Je préfère le dissensus dur au caramel mou
Medusa – Il Caravaggio
Parfois on aimerait, face à la violence du monde, qu’un garçon vous prenne dans ses bras et murmure : « Ça ira, je suis là, on connaîtra des jours meilleurs… »
jeudi 23 juin 2016
Augustin with us
Il m’arrive de regarder parfois, toujours avec étonnement,
les entrées qui ont amené les lecteurs sur Véhèmes.
C’est ainsi que j’ai pu voir l’entrée suivante : Augustin Trapenard gay ?
J’ai souri, bien évidemment. Outre que je ne sais rien de la
gaytude d’Augustin Trapenard, et qu’à vrai dire je m’en fous un peu, je reste
étonné par les algorithmes utilisés par Google qui permettent d’associer mon
blog avec le fait qu’Augustin Trapenard serait gay. Il se trouve, en effet, que
j’ai mentionné à plusieurs reprises sur des billets, le nom d’Augustin
Trapenard dans des billets. Pour autant je ne suis jamais allé plus loin que de
commenter, de manière légère me semble-t-il, les propos ou l’actualité de l’un ses
invités.
J’ai souvent dit que les voix des garçons constituent pour
moi une dimension esthétique à l’égale d’une forme du corps, d’une courbe, qui
pourrait peut-être être traduite par une équation mathématique, un nombre d’or
appliqué à un ensemble de fréquences, et que mon oreille reconnaît aussitôt
aussi sûrement que mes yeux savent reconnaître l’harmonie d’un corps. La voix
d’Augustin Trapenard n’a pas tout à fait les composantes de cette harmonie dont
je parle ; j’y reconnais toutefois une douceur, une capacité à créer avec
son invité une ambiance de nature à s’abandonner loin de toute tentative de
défense, dans un monde de créations ou d’idées qui sont souvent l’objet de
conflits ou de relations dans lesquelles tout doit être justifié.
J’apprécie que sa manière de questionner, justement, ne soit
pas dans cette volonté de pousser un invité dans un retranchement, ainsi qu’il
est convenu de dire, mais d’accompagner la pensée de l’invité, aller avec lui
dans des moments où la pensée peut s’exprimer. Il y eut quelques exceptions qui
m’ont étonné : j’ai parlé dans Véhèmes de la stupéfiante déclaration
d’Erik Orsenna, disant que la liberté d’expression ne peut aller au-delà de
certaines limites. Il s’agissait, en l’occurrence, de commenter les
déclarations d’Erri de Luca.
Dois-je dire, en outre que le prénom d’Augustin évoque en
moi des souvenirs de douceurs, voire d’une érotique singulière. Si je rappelle
rapidement une grand-mère, Augustine, pour qui j’éprouve une grande admiration, une
tendresse dues à son comportement devant la vie, le nom d’Augustin est resté,
pour moi, celui de Meaulnes, Le grand
Meaulnes, d’Alain-Fournier. D’une certaine manière, je fus jaloux d’Yvonne
de Gallet et de l’amour qu’il lui porta. Je ne sais plus quoi, du roman ou du
film de Gabriel Albicocco, emporta mon sentiment pour lui. J’avais rêvé, en
tout cas, d’un amant tel que lui, sans trop savoir l’exprimer. Cet amant
voyageur, rêveur d’univers fantasmagoriques, de brumes de lacs italiens,
accompagna mon esprit de nombreuses années.
