Je préfère le dissensus dur au caramel mou

Je préfère le dissensus dur au caramel mou
Medusa – Il Caravaggio

Parfois on aimerait, face à la violence du monde, qu’un garçon vous prenne dans ses bras et murmure : « Ça ira, je suis là, on connaîtra des jours meilleurs… »

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vendredi 5 février 2016

Un petit restau en bord de Seine



De passage à Paris. Ce soir, je mange dans un restaurant près de la Seine. Il n’a pas de cachet particulier, ressemble à ces petits restaurants qu’on trouvait en plus grand nombre autrefois avec un côté un peu suranné, presque une impression de cantine, de ces restaurants familiaux où des employés effacés, parfois célibataires, viennent tous les midis se pauser loin d’un travail administratif sans intérêt, parfois rêver d’une saison plus clémente loin du gris Paris. Mais là c’est le soir, et je n’ai pas l’intention d’y rester au-delà d’un repas pris rapidement. Mon hôtel n’est pas loin, et ma nuit sera solitaire. J’en apprécierai le repos d’une journée un peu trépidante.


Je remarque une table en particulier, où trois hommes se sont installés. Au départ ils étaient deux, un garçon d’une vingtaine d’années et un homme mûr aux cheveux gris. Ils parlent avec animation, et des sourires s’échangent. Je n’imagine pas un instant qu’ils peuvent avoir un lien de parenté ; l’homme plus âgé est peut-être un oncle. Rien dans leur manière de s’habiller ne me donne d’indice de ce qu’ils font, de ce qu’ils sont. J’ai un peu de mal à percevoir leur conversation : la salle est un peu bruyante, et je mange distraitement un repas qui n’a rien de remarquable. 

Un troisième convive arrive, et rejoint le jeune garçon et l’homme plus âgé. Lui non plus n’a rien de remarquable. Il salue les deux premiers, les embrasse. Je devine ainsi une complicité qui les relie. Le nouvel arrivé quitte son manteau, l’installe sur le sommet de la banquette et s’assoit. Il est en veston-chemise, et je note qu’une cravate complèterait l’ensemble mieux qu’un col déboutonné. Il porte des lunettes et semble avoir une cinquantaine d’années qui grisonnent sur un visage fatigué. De toute apparence ils semblent heureux de se revoir. Ils regardent la carte, hésitent. L’homme plus âgé semble conseiller un plat. Il paraît très à l’aise, faisant face au jeune homme et au dernier arrivé. Une table sans doute très banale, dans un restaurant très banal d’un Paris sans intérêt, comme d’habitude.

Et pourtant je reste intéressé  par eux qui me semblent si dissemblables : l’âge, le charme. J’ai cru entendre parler de Rome et de l’Italie, ce qui a éveillé mon attention. Évidemment c’est le jeune homme que je regarde, dont le visage me paraît harmonieux. De là où je suis placé, j’ai la chance de pouvoir les observer sans que mon regard ne puisse être assimilé à du voyeurisme. En sociologue, je regarde, essaie de disséquer, tente des interprétations. Difficile de deviner les professions à partir de leur seul aspect. Leur façon de se vêtir n’en dit pas davantage : classe moyenne supérieure sans doute, et le choix du restaurant tendrait à conforter cette supposition. La carte est relativement ordinaire, le décor fait penser à ces pensions de famille d’autrefois. Je laisse aller mon imagination mais n’ai pas beaucoup d’indices.

