Je préfère le dissensus dur au caramel mou

Je préfère le dissensus dur au caramel mou
Medusa – Il Caravaggio

Parfois on aimerait, face à la violence du monde, qu’un garçon vous prenne dans ses bras et murmure : « Ça ira, je suis là, on connaîtra des jours meilleurs… »

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jeudi 23 avril 2015

Escapade londonienne - 1

Quelques instants choisis d'une escapade londonienne fournissent des images toujours réjouissantes de ce qui est d'abord des ambiances, que ce soit dans le métro, dans les pubs. Comment les exprimer, alors qu'elles paraissent toujours insaisissables, jouent sur l'effet d'exotisme qui paraît davantage rassurer qu'inquiéter ?

Pour autant la sympathie qu'évoque Londres est encore chargée de souvenirs que nos aînés ont pu connaître aux grands moments des seventies : les quartiers de Soho et Carnaby Street exhibaient des boutiques de fringues aussi déjantées que colorées ; tavernes et pubs étaient les lieux de passage incontournables où la pop music pouvait librement s'écouter. Les Beatles et la famille royale jouaient dans une espèce de même registre folklorique dont ils n'étaient chacun qu'une facette singulière, et le même kaléidoscope  - the girl with kaleidoscope eyes - servait à tout un chacun pour essayer son regard sur cet environnement si étrange.




Ce qui pourrait résumer Londres de manière aussi incongrue que satisfaisante est la maison de John Soane, comme si Londres s'était arrêtée dans une période indéfinie du XIXe siècle. On s'attend ainsi à voir surgir de niches improbables des objets tous plus hétéroclites les uns que les autres tandis que des grooms ou des banquiers font tourner la boutique des clients et des affaires comme si rien ne changeait jamais.
Hélas, les années Thatcher ont marqué Londres comme le reste de la Grande Bretagne. Les privatisations de services publics ne sont pas achevées, et comme partout en Europe le sentiment de fatalité apparaît installé, comme si de rien n'était, comme si la Grande Bretagne n'était plus que celle de Harry Potter. Suffit-il de s'imaginer Londres entre Peter Pan, fossilisé à Hyde Park, et celle d'un quai improbable à Victoria station ou dans n'importe quelle station de métro ?

Si gay est le terme, le monde n'est pas gay, loin s'en faut. Londres s'émeut, à juste titre, des bateaux de migrants qui font naufrage, et l'Europe se pense assaillie de ceux qui n'ont plus que la fuite comme solution de survie contre la barbarie. Et qui voient la Grande Bretagne, dont ils parlent parfois la langue, comme terre de refuge. Retour de visite d'une ancienne - pas si ancienne, d'ailleurs - période coloniale où la Grande Bretagne s'était constituée comme l'une des grandes puissances de ce monde ?









La Grande Bretagne va voter en mai pour choisir un nouveau gouvernement. Bipartisme tranquille oblige, le jeu se fera entre Cameron, conservateur et Miliband, travailliste. La pauvreté qui progresse en Grande Bretagne comme ailleurs fera peut-être pencher la balance en faveur du Labour.
Une impression est sûre : La Grande Bretagne ne sortira pas du tunnel pour autant - ou du channel, c'est selon...

samedi 15 novembre 2014

Finocchio !

Voici quelques semaines je lançais une vaste enquête pour connaître l'origine de l'insulte italienne finocchio dont le sens français est "fenouil", lorsque j'évoquais Pinocchio (voir http://vehemes.blogspot.fr/2014/10/pinocchio-finocchio.html).
L'ami Silvano a également, de son côté, questionné assidûment son lectorat, m'a-t-il dit, et notamment Xersex dont l'italianité n'est plus à avouer.
Cyril, dont la sagacité est tout autant remarquable, m'a fort bien  indiqué de consulter le jardin de Jean (http://www.giovannidallorto.com/cultura/checcabolario/finocchio.html) qui s'est interrogé également sur la question.
J'emprunte ainsi à l'occasion à notre ami italien Giovanni Dall'Orto la photo d'une belle affiche détournée en incitation au coming out. Je préfère le voir ainsi qu'en acte homophobe : "Je soussigné déclare être un gay" à gauche, "Je soussigné déclare être un pédé" à droite. Oui, pédé me semble rendre plus justement le sens de ce terme que "fenouil". Personnellement, je trouve ça plutôt drôle !



