moins de vingt ans. Il lui raconte de quelle manière l’histoire des homosexuels reste singulière, et comment, quelle que soit la forme dont on aime les garçons, on ne peut que ressentir ce confus sentiment de solidarité dans cette suite d’aventures contrariées qui émaillent le très long Moyen-âge.
L'extrait qui suit se déroule pendant les événements de 1968 à Paris.
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Le livre, qui se présente comme un roman, est écrit par David et s’adresse à Alain, plus jeune que David d’un peu moins de vingt ans. Il lui raconte de quelle manière l’histoire des homosexuels reste singulière, et comment, quelle que soit la forme dont on aime les garçons, on ne peut que ressentir ce confus sentiment de solidarité dans cette suite d’aventures contrariées qui émaillent le très long Moyen-âge.
L'extrait qui suit se déroule pendant les événements de 1968 à Paris.
5 commentaires:
je cherchais des lectures pour passer le temps "intelligemment" en transport en commun : grâce à vous je sais vers lesquels me tourner , les précédents ouvrages de l'auteur m'ayant plu au point de vouloir connaître la fin, puis regretter d'y avoir couru si vite!
Bonjour à Vous,
Depuis longtemps, j'avoue, j'ai quitté l'actualité littéraire de cet écrivain. Malgré tout, je garde en mémoire un des plus beaux styles actuels.
Néanmoins, je trouve en ces extraits toute l'envie de m'y replonger, et notamment à la lecture de votre note: "Etre homosexuel...". J'ai l'impression de me revoir dans une salle à manger de notables en province, et de me dire jeune homme "Ce n'est pas possible que je vive cela encore!".
Je vous remercie pour cette découverte dans mon cas.
Joseph, vous ne regretterez pas cette lecture, j'en suis convaincu.
François, je crois que Dominique Fernandez a conservé toute sa fraîcheur d'esprit et reste un très grand écrivain. Et je relis avec bonheur Dans la main de l'ange...
Eh bien pareil, ça me donne envie de le lire. J'avais beaucoup aimé "la course à l'abîme" qui racontait la vie sulfureuse et aventureuse du Caravage ! :))
Bonne lecture, Matoo ;-) !
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