Pendant que je gamberge à essayer de situer les trois personnages dans un milieu social et culturel improbable, je perçois que la conversation dévie vers une diversion : l’homme plus âgé interpelle le serveur qui arrive aussitôt à la table. Le dos du serveur s’interpose entre mon regard et les trois hommes. Apparemment il s’agit d’un problème de carte. L’homme plus âgé paraît mécontent de ce qu’il a mangé. La discussion s’engage et je perçois les mots de « blanquette de veau ». Le serveur semble s’excuser, et, après avoir tenté d’expliquer la raison du problème, repart. J’ai entendu qu’il parlait de son frère, de sa mère, d’une difficulté en cuisine. On se croirait dans l’un de ces réalité-shows où un cuisinier très connu vient expliquer à l’équipe qui ne les comprend pas les problèmes élémentaires à éviter dans un restaurant. Peu importe, en fait. La discussion des trois hommes reprend, apparemment sans grande motivation à la fin du repas. L’homme plus âgé est parti dans des blagues un peu salaces, et je devine enfin que les trois hommes sont des « garçons sensibles », comme je les aime. Je voudrais pouvoir leur lancer un regard de complicité. La situation ne s’y prête pas. Et un incident vient troubler le calme d’une discussion qui paraissait un peu s’endormir : le jeune homme depuis quelques minutes quitte l’attention de la conversation, monopolisée par l’homme plus âgé. Comme tous les jeunes, il tapote sur le clavier de son téléphone mobile. L’homme âgé le regarde et l’interpelle, lui dit que cela ne se fait pas, que c’est désobligeant pour ses amis de quitter le centre de la conversation pour adresser un message à un autre personnage par l’intermédiaire du téléphone. Le jeune homme se défend, et explique qu’il estime avoir le droit de le faire. Le ton de l’homme plus âgé se fait plus ferme, autoritaire. L’homme au veston intervient, essaie de défendre le jeune homme et invoque la raison selon laquelle la conversation devient ennuyeuse, et que, de ce fait, le jeune homme a tout à fait le droit de s’en extraire comme il l’entend. Mais l’homme plus âgé hausse le ton, invoque le manque de respect. Le jeune homme rétorque que c’est l’homme plus âgé qui ne le respecte pas, que le fait de répondre à son ami ne constitue pas de l’irrespect, mais qu’il a envie de lui témoigner son attention. Ire de l’homme plus âgé. Je crois entendre chez le jeune homme, irrité à son tour : « Mais je t’emmerde ! ».
Je bois du petit lait de cette conversation un peu surréaliste, où trois hommes sont réunis pour une soirée de communication apparemment ratée dans laquelle le jeune homme signifie son désintérêt pour ce qui s’y passe. Et, en effet, il est un peu étrange de voir ce garçon à l’allure plutôt avenante côtoyer ces deux autres hommes qui sont déjà dans un autre âge de la vie. Quel est le lien qui les réunit ? Admiration partagée ? Amitié, mais fondée sur quoi ? Je retiens surtout l’attitude de l’homme plus âgé, qui par sa position dans l’espace de la table, se plaît à jouer les Monsieur Loyal, est en demande d’attention, et devient redoutable si cette attention manque à sa requête. Attitude narcissique, sans doute, et très classique dans le milieu gay. Ma tendance à jouer au psy de service m’incite à croire qu’une mère est passée par là en laissant quelques dégâts dans les personnalités de beaucoup de garçons : « C’est toi le plus beau, mon fils. » Hélas, souvent les garçons croient leurs mamans ! J’en parlerai un jour, de ces Médée qui évacuent le père pour pouvoir jouir seules de la relation de la mère au fils… Nous sommes bien toujours dans cette même civilisation du chaos !

Le serveur est venu apporter aux trois hommes une eau de vie de prune, qu’ils dégustent lentement. J’interpelle le serveur à mon tour pour lui demander de cette même eau de vie. Je tente de jeter un œil vers les trois hommes, mais personne ne me regarde, trop occupés qu’ils sont à comprendre comment la conversation a pu tourner au vinaigre. Le jeune garçon laisse son eau de vie qu’il trouve trop forte. Je  l’interprète comme une manière de se démarquer et d’indiquer son refus de continuer à  participer à cette relation qui semble pour le moins superficielle, et dans laquelle il s’interroge sur la raison pour laquelle il est là ce soir alors qu’il apprécierait davantage de jouir de la présence de son ami.

Je me lève enfin de mon siège. Il est un peu tard, et j’ai des rendez-vous loin de Paris demain matin. Le trio quitte un peu après moi le restaurant, et je vois les trois hommes se diriger vers la place de Grève. Le jeune homme quitte ses compagnons rapidement et je devine que cette soirée fut pour lui un moment peu agréable. Fréquenter des personnes âgées réfugiées dans l’attitude d’une morale de pacotille n’est pas une perspective très engageante. Et je m’interroge encore sur ces ruptures de générations dans lesquelles les pères sont incapables d’être à l’écoute de leurs fils : et les fils n’ont aucune envie de ressembler, ni physiquement, ni moralement à eux qui ont, à leur manière, contribué à laisser ce monde en cet état. Drôle de soirée !