J’achète assez peu Les
InRocKuptibles. Ce journal plutôt bobo, très superficiel comme de nombreux
magazines me laisse souvent froid, frustré d’analyses approfondies, devant
répondre à ce besoin de notre société d’aujourd’hui de surfer sur des sujets du
moment et ne laissant qu’un aperçu des sujets traités. Ainsi va la presse. Mon
œil fut attiré, il y a quelques semaines, par sa première de couverture qui
montrait une photographie d’Augustin Trapenard. Un visage avenant avec son
regard aux yeux bleus, toujours vifs, au visage mangé par cinq jours de barbe
(réglage du sabot à 3
millimètres), tenant entre les mains un boomerang, non
un modèle aborigène emprunté au Musée du Quai Branly, mais un modèle de chez Nature & Découvertes, en
contreplaqué ou en carton polymérisé, façon tu le lances cinq ou six fois, il
se pète ou encore, tu l’offres à un gamin, fils de tes amis : et le gamin
te reproches de pas lui en avoir offert un vrai. Tu maudis Nature & Découvertes d’abord et le chiard ensuite de ne pas
connaître le dicton « À cheval donné, on ne regarde pas la
bride. ».
Bref, revenons à notre Augustin : outre qu’il tient un
boomerang pour la photographie, il est torse nu, montrant une poitrine velue et
frisée, très charmante, sur laquelle on aimerait passer les doigts, découvrant
la souplesse de ce beau velours. Et autre découverte de cette nature, quelques
tatouages viennent orner les épaules de ce garçon. Non un trivial bracelet
« ethnique » ou une décoration celto-barbare, mais du texte, mais
oui : on sait qu’Augustin est un lettré. Et là, peut-être pouvons-nous
trouver quelques indices de nature à satisfaire la curiosité de notre
lecteur : on arrive à lire quelques mots. « …with him. Go to him, stay with him. Holy… » Bien, c’est de l’anglais. On sait qu’Augustin
Trapenard est angliciste, et pas du tout italianiste. Je l’avais taclé un jour
où il avait massacré, à l’occasion de sa mort, le nom d’Aldo Ciccolini, le
prononçant sous l’influence de celui de la Cicciolina.
« With him », pas « With Him », qui
aurait pu faire croire qu’il s’agirait d’un Être suprême. Donc ce tatouage
évoque un garçon anglais, avec lequel il a envie d’aller et de rester. Nous
n’en saurons pas davantage, cher lecteur, et la vie privée d’Augustin lui
appartient. Personne n’est obligé de faire un coming out, en français, de « faire sa sortie ».
Et puisque j’en suis à parler d’Augustin Trapenard,
regardons de plus près la manière dont est traité le sujet par les Inrocks.
Tout d’abord, cette photo torse nu, que veut-elle
dire ? Ce n’est pas moi, qui adore publier des photographies de beaux
garçons nus, qui vais m’offusquer de la photographie d’Augustin Trapenard torse
nu. Néanmoins, le message me semble un peu surfait : s’agirait-il
d’Augustin Trapenard « mis à nu » par l’article du
journal ? Ce serait une grande
prétention. Quoi, alors ? Une espèce de complaisance à se livrer dans une
intimité que peu de gens connaissent sans doute ? Je n’ai pas la réponse,
et je dois dire que je n’apprécie pas ce type de complaisance, de montage d’un
photographe à la petite semaine chargé d’aguicher le lecteur. Je n’ai pas été
aguiché. J’aurais acheté les Inrocks tout aussi bien si Augustin Trapenard
avait été présenté en chandail (tiens, chandail, c’est mieux que le basique pull, abrévation de pull-over, littéralement « tire par-dessus »), ou en
petit veston que je trouve moi toujours assez seyant. Ce genre de photographie
me fait penser à ce que passe Téléramakrishna
depuis un certain nombre d’années : présenter un invité dans le journal en
très, très gros plan. On peut y voir alors toutes les imperfections de la peau,
et comme l’invité n’est jamais très jeune, la peau se charge de toutes les
usures, de la dilatation des pores, un dartre, un grain de beauté en relief, un
lipome sous-jacent qui apparaît comme une enflure de la peau. Je n’aime pas non
plus ce type de photographie qui joue à montrer la réalité d’une personne de
manière telle qu’on ne peut en percevoir que les défaut apparents, et non ce
qu’elle donne à voir dans une attitude de vie quotidienne, ordinaire. Il
s’agit, j’imagine, d’une intention esthétique. Pour le coup cette intention est
également ratée et ne traduit que l’impossibilité du photographe de rendre
compte, simplement, du visage d’une personne. Comme si le très, très gros plan
de la photographie, autorisé par les prouesses technologiques des appareils
modernes, ne visait qu’à avouer son impuissance d’une autre forme d’esthétique.
