Je préfère le dissensus dur au caramel mou

Je préfère le dissensus dur au caramel mou
Medusa – Il Caravaggio

Parfois on aimerait, face à la violence du monde, qu’un garçon vous prenne dans ses bras et murmure : « Ça ira, je suis là, on connaîtra des jours meilleurs… »

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dimanche 12 novembre 2017

Bleibet meine Freude !

L'orgue partage avec l'amour une particularité : il est masculin au singulier, féminin au pluriel. Cela devrait suffire à dire son ambiguïté, et pourquoi pas, son appartenance au domaine des esprits tourmentés. C'est peut-être pour cela que le dessinateur belge Roger Leloup avait imaginé un orgue du diable, dont les événements se déroulaient dans les hauteurs fortifiées au dessus du Rhin : son héroïne japonaise, Yoko Tsuno avait l'heur d'apporter sa touche aussi rationnelle que séduisante dans des domaines où l'esprit avait franchit l'espace-temps aussi rapidement qu'un boson de Higgs.

Que l'orgue soit un instrument du diable, ce n'est pas vraiment étonnant : les différents registres permettent de faire jouer différentes tonalités parmi les 5000 tuyaux de cet instrument d'exception, marié au monument dans lequel il est installé. Les Américains, dont certains ne sont jamais en panne de mégalomanie, ont conçu un orgue de plus de 33 000 tuyaux, paraît-il. On imagine la puissance alors mise en oeuvre pour donner aux fréquences les alliances voulues par l'organiste.

«Sans Bach, la théologie serait dépourvue d'objet. S'il y a quelqu'un qui doit tout à Bach, c'est bien Dieu !» avait écrit Emile Cioran. Le grand débat du XXe siècle nous ramène à lui : le monde doit-il être désenchanté, ou, au contraire, peut-on instiller un émerveillement permanent à tout ce qui peut être, fort d'une curiosité qui, elle, ne peut être qu'insatiable ?
Réponse de Jean-Sébastien : «Jésus, que ma joie demeure !» Jean Giono en fit l'un de ses plus beaux romans, dont la constellation d'Orion vient augurer les prémisses.
Ici, le jeune néerlandais Gert van Hoef, maîtrisant claviers, pédalier et divers registres, apporte sa touche avec une improvisation sur le choral de Jean-Sébastien.

Passez un agréable dimanche !



lundi 2 novembre 2015

Prière folle. Pour Pier Paolo




Signore, Kyrie, Rabbi, Emmanuele, aurai-je assez de noms pour jamais t’invoquer ?
Quand, disaient-ils, tu mourus et revins, avais-tu oublié de fermer le gaz ?

À quoi bon revenir, si la vie ne vaut pas mieux que la mort, si les sourds, les muets, les aveugles sont encore plus sourds, plus muets plus aveugles qu’avant que tu ne remuasses les lèvres ?
Ne valait-il pas mieux parler aux pierres, plus solides et constantes que n’importe quel regard d’un garçon de plus de quinze ans ?
Ne valait-il pas mieux parler aux arbres, plus forts et vaillants que n’importe quelle charpente d’homme ?
Ne valait-il pas mieux parler à la mer, aux éclairs, aux éléments les plus violents, plus aptes à s’adoucir que n’importe quelle haine bouillonnant au cerveau d’enfants malades et à jamais perdus ?
Ne valait-il pas mieux parler au lis des champs, plus glorieux dans le secret de sa robe que toute la gloire de Salomon ?

Il Caravaggio,  Cena in Emmaus, 1606
Si tu avais, Ishoua, à revenir 
d’un improbable néant, toi dont je ne peux lire l’angoisse au jardin 
sans être submergé de ta solitude,
ne reviens jamais que pour moi
je goûterai sur tes propres lèvres le vin de Cana
et m’enivrerai de ton odeur.

Il Sodoma, Il Cristo deriso, ca 1540 (détail)
Odeur prise au sentier, aux herbes amères, au fruit du figuier.
Tu sentiras la poussière, l’aloès et le miel et le lait.
Je déferai ton vêtement, ta tunique de lin
quand le bleu de ses fleurs jaillira des replis,
et tu paraîtras nu, 
tel qu’en ta croix ton corps fut exposé,
et s’il te reste des plaies sur le torse,
si tes mains et tes pieds portent encore
 quelque trace rubide
et ma langue et mes lèvres y passeront sans fin.

Sans fin mon propre corps contre le tien posé
Se fera chant d’oiseau, lis des champs, huile douce
La sueur de ta peau sera mon drap de mousse
où je me loverai face à toi, opposé

pour toi je banderai te serai une hampe
resplendissant au jour de roses et d’œillets
dont ton corps lumineux sera un seul bouquet.