mardi 29 décembre 2015

Firenze ancora

Luce prenatale al Ponte Vecchio
Pas de pâmoison, pas de syndrome stendhalien dans les déambulations à Florence. Seul persiste un immense plaisir, celui d'être confronté à tout angle de rue aux intentions d'harmonie, à l'humour des fontaines, à la grâce architecturale de la Renaissance revisitée parfois par le XIXe siècle. Le plaisir du marcheur reste de participer à l'espace des rues, de savoir qu'il n'est que l'un des centaines de milliers de touristes dont il ne se démarque pas de la pratique maniaque de photographier, même s'il s'agit de le faire avec discrétion, sans chercher forcément de typicité.

Entrer dans un magasin, essayer de marchander. Diable, cela ne se pratique plus depuis longtemps, comme si marchander était devenu une insulte dans un monde balisé par le souci permanent de réaliser les marges les plus importantes, par celui de la TVA et des autres taxes. On marchandait autrefois encore beaucoup en Grèce, comme je l'ai eu fait il y a quelques années à Montpellier lorsque les puces étaient encore aux Arceaux. Ça ne se fait plus vraiment aujourd'hui, où on est simplement d'accord ou pas avec le prix. On achète ou on n'achète pas, et le moment de discussion, de confrontation amicale avec le vendeur qui arrive à un compromis satisfaisant pour les deux parties a à peu près disparu. Cela n'enlève rien à la sympathie qui demeure chez la plupart des commerçants, plus disponibles en cette période de moindre affluence touristique. Et il faut de toute manière restreindre les achats, puisque, le train d'autrefois étant devenu plus difficile à prendre que l'avion, le poids des bagages doit rester raisonnable.


 A la Feltrinelli je repère le dernier livre de Carlo Lucarelli :




La recension en italien est ici : clic
Pour le quarantième anniversaire de la mort de Pier Paolo (je l'appelle par son prénom, comme tout le monde, dans cette espèce de fausse intimité qui reste de bon ton ; j'ai même lu sur la critique d'un site italien «Nous sommes tous des Pier Paolo Pasolini» Quelle blague ! Jusqu'où sommes «nous» prêts à sacrifier relations sociales, amours, et jusqu'à la vie pour rester dans la droiture de nos idées et de nos sentiments ? Je n'y suis pas en tout cas, et le pauvre PPP n'aura pas échappé aux phénomènes de mode et de marketing : si je ne peux que me satisfaire de la réédition en DVD du Vangelo, innombrables sont les livres qui parlent des derniers jours, qui refont mille fois l'enquête que la justice italienne n'a pas faite. Quarante ans après, je l'ai déjà dit au sujet du livre de Pierre Adrian, cela a-t-il encore du sens ? Mais il faut continuer à parler de PPP. En France les jeunes générations, qui, Star wars excepté ne connaissent rien au cinéma, n'ont souvent jamais entendu parler de lui. Notre période ne porte plus d'étendards flamboyants, immenses ou modestes – qui se souvient de Jean-Marc Le Bihan vociférant dans les rues ce qu'on ne peut pas dire dans les médias ni dans les blogs, encore moins quand ils sont inscrits dans la béatitude gay... Avant la fermeture de mon blog je présenterai ce type pour qui j'ai de l'affection).

Via dei Neri
Carlo Lucarelli, qui est par ailleurs auteur de romans policiers, s'exerce à mener lui aussi une enquête. Il a au moins l'humour réflexif de publier, en épigraphe de son livre une citation de Massimiliano Parente :

« In Italia, quando un cosiddetto intellettuale non sa scrivere, scrive un libro su Pasolini, meglio ancora sulla morte di Pasolini.» (in ilGiornale.it)
«En Italie quand un soi-disant intellectuel ne sait pas sur quoi écrire, il écrit un livre sur Pasolini, et mieux encore, sur la mort de Pasolini.»

Le livre en poche, acceptable dans le poids des valises, je parcours les rues encore, qui, comme à Rome, sont un bonheur de boutiques, de tags. Le temps me manque pour errer davantage autour du Mercato Centrale dont la poésie n'est pas moindre que celle du Ponte Vecchio ou de la Via dei Neri.