Mais revenons à Augustin. Le type qui a écrit l’article
s’appelle Alexandre Comte. Sa rubrique est la « une », c’est-à-dire,
la couverture du magazine. Titre de l’article : « Augustin Trapenard,
la cool culture ». Bon, je veux imaginer que ça veut dire que c’est de la
culture « sans prise de tête », qui ne demande pas d’effort d’écoute,
pas de temps de pause pour s’interroger sur une phrase, une idée. C’est mal
barré.
Petit descriptif de ce qui est vu de l’intérieur du studio.
Qui est qui, qui fait quoi. Sa « team » lui a demandé de ne pas venir
trop tôt. L’article s’efforce de balancer tout un verbiage franglais : ce
n’est pas innocent, c’est pour caractériser un parler « jeune ». Cela
ne m’effraie pas, ne me choque pas. Je trouve cela tout simplement ridicule,
preuve, s’il en fallait une, que l’article s’adresse à un segment précis de la
jeunesse qui a un peu vieilli. Les Inrocks,
ça m’étonnerait que ça soit lu par les moins de trente ans. Et par les plus de
cinquante qui virent davantage à l’Obs,
Marianne. Voire Valeurs actuelles, hélas.
On continue sur du descriptif de l’émission sans grand
intérêt, comme s’il s’agissait de donner une recette de cuisine pour faire une
émission de radio. On apprend — c’est passionnant — qu’Augustin ne dort que
quatre heures par nuit. Cette espèce de rengaine vient souvent dans les
interviews à la con. J’avais lu ça un jour à propos de Max Gallo. Max
Qui ? Rien, rien, oubliez… Je l’ai lu il n’y a pas longtemps à propos de
Panayotis Pascot, le môme insupportable qui a un superbe minois et fait de
l’impertinence sa marque de fabrique dans le Petit journal de Yann Barthès. Ça
n’ira sûrement pas très loin, mais la popularisation de ce môme en faisait un
pipol sur lequel il fallait braquer les yeux, partageant son temps entre son
travail de lycéen et les espiègleries dont il est passé maître. Comme Norman
qui fait des vidéos et tout un tas de gens animateurs de télé, il finira en
one-man show.
Bref, comme Bernard Tapie aussi, si vous voulez montrer que
vous êtes quelqu’un d’important, faites savoir que vous ne dormez que quatre
heures par nuit, preuve de votre incroyable capacité à être sur tous les
médias, à lire trois livres par jour, à écrire vos chroniques, etc.
Bref, donc, je reste un peu sur ma faim concernant Augustin
Trapenard : j’aurais aimé que le journaliste des Inrocks aille vers un peu plus d’introspection, qu’il le laisse
parler sur des choses permettant, pour une fois, d’inverser les rôles. C’est
vraiment raté, et j’ai la vague impression qu’Augustin s’est laissé attirer, au
prétexte qu’il aime qu’on lui dise qu’on l’aime, dans le piège de ce type
d’interview qui ne sert à rien. Pour autant, c’est vrai, Augustin, on (je) vous
aime !
mercredi 22 juin 2016
mardi 21 juin 2016
To Rome with love
Ce film m'avait échappé à sa sortie en 2012. Je l'ai trouvé dans un bac, étonné qu'il soit si peu cher. Quand je l'ai visionné, j'ai compris pourquoi on ne peut à aucun moment le confondre avec un Fellini, un Pasolini, un Comencini, etc. Bref, c'est une production dans ce qu'il y a de pire chez Woddy Allen. Là du Woody Alien, et mon jeu ne mot ne vaut pas mieux que ce film.
