Je préfère le dissensus dur au caramel mou

Je préfère le dissensus dur au caramel mou
Medusa – Il Caravaggio

Parfois on aimerait, face à la violence du monde, qu’un garçon vous prenne dans ses bras et murmure : « Ça ira, je suis là, on connaîtra des jours meilleurs… »

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vendredi 22 mai 2015

Cannes

Combien de fois suis-je passé à Cannes, rêvant, traînant parfois près du Palais du Festival. On y croisait quelques visages connus ; on était étonné par la débauche de démonstrations communicatives. On lisait Le Film français, on décortiquait les critiques de Gérard Lefort et de Serge Daney. On mangeait sur le pouce les plats du jour de bistrots disparus aujourd'hui. D'autres les ont remplacés. On dormait chez les amis, dans l'inconfort de canapés défoncés, dans les vieilles maisons du vieux Cannes.

Cannes et le Palais du Festival depuis le Suquet

Et quand, lassé de trop de foule, j'avais besoin de respirer, je grimpais au Suquet, d'où le grouillement humain n'était plus qu'une vaine agitation au loin. Au Suquet, le printemps s'était déjà installé. Je rêvais du Pêcheur, vieil homme aux doigts calleux dont j'espérais croiser les pas. J'entendais un murmure d'oiseau qui chantait les amours oubliées de garçons égarés.




Cannes - Le port et le Suquet




« Au bord de ma casquette un brin de noisetier
De travers accroché l'oreille me chatouille.
Dans votre cou j'écoute un oiseau qui bafouille.
Et dorment mes chevaux debout dans le sentier. »

(Jean Genet - Le pêcheur du Suquet)

mardi 28 avril 2015

Giorgos Xristou/Γιώργος Χρήστου - Tha Me Koitas Sta Matia/Θα με κοιτάς στα μάτια

Regarde-moi dans les yeux

Petite étude sociologique aujourd'hui, avec cette vidéo sur un texte chanté par Giorgos Xristou : on passe tout de suite sur les paroles qui n'ont aucun intérêt (regarde-moi dans les yeux, tu m'as mis le cœur en pièces, que serais-je sans toi, tes yeux m'ont transpercé, que vais-je faire, où cours-je, dans quel état erré-je, bref je t'aime et tu n'as pas intérêt à aller voir ailleurs sinon je ne me retiens pas ; en fait ce n'est pas du tout la traduction des paroles, ne vous y fiez surtout pas !).

Non l'intérêt de cette petite vidéo est dans ce qui n'est pas dit. D'abord le look du garçon, macho à souhait, ni trop ni trop peu, cheveux courts (plus long c'est pour les filles), petite bande de barbe sous la lèvre inférieure pour rappeler qu'il a du poil ; sous une veste décontractée il porte une petite chemise à col tunisien s'ouvrant sur un torse imberbe et doucement halé pour donner envie, petit bracelet brésilien au poignet droit, il marche le long d'un port et sur les fesses porte un jean stonewashed artificiellement usé, de ceux qu'on porte pour montrer qu'on est un dur travailleur qui a usé ses fringues prématurément. Ou qu'on fait semblant d'être habillé de manière négligée.

Est-ce au Pirée ? Je ne reconnais pas. Puis entrent dans un bar-lounge trois jeunes filles (look américain façon Farrah Fawcett, c'est un peu daté !) suivies par deux garçons, et enfin le Giorgos. Cette fois, il porte une chemise noire à manches longues retroussées, sur un pantalon de ville, chemise largement ouverte sur le même torse précédemment décrit. Il va saluer d'abord les garçons : il serre la main droite qu'il ramène sur son cœur tandis qu'il claque une bise double à chacun. Il passe à la fille dont il est apparemment amoureux : petite caresse sur l'épaule droite. Pas de rapprochement plus avant qui pourrait traduire une étape dans le désir.

Retour sur le port : on était dans un court flashback. Le garçon est torturé par son désir amoureux : retour au lounge il la regarde en coin, voit qu'elle le regarde ; ils n'osent pas se dire quoi que ce soit. Il vont se rencontrer au coin d'un trottoir. Ils se frôlent, mais ce n'est pas encore le moment. Enfin sur le port, ils se rencontrent : la distance entre eux s'arrête à cinq centimètres, et la morale est sauve : ça n'ira pas plus loin.

Allez, je ne vais pas vous le faire trop long, mais comme ce clip illustre bien toute l'hypocrisie des relations sociales entre les sexes ! Qu'ils soient masculin ou féminin d'ailleurs, hypocrisie véhiculée par la chanson de  variété, de quelque pays qu'elle provienne : seul le mariage permet d'institutionnaliser la relation amoureuse, et dans la société grecque, la relation avec les garçons, beaucoup plus tactile comme on le voit, permet parfois de pousser beaucoup plus loin les relations pourvu qu'il n'y ait pas entre les corps un autre type de relation qui serait extrêmement condamnable !

lundi 30 mars 2015

Thessalonique à l'heure nazie


Les persécutions des juifs à Thessalonique : les témoins racontent. Le document n'est pas sous-titré, mais les images, hélas, parlent d'elles-mêmes.




Episode cévenol

     Des Cévennes à la Grèce...


     De passage dans la vieille maison des Cévennes, j'ai laissé les objets parler entre eux.

Photo Celeos


      Le temps était blafard et la lumière, à l'extérieur, noyait le ciel.





Photo Celeos


     Dans une armoire, il y avait un mouchoir brodé, en soie, avec ces mots mystérieux :
Souvenir de Salonique
1917
entourés d'un croissant de lune et d'une étoile à cinq branches.


     J'ignore quel lointain grand père, quel oncle a fait alors le voyage jusque là-bas pour participer sans doute à "l'expédition de Salonique" et en a ramené ce mouchoir. L'objet gardera son secret, et aujourd'hui, dans ces Cévennes, il n'y a plus personne pour m'en parler.

     J'ai, quant à moi mes propres souvenirs de Thessalonique, qui est son nom actuel.


Un poste de surveillance des trains à la gare de Thessalonique - photo Celeos
Athènes reste une ville enivrante, agaçante, polluée, mais une ville envoûtante, où chaque rue révèle mille secrets, mille exotismes ; Thessalonique est une porte encore plus marquée vers l'Orient, et la présence ottomane se retrouve dans toutes les ombres de la ville.
Je crois que Thessalonique est une ville de mystère dont les chiens errants qui gardent la ville conservent la nature du secret.
Au loin se profile l'Olympe, souvent enneigé, où l'on s'imagine le festin des dieux, leurs courroux, leur perpétuelle ironie envers le monde d'avoir concédé à l'humanité quelques bribes de leurs connaissances, quelques vagues reflets de leur lumière, et la profonde obscurité de leurs pensées les plus noires.


Au loin, les montagnes de l'Olympe - photo Celeos


Le 18 août 1917, un immense incendie ravage la ville, et -
quel paradoxe ! pour une ville en bord de mer - aucune pompe ne peut être mise en marche pour éteindre rapidement les flammes. C'est le centre ville, où vivent les réfugiés, le quartier juif, - où sont installées là les très anciennes familles venues de l'exode espagnol, chassées par Isabelle la très catholique et son mari le roi Ferdinand, à la fin du XVe siècle, mais également tout une population très diverse -, des activités commerciales et administratives qui se retrouvent détruits.
70 000 personnes sont alors à la rue.

A partir de 1942, sous l'occupation de l'Allemagne, alors nazie, les persécutions et déportations commencent. Thessalonique, qui était une des principales ville juive du nord de la Méditerranée perd 98% de cette population juive, exterminée dans les camps de concentration.