Veduta del Mercato Centrale, via Panicale




mardi 15 décembre 2015

Le chemin vert


De mon lit j’écoute la radio avant de m’endormir. Il est un peu tard, et je me lève un peu plus tôt demain matin. Je reconnais la voix d’Henri Gougaud. L’interviewer manque de sagacité : il lui évoque des points de son travail qui ne sont pas très pertinents, preuve sans doute d’une méconnaissance de l’homme et de son œuvre. Henri Gougaud fut le parolier de Jean Ferrat et chanta lui-même dans quelques disques rares. Il est sans doute plus connu pour son travail d’écrivain et de réécriture des contes, ce qui le popularisa dans quelques émissions de radio. Une de ses fiertés est d’avoir vu ses contes sur l’Afrique interdits par le maire d’Orange, d’extrême droite, dans la médiathèque de la ville : les contes enseignent qu’il n’est pas de frontière à la culture des êtres humains, et, que l’on soit plongé dans les montagnes de Chine, dans les savanes africaines, dans les forêts d’Amazonie ou dans les vallées cévenoles, les contes populaires témoignent de l’universalité de la culture dont la parole est ce feu de l’esprit.
Henri Gougaud a de petites coquetteries ; il rappela que les sorties de ses livres ne sont jamais concomitantes aux périodes de prix littéraires dont il se fout un peu, j’imagine : il n’est pas vraiment dans la mode, et son livre le plus connu, Bélibaste, s’il coïncida avec l’intérêt d’un temps pour le catharisme occitan, évoque davantage la fin d’un monde dont ce dernier bon homme représentait une figure marquante.
Le lendemain, j’avais un déplacement à Paris.
De la Gare de Lyon, je marche vers la Bastille, où je déjeune parfois avec un ami. Nous parlons de la Grèce, et de la difficulté qu’ont les Français à se représenter ce pays autrement que comme une destination touristique. Cela rassure tellement de se faire à l’idée d’une partie de l’Europe restée un peu sauvage, un peu arriérée, bordée par les images incomparables d’une mer toujours azuréenne !
Ce jour-là je déjeunai seul, dans ce café toujours très vivant, débordant d’une activité où se retrouvent toutes les générations. C’est le Paris que j’aime.
Remontant le boulevard Richard Lenoir, je me dirigeai vers l’hôtel que j’avais réservé. En cette période, après les événements du 13 novembre, les prix des hôtels avaient considérablement chuté, et j’en avais trouvé un dont la situation géographique me convenait.
 Au passage, j’ai traversé la rue du Chemin vert. Aussitôt la chanson d’Henri Gougaud m’est revenue à l’esprit, et je me suis mis à fredonner, tout en marchant. Ce n’est pas très parisien de fredonner : contrairement à la Grèce ou aux pays méditerranéens où l’on peut entendre des gens au travail ou simplement des passants chanter dans la rue, l’usage des lieux publics se doit généralement de rester sobre. Mais on ne me refera pas. Je suis méditerranéen et m’assume tel.
« Et le Chemin vert, qu’est-il devenu, lui qui serpentait près de la Bastille ? »
Henri Gougaud le Carcassonnais devint un jour parisien comme tous ces chanteurs venus de partout, du Midi, de Belgique, de l’Est de l’Europe, parce que cette ville représente sans doute encore ce carrefour d’idées, de pensée, de création artistique. Les artistes venus d’Espagne, de Grèce — je parlerai un jour de Yannis Tsarouchis — y ont souffert qui ont dû affronter le climat parfois peu amène de cette ville, mais sûrs d’y trouver la présence d’autres amis avec lesquels ils pouvaient rêver le monde. Même Jean, qui n’aimait pas Paris, savait s’y amuser, narguer les imbéciles et les salauds.
Je fredonne, marchant d’un pas vif. Malgré la fraîcheur de l’air, le soleil vient sourire sur le boulevard. Il y a assez peu de voitures, et il reste plaisant de déambuler.
Je m’arrête brusquement de fredonner. Sans y avoir pris garde, je suis passé du boulevard Richard Lenoir au boulevard Voltaire. Sur l’îlot de verdure, en face, sont amoncelées des gerbes de fleurs, emballées dans leur papier cristal. Je suis arrivé sans en avoir pris conscience sur les lieux des événements du 13 novembre. Je sens soudain ma gorge se serrer et l’envie de chanter me quitter brutalement. Il y a déjà trois semaines que cette horreur s’est déroulée, là, sur ces lieux précis, et je prends la vision de ce qu’il en reste avec encore toute sa force. Les fleurs abandonnées, les lumignons éteints et entassés comme des déchets, les photographies de ces beaux garçons et filles me troublent au point de ne pas pouvoir contenir l’émotion qui me submerge. Pourquoi, connement, mes pas m’ont-ils conduit là, dans ces lieux précis où je n’avais aucune envie d’aller ? Le trottoir devant le Bataclan est bouclé. Un fourgon de police s’y tient en permanence, comme si les fous à la kalach pouvaient encore
revenir, comme si le cauchemar devait
encore durer. Combien de temps faut-il pour que, réveillé en sursaut de l’épouvante de la nuit, on arrive à retrouver son sens commun, à apprécier la lumière du soleil, à se dire que tout cela est fini et que ce n’était qu’un mauvais rêve ?