Prenez des clichés, des gags éculés, des amoureux paumés, et si possible américains, car on comprend que la culture italienne ne vaut que si elle est passée tout d'abord au filtre de la culture américaine. Le père de famille qui ne sait bien chanter le bel canto que sous la douche, la suite de clichés de vues de Rome parmi les plus touristiques, les mauvais malentendus d'histoires de familles qui sont présentées en parallèle, donc sans jamais se croiser... Jesse Eisenberg, parfait dans le rôle de Mark Zuckerberg, est pitoyable – non dirigé – dans le rôle de ce jeune étudiant américain qui n'a pas compris que quand on vit à Rome on ne met pas ses mains dans les poches...
Le scénario, improbable : faire se télescoper, pas se rencontrer, des Américains et des Italiens, chacun campé dans les clichés de sa propre culture. On y met comme ingrédient le fameux adage d'Andy Warhol selon lequel chacun aspire à son quart d'heure de célébrité. On rajoute le fait que chacun peut aller voir ailleurs que dans son propre couple, le temps de se rendre compte qu'il ne faut surtout rien changer...
Mais comment Woody Allen a-t-il pu réaliser un pareil navet ? Comment n'a-t-il pas à ce point été capable de saisir de la culture italienne autre chose que cette litanie de clichés ? Il ne reste même pas les vues de Rome, saisies trop rapidement, comme dans l'incapacité d'être simplement humble devant la présence de tout ce que cette cité a conservé de son histoire et de ce qu'elle sait vivre au quotidien... Il faut après ça, se laver les yeux et les oreilles avec La grande bellezza de Sorrentino. Au moins.
Prenez des clichés, des gags éculés, des amoureux paumés, et si possible américains, car on comprend que la culture italienne ne vaut que si elle est passée tout d'abord au filtre de la culture américaine. Le père de famille qui ne sait bien chanter le bel canto que sous la douche, la suite de clichés de vues de Rome parmi les plus touristiques, les mauvais malentendus d'histoires de familles qui sont présentées en parallèle, donc sans jamais se croiser... Jesse Eisenberg, parfait dans le rôle de Mark Zuckerberg, est pitoyable – non dirigé – dans le rôle de ce jeune étudiant américain qui n'a pas compris que quand on vit à Rome on ne met pas ses mains dans les poches...
Le scénario, improbable : faire se télescoper, pas se rencontrer, des Américains et des Italiens, chacun campé dans les clichés de sa propre culture. On y met comme ingrédient le fameux adage d'Andy Warhol selon lequel chacun aspire à son quart d'heure de célébrité. On rajoute le fait que chacun peut aller voir ailleurs que dans son propre couple, le temps de se rendre compte qu'il ne faut surtout rien changer...
Mais comment Woody Allen a-t-il pu réaliser un pareil navet ? Comment n'a-t-il pas à ce point été capable de saisir de la culture italienne autre chose que cette litanie de clichés ? Il ne reste même pas les vues de Rome, saisies trop rapidement, comme dans l'incapacité d'être simplement humble devant la présence de tout ce que cette cité a conservé de son histoire et de ce qu'elle sait vivre au quotidien... Il faut après ça, se laver les yeux et les oreilles avec La grande bellezza de Sorrentino. Au moins.
dimanche 19 juin 2016
Rodez, Artaud
Voici longtemps que dans ce blog je voulais parler d'Antonin Artaud, dont l'écriture cinglante fut l'une des plus belles aventures de la littérature du XXe siècle. Genet, Artaud, Kafka sont dans mon panthéon de l'écriture. Bien d'autres les ont rejoints ; peu ont poussé à ce stade critique l'interaction entre la vie et l’œuvre. Aucun comparatisme n'est possible, sinon cette faculté de faire de son écriture l'acte même permettant de sortir en permanence des souillures du monde.