Mais ça ne nous dit pas d'où vient le terme. Giovanni Dall'Orto précise que son usage est récent : 1863, au sens de frocio, "pédé", et l'étymologie paraît assez obscure, aucune hypothèse n'apportant d'explication vraiment convaincante.
La première mention serait qu'un finocchio est quelqu'un d'un peu stupide, se trompant sur le bon goût de préférer les hommes aux femmes, tant la norme sociale paraît une évidence. Un finocchio serait donc d'abord un imbécile.
Le terme se serait répandu après l'unité italienne sur l'ensemble du pays, mais aurait bien une origine toscane, les termes de frocio et de recchione lui faisant concurrence. Anciennement, on retrouve  buggerone, forme, sans doute, de notre "bougre" médiéval, c'est à dire originaire de Bulgarie, au sens où les mœurs dépravées ne peuvent venir que de l'étranger, c'est bien connu, et bardassa "berdache", au sens de transgenre, avec une origine qui serait persane. J'y reviendrai un jour en évoquant cet aspect dans les sociétés exotiques.

L'étymologie rappelée par Giovanni Dall'Orto serait multiple : si on tire un trait rapidement sur une pseudo étymologie latine fenor culi "prostitution sodomite", il reste à considérer l'anecdote selon laquelle on mettait dans le feu des fenouils pour recouvrir l'odeur de chair brûlée des sodomites que l'on avait condamnés au bûcher. Si comme le dit notre ami Giovanni, l'usage du terme n'est pas connu avant 1863, cette hypothèse paraît bien improbable. Elle a l'avantage d'être très imagée et d'abonder au folklore gay, dont le milieu lui-même est plutôt friand.



Ce serait l'anglais fagfaggot qui viendrait donner un peu de poids à cette idée. Là encore, il paraît bien improbable que le terme fag qui signifie "corvée", "fatigue", "mégot" par extension ait pu trouver son origine dans les bûchers destinés aux homosexuels condamnés à mort. Il faut y voir davantage l'idée de mépris rattachée à ce sens, comme quelque chose de peu intéressant, et de condamnable. Entre fag et faggot, il y a sans doute un jeu de mot, car si faggot signifie bien "fagot" pour un feu ou un bûcher, il n'y a là pas plus de logique de continuité qu'entre "pédé", abréviation de "pédéraste", issu de paidi/παιδί "enfant", "jeune homme" et erastes/εραστής "amant", et celle de "pédale", qui est un terme dérivé de pes, "pied". Là, seule l'euphonie et le goût de la langue de diversifier les termes pour un sens unique intervient, en français comme pour l'anglo-américain.

Alors, que conclure, sous peine d'être trop long et de lasser mes lecteurs ?

Eh bien sans doute que derrière finocchio, on a vraisemblablement aussi un jeu de mot multiple où l'on trouve, derrière l'innocent légume à l'odeur si plaisante, le sens fino occhio, l' "oeil fin", fino culo, le "cul fin" - ai-je besoin de préciser le sens ? - tout cela résumé dans un légume de peu de valeur. Sans doute n'en fallait-il pas davantage pour donner à ce terme de finocchio une notoriété qui aura dépassé les frontières de la Toscane. Quant au sens actuel, revendiquer le terme, n'est-ce pas lui permettre de lui attribuer aujourd'hui d'autres valeurs et d'en faire également un prétexte de fierté ? Sono finocchio ! En dégustant une tranche de salame finocchiona, arrosée d'un excellent chianti, et en terminant par un caffè ristretto ! Buon appetito!