Là, ce n’est pas une aventure de l’imagination. Ce sont les débris de douleur d’un fantasme passé à la réalité, d’un goût sans fin où la seule jouissance n’est pas dans le plaisir partagé des corps, mais dans les chairs explosées, dans le jaillissement du sang, dans le râle des victimes, dans le souvenir à jamais marqué des survivants, des blessés qui ne se remettront jamais de ce moment d’enfer que Jérôme Bosch n’avait pas encore peint, des réveils brutaux la nuit où réapparaissent les démons surgissant dans la fureur du feu et de l’anéantissement de tout plaisir partagé. La mort, violente.

Je quitte les lieux pour rejoindre mon hôtel. Désormais Paris a repris la figure d’une ville dont les rues sont pleines de jeunes gens, tous d’une beauté indicible, que je préfèrerais voir nus s’embrassant dans les escaliers de Montmartre ou dans les jardins des Tuileries, mais qui sont, pour l’heure, en béret vert et en treillis, armés d’un P.M., et sans attention pour l’éros. Ceux qui nous gouvernent ne savent sans doute pas que les P.M. sont sans effet sur le désir de haine qui naît des mépris, des frustrations, des abandons sur lesquels thanatos a tout pouvoir de surgissement, à tout moment. Ils ne savent pas non plus que thanatos, qui a toujours le dernier mot, ne peut se combattre qu’avec les flèches d’éros dont il faut sans attendre garnir les carquois.




*          *          *








Henri Gougaud - Paris ma rose
Où est passée Paris ma rose ?
Paris-sur-Seine l'a bouclée
Sont partis emportant la clé
Les nonchalants du long des quais
Paris ma rose.

Où sont-ils passés Villon et ses filles
Où est-il passé Genin l'Avenu,
Et le chemin vert qu'est-il devenu
Lui qui serpentait près de la Bastille ?

Où est passée Paris la grise
Paris-sur-Brume l'a mouillée ?
L'est partie Paris l'oubliée
Partie sur la pointe des pieds
Paris la grise.
Le vent d’aujourd’hui
Le vent des deux rives
Ne s’arrête plus au marché aux fleurs
Il s’en est allé le joyeux farceur
Emportant les cris des filles naïves

Où sont-ils passés ceux qui fraternisent
Avec les murailles et les graffitis
Ces soleils de craie où sont-ils partis
Qui faisaient l'amour aux murs des églises ?

Où est passé Paris-la-rouge
La Commune des sans souliers ?
S'est perdue vers Aubervilliers
Ou vers Nanterre l'embourbée
Paris-la-rouge.

Où est-il passé Clément des cerises
Est-elle fermée la longue douleur
Du temps où les gars avaient si grand cœur
Qu'on voyait que lui aux trous des chemises ?

 Où est passé Paris que j'aime ?
 Paris que j'aime et qui n'est plus.

mercredi 13 mai 2015

Escapade londonienne - 2

Ainsi, la vox populi s'est exprimée en Grande Bretagne. Souhaitons good luck à nos amis britanniques pour les années qui viennent.