Il y a soixante-dix ans, Antonin Artaud quittait l'asile d'aliénés de Rodez, après des années d'enfermement, de séances d'électrochocs censés le soigner de la schizophrénie et de la paranoïa dont il avait fait, dans la dernière partie de sa vie, son œuvre.
Ce premier billet sur Antonin Artaud sera peut-être l'occasion de revenir sur cet homme exceptionnel, proche des surréalistes, comédien d'une beauté insolente dans sa jeunesse et d'une immense ferveur, immense écrivain dont l’œuvre elle-même et ses conditions d'édition sont des aventures curieuses, voire une énigme. Genet et Artaud, qui ne se sont jamais rencontrés, se retrouvent par plus d'un point commun.
L'occasion m'est donnée aujourd'hui d'évoquer Antonin Artaud par un déplacement fait à Rodez voici déjà quelques semaines. Cette petite ville, qui semble éloignée de tout, fait aujourd'hui ses emblèmes de deux personnalités aussi différentes que Pierre Soulages et Antonin Artaud. Curieux mélange.
L’œuvre d'Antonin Artaud est-elle ce noir de la lumière, indissociablement liés ?
Au café-restaurant où je mange, ce jour où il faisait particulièrement froid, je plaisante avec le serveur sur les spécialités ruténoises. D'humeur badine, je n'ose cependant aller plus avant : d'autres personnes partagent ma table. J'aurais cependant volontiers accompagné ce garçon aguichant, à la fin de son service, pour rajouter, à la cuisine, des saveurs plus intimes...
Je me suis contenté, en fin de journée, de revisiter la cathédrale, où je n'étais pas retourné depuis quelques années, "la plus gothique des cathédrales", disait Antonin Artaud.
Voici un extrait du film documentaire-fiction de Jérôme Prieur et Gérard Mordillat, réalisé par Gérard Mordillat d'après le livre de Jacques Prevel : En compagnie d'Antonin Artaud, film de 1993. Sa durée totale est de 90 mn ; l'extrait quinze seulement.
Bon dimanche. Le soleil a fait son apparition en Cévennes.
Il y a soixante-dix ans, Antonin Artaud quittait l'asile d'aliénés de Rodez, après des années d'enfermement, de séances d'électrochocs censés le soigner de la schizophrénie et de la paranoïa dont il avait fait, dans la dernière partie de sa vie, son œuvre.
Ce premier billet sur Antonin Artaud sera peut-être l'occasion de revenir sur cet homme exceptionnel, proche des surréalistes, comédien d'une beauté insolente dans sa jeunesse et d'une immense ferveur, immense écrivain dont l’œuvre elle-même et ses conditions d'édition sont des aventures curieuses, voire une énigme. Genet et Artaud, qui ne se sont jamais rencontrés, se retrouvent par plus d'un point commun.
L'occasion m'est donnée aujourd'hui d'évoquer Antonin Artaud par un déplacement fait à Rodez voici déjà quelques semaines. Cette petite ville, qui semble éloignée de tout, fait aujourd'hui ses emblèmes de deux personnalités aussi différentes que Pierre Soulages et Antonin Artaud. Curieux mélange.
L’œuvre d'Antonin Artaud est-elle ce noir de la lumière, indissociablement liés ?
Au café-restaurant où je mange, ce jour où il faisait particulièrement froid, je plaisante avec le serveur sur les spécialités ruténoises. D'humeur badine, je n'ose cependant aller plus avant : d'autres personnes partagent ma table. J'aurais cependant volontiers accompagné ce garçon aguichant, à la fin de son service, pour rajouter, à la cuisine, des saveurs plus intimes...
Je me suis contenté, en fin de journée, de revisiter la cathédrale, où je n'étais pas retourné depuis quelques années, "la plus gothique des cathédrales", disait Antonin Artaud.
Voici un extrait du film documentaire-fiction de Jérôme Prieur et Gérard Mordillat, réalisