Une lecture imagée du monde des garçons avec des mots fleuris, mais aussi de celui de quelques autres femmes-fleurs…
Un blog de Celeos/Κελεός.
Une décyclopédie en mescladís : des amours, des regrets, un goût de langues et la promotion du point-virgule !
Je préfère le dissensus dur au caramel mou
Medusa – Il Caravaggio
Parfois on aimerait, face à la violence du monde, qu’un garçon vous prenne dans ses bras et murmure : « Ça ira, je suis là, on connaîtra des jours meilleurs… »
Dans la splendeur des ombres Nombreux sont les admirateurs de Michelangelo Merisi, detto il Caravaggio, "Le Caravage". Ce peintre exceptionnel inventa le réalisme en peinture bien avant que Courbet et bien d'autres ne donnent à saisir avec toute la force et toute la sensibilité du réel le sentiment du tragique qui traverse la vie. Ce documentaire d'une exceptionnelle qualité de 2015, signé Jean-Michel Meurice, retrace le parcours du peintre, dont on peut, avec bonheur et toujours une grande émotion, suivre les traces à travers toute l'Italie.
Signore, Kyrie, Rabbi, Emmanuele, aurai-je assez de noms pour jamais t’invoquer ?
Quand, disaient-ils, tu mourus et revins, avais-tu oublié de fermer le gaz ?
À quoi bon revenir, si la vie ne vaut pas mieux que la mort, si les sourds, les muets, les aveugles sont encore plus sourds, plus muets plus aveugles qu’avant que tu ne remuasses les lèvres ?
Ne valait-il pas mieux parler aux pierres, plus solides et constantes que n’importe quel regard d’un garçon de plus de quinze ans ?
Ne valait-il pas mieux parler aux arbres, plus forts et vaillants que n’importe quelle charpente d’homme ?
Ne valait-il pas mieux parler à la mer, aux éclairs, aux éléments les plus violents, plus aptes à s’adoucir que n’importe quelle haine bouillonnant au cerveau d’enfants malades et à jamais perdus ?
Ne valait-il pas mieux parler au lis des champs, plus glorieux dans le secret de sa robe que toute la gloire de Salomon ?
Il Caravaggio, Cena in Emmaus, 1606
Si tu avais, Ishoua, à revenir d’un improbable néant, toi dont je ne peux lire l’angoisse au jardin sans être submergé de ta solitude,
ne reviens jamais que pour moi
je goûterai sur tes propres lèvres le vin de Cana
et m’enivrerai de ton odeur.
Il Sodoma, Il Cristo deriso, ca 1540 (détail)
Odeur prise au sentier, aux herbes amères, au fruit du figuier.
Tu sentiras la poussière, l’aloès et le miel et le lait.
Je déferai ton vêtement, ta tunique de lin
quand le bleu de ses fleurs jaillira des replis,
et tu paraîtras nu, tel qu’en ta croix ton corps fut exposé,
et s’il te reste des plaies sur le torse,
si tes mains et tes pieds portent encore quelque trace rubide
et ma langue et mes lèvres y passeront sans fin.
Sans fin mon propre corps contre le tien posé
Se fera chant d’oiseau, lis des champs, huile douce
La sueur de ta peau sera mon drap de mousse
où je me loverai face à toi, opposé
pour toi je banderai te serai une hampe
resplendissant au jour de roses et d’œillets
dont ton corps lumineux sera un seul bouquet.
Sans fin je pleurerai les souffrances amères
qui te furent données ; au lavement des pieds
je serai un tissu pour en être le voile
et ne garder de toi que l’empreinte des pas.
Je prendrai coup pour coup, claquements de lanière
Serai chaque momentde chaque cri épié
Au ciel exténué, éteintes les étoiles
Épines de la nuit dedans mes yeux crevés
Sur mon corps roulera le tombeau de ferraille
Et mon sang et le sable à chaque fois mêlés
en terre d’immondices mille fois avalés
Où s’est forgé le monde en de rudes batailles
Seront alors ta chair offerte au matin blême
Dans les apparitions qu’au ciel le vent léger
Enfin dispersera en gouttes enneigées
Pour effacer en toi ma dernière véhème.
* * *
J’ai souvent parcouru le quartier du Pigneto où j’ai pensé te voir passer, d’où, peut-être, tu partis pour draguer ce garçon à Termini.
Comme la nuit romaine peut paraître sombre, malgré les lumières qui décorent les rues, les espaces votifs où d’improbables saintes Vierges recueillent les espoirs des pauvres gens !
* * *
Pier Paolo Pasolini est mort sur la plage d’Ostie, dans la nuit du premier au deux novembre mille neuf cent soixante quinze, la nuit où le monde bascule dans le temps des morts, où les brumes épaisses de l’esprit se répandent jusque derrière les regards les plus innocents…
Celeos
« Pasolini était couché sur le ventre, en jeans et maillot de corps, un bras écarté et l’autre sous la poitrine, les cheveux, pétris de sang, lui retombaient sur le front. Les joues, habituellement creuses, étaient tendues par une enflure grotesque. Le visage, déformé, était noirci par les hématomes et les blessures. Les mains et les bras étaient meurtris et rouges de sang. Les doigts de la main gauche étaient coupés et fracturés. La mâchoire gauche brisée. L’oreille droite à moitié coupée, la gauche complètement arrachée. Des blessures sur les épaules, la poitrine : avec les marques de pneus de sa voiture… Entre le cou et la nuque, une horrible lacération. Aux testicules, une ecchymose large et profonde. Dix côtes brisées, ainsi que le sternum, le foie lacéré en deux points, le cœur lacéré… » dit le rapport d’expertise.
L'analyse du Vangelo que j'avais proposée il y a quelques mois est consultable ici : clic
...te va à ravir pour ce printemps. Es-tu sûr de ressembler vraiment au Dionysos du Caravage ? Pour ma part, je le trouve un peu kitsch. Oui, c'est vrai, tu sais que j'aime ça, mais n'en profite pas...