Les discussions entamées avec quelques personnes rencontrées au travers des promenades pédestres ou dans le tube ont laissé transparaître que le malaise européen, les attentats sur le continent ne laissent personne indifférent, et si le flegme britannique fait partie de l'art de vivre — on n'a pas, par exemple des contrôles permanents dans les lieux publics comme c'est le cas à Paris, même avec la présence généralisée de caméras qui se font discrètes — le sentiment d'insularité et de sécurité qui s'y rattache est parfois remis en cause, tant la proximité continentale est forte et grande la facilité avec laquelle on se déplace de part et d'autre du channel.

Dans le programme de David Cameron est prévu, sous la pression des milieux les plus conservateurs, un référendum sur la place du Royaume -Uni dans l'Europe en sortir ou non qui serait, si une telle mesure était votée, à regretter. Souhaitons que ce flegme, qu'on apprécie, permette aux Britanniques de conserver, en tout cas la tête froide.

Pour l'heure, je resterai sur l'une des raisons qui mettent de bonne humeur lorsque l'on se promène à Londres : la mode, la fashion, s'il en est vraiment, et qui saute aux yeux dès que l'on se trouve sur un trottoir londonien.

Le quartier de Mayfair reste celui du luxe, de l'opulence, avec quelques boutiques qui font partie du folklore londonien. Les photos qui suivent, vers Soho, sont ainsi un clin d’œil très amical aux Londoniens.

Comment éviter Conduit Street, où les enseignes de Vivienne Westwood, Lalique, Crombie se côtoient ?

Chez Crombie, une tenue printanière légère me paraît très moche.

On remarquera les pompes (mocassins à bouts arrondis) à glands, à porter sans socquettes. 

Ciel ! 








Le résultat approximatif, pour l'happy hour, chez Coach & Horses, donne ceci :
  

Evidemment, ce n'est pas tout à fait du Crombie. Les mocassins à glands sont remplacés par des Adidas, et avec socquettes noires. L'Adidas est très indiquée dans les rues londoniennes. Mais le résultat chez le garçon alophile (un ami d'ale) n'est pas très convaincant !
 Restant quelques instants dans Conduit Street, on ne peut que rester admiratif des modèles de Vivienne Westwood :

 

Et on appréciera pour les soirées chez l'archiduc ce petit collier en sautoir sans prétention de chez Lalique, frais et léger comme un vol de libellule :















Mais ne quittons pas encore Conduit Street, où j'ai remarqué, chez Dsquared, un petit blouson, porté à même la peau qui m'ira à ravir :


 Vers Carnaby Street, c'est effectivement la boutique Adidas qui affiche les couleurs. On ne s'étonnera pas qu'elles soient arc-en-ciel, rainbow coloured :


 Et parlant de pieds, cette journée harassante me les a escagassés.


 Un petit arrêt chez le Duc de Wellington pour se reposer et la soirée se terminera tranquillement à l'hôtel où l'on continuera la dégustation de bières.



Au passage, il est loisible d'apprécier la présence de jeunes gens fort seyants au quartier de Soho.

 














Si on apprécie de passer dans les rues de Londres de manière décontractée, c'est en fin de compte le veston et la cravate qui restent la tenue la plus agréable au physique des garçons !



(to be continued)

dimanche 8 mars 2015

Copinage italien

Photo Enrico Flickr
     En escapade pour quelques heures à Rome, une soirée très agréable passée au Coming out ponctuait une marche en solitaire à travers les rues du centre de la ville éternelle, toujours aussi plaisantes à arpenter. Comme je n'étais pas loin de Saint-Jean du Latran (San Giovanni in Laterano) mes pas m'ont ramené vers le Colisée où se trouve ce bar gay fort sympathique.

    J'ai aimé ce mélange d'italianité et du monde gay, et même si l'Italie n'est pas un pays où la lisibilité homosexuelle est la plus répandue, comme dans beaucoup de pays méditerranéens par ailleurs. L'ambiance Colisée-arc-en-ciel ajoute une note de fraîcheur dans ce quartier, devenu depuis longtemps une industrie touristique où des légionnaires romains antiques se font prendre en photo dans un mauvais goût qui détonne avec la majesté des vestiges romains...

     Chacun son folklore, et l'ambiance branchée du Coming out a de loin ma préférence.