Sans fin je pleurerai les souffrances amères
qui te furent données ; au lavement des pieds
je serai un tissu pour en être le voile
et ne garder de toi que l’empreinte des pas.

Je prendrai coup pour coup, claquements de lanière
Serai chaque moment de chaque cri épié
Au ciel exténué, éteintes les étoiles
Épines de la nuit dedans mes yeux crevés

Sur mon corps roulera le tombeau de ferraille
Et mon sang et le sable à chaque fois mêlés
en terre d’immondices mille fois avalés
Où s’est forgé le monde en de rudes batailles

Seront alors ta chair offerte au matin blême
Dans les apparitions qu’au ciel le vent léger
Enfin dispersera en gouttes enneigées
Pour effacer en toi ma dernière véhème.

*    *    *

J’ai souvent parcouru le quartier du Pigneto où j’ai pensé te voir passer, d’où, peut-être, tu partis pour draguer ce garçon à Termini.

Comme la nuit romaine peut paraître sombre, malgré les lumières qui décorent les rues, les espaces votifs où d’improbables saintes Vierges recueillent les espoirs des pauvres gens !

*    *    *

Pier Paolo Pasolini est mort sur la plage d’Ostie, dans la nuit du premier au deux novembre mille neuf cent soixante quinze, la nuit où le monde bascule dans le temps des morts, où les brumes épaisses de l’esprit se répandent jusque derrière les regards les plus innocents…
Celeos

« Pasolini était couché sur le ventre, en jeans et maillot de corps, un bras écarté et l’autre sous la poitrine, les cheveux, pétris de sang, lui retombaient sur le front. Les joues, habituellement creuses, étaient tendues par une enflure grotesque. Le visage, déformé, était noirci par les hématomes et les blessures. Les mains et les bras étaient meurtris et rouges de sang. Les doigts de la main gauche étaient coupés et fracturés. La mâchoire gauche brisée. L’oreille droite à moitié coupée, la gauche complètement arrachée. Des blessures sur les épaules, la poitrine : avec les marques de pneus de sa voiture… Entre le cou et la nuque, une horrible lacération. Aux testicules, une ecchymose large et profonde. Dix côtes brisées, ainsi que le sternum, le foie lacéré en deux points, le cœur lacéré… » dit le rapport d’expertise.

L'analyse du Vangelo que j'avais proposée il y a quelques mois est consultable ici : clic




dimanche 20 septembre 2015

Bach/Kremer - Chaconne

Jean-Sébastien Bach et Gidon Kremer associés dans une Chaconne.

Καλή Κυριακή ! Bon dimanche !



mardi 21 juillet 2015

Bach to Africa - Jean-Sébastien, sauce africaine


Sankanda - Lasset uns den nicht zerteilen Ne nous laisse pas nous diviser...

Voilà qui n'aurait pas déplu, comme musique, à PPP !


mardi 5 mai 2015

Au fond de la cave

Comment ne pas être troublé par ce film curieux d'Anthony Minghella, The talented Mr Ripley, sorti en 1999 et revu ces jours-ci sur le petit écran, et par le personnage de Tom joué par le talentueux Matt Damon ? Le remake, toujours d'après Patricia Highsmith, n' a rien à envier au film de René Clément ; c'est un autre film.

Il est magnifiquement servi par un ensemble d’œuvres musicales éclectiques et fortes en émotion :
je vous livre mon choix, purement subjectif :

 * My funny Valentine par Michaël Buble
 * Concerto italien, Allegro animato, de Bach par Glenn Gould
 * Stabat mater de Vivaldi par Philippe Jaroussky
Voici l'extrait dans lequel Tom et Peter (Jack Davenport) se rapprochent, et où Tom laisse entrevoir à Peter ses failles.

















dimanche 12 avril 2015

Alexandre fait son Jean-Seb

L'excellent Alexandre Astier endosse le personnage de Johann Sebastian Bach pour une petite leçon de musique. Où les musiciens français en prennent pour leur grade...
Passez un excellent dimanche !



samedi 28 mars 2015

Bach/Galou : Erbarme dich, mein Gott

Delphine Galou interprète Jean-Sébastien : "Aie pitié, mon Dieu", de La passion selon saint Matthieu
direction : François-Xavier Roth.

mardi 10 février 2015

Pau Casals is Bach

     Un document d'archives à considérer comme tel car l'enregistrement est loin d'être excellent : août 1954 à l'Abbaye Saint-Michel de Cuxa (prononcer Cuchà). Oubliant les imperfections de la bande son, c'est toujours un moment impressionnant de voir jouer le maître catalan. C'était il y a soixante ans.