Photo Enrico Flickr
     De plus les serveurs sont d'une amabilité absolue, et le sourire qui accompagne le service devrait inciter nombre de restaurants, romains ou français à s'en inspirer ! Si on rajoute que les prix pratiqués sont largement abordables, comparativement aux bars branchés parisiens, pas d'hésitation à avoir. Je n'en suis pas parti très tard : une autre journée m'attendais le lendemain, mais la nuit ne faisait que commencer et la douceur romaine avait attiré au dehors tout une faune de garçons et de filles plus agréables les uns que les autres...




 




Le Coming out se trouve au 8, Via San Giovanni in Laterano, 
00184 Roma.

jeudi 5 mars 2015

Nicolas de Staël à Antibes

   


     Nicolas de Staël fut un peintre attachant, difficile à classer, bien qu'on le range entre l’École de Paris, qui rassembla beaucoup de peintres très divers, notamment beaucoup d'exilés russes, et le cubisme de Georges Braque dont il fut très proche. En fait, Nicolas de Staël est un peintre inclassable et c'est aussi bien ainsi, lui qui fut sa vie durant en recherche tant dans ses techniques artistiques que dans ses sources d'inspiration. Sa courte vie (il se suicida à 41 ans) fut une vie de passions où il mêla ses amours, ses interrogations et sa peinture dont il reste aujourd'hui les fulgurances.



     Le Musée Picasso d'Antibes présentait ces derniers mois l'exposition "Staël, la figure à nu 1951-1955" dans ce lieu splendide qui domine la mer, et à quelques pas de l'atelier et de la maison où Nicolas de Staël a fini sa vie.



Nicolas de Staël, Paysage, Antibes - 1955

     Ce que voyait Nicolas de Staël de sa fenêtre d'Antibes, exception faite de l'horrible aménagement d'enrochements qui n'existait pas en 1955 (on imagine la Méditerranée déchaînée qui vient frapper le bord du littoral ; c'est sans doute là qu'elle est la plus belle, la plus violente, la plus détestable) :

Photo Celeos


    Une plaque sur la maison qu'il habita lui est dédiée :


     Cinq ans après la mort de Nicolas de Staël, Michel Kikoïne, peintre de l’École de Paris, avait lui aussi peint la mer à Antibes, sur l'autre partie de l'anse de la Garoupe, où il avait acheté une maison en 1958.

Michel Kikoïne, La mer à la Garoupe - 1960
     Et, de fait, on ne peut aujourd'hui passer dans ces lieux sans être troublé, comme s'ils étaient eux-mêmes porteurs d'immenses émotions.

mercredi 19 novembre 2014

Escapade azuréenne (suite)


Nice, ville curieuse, ville d'ouverture sur le monde italien, porte toutes ses contradictions d'opulence, de ville populaire, d'outrances avec peut-être ce que je préfère de sa géographie ; une sorte de montagne dans la mer. Les Grecs anciens n'y ont pas été indifférents qui l'ont appelée Victoire: Nikaia, Νίκαια, voici un peu plus de 2350 ans.

 
On y fit du cinéma, du beau : les studios de la Victorine accueillirent en 1943 et 1944 le tournage des Enfants du Paradis, par Marcel Carné, sur un scénario de Jacques Prévert. A la Libération le film fut achevé dans les studios parisiens.

En reste-t-il des traces à Nice ?

En face de Nice, l'autre ville, accrochée elle aussi sur un rocher - car ce serait une erreur de croire que la Côte d'Azur ne serait qu'un long cordon littoral de béton - Antipolis, devenue Antibes.

Une façade du XVIIIe
Le vieux Nice reste évidemment le lieu de tous les charmes d'une ville resserrée sur ses hauteurs et ses maisons hautes avant qu'on ne couvre sa rivière, le Paillon, et qu'une urbanisation galopante dont les Anglais et les Russes furent en grande partie les promoteurs ne viennent brouiller le paysage urbain. A l'origine c'était celui de paysans, de pêcheurs, et de commerçants dans l'attente de navires arrivant ou repartant, comme si le port n'était qu'une étape qui conduisait plus avant vers la montagne...






Essentiellement pour les touristes, la merda di can.






Chez Acchiardo, où l'on parle le niçart, j'ai des souvenirs de stoquefiches mémorables ; on finit le repas à l'eau-de-vie.








Enfin, terminer par des glaces en cornet chez Fenocchio, ça ne s'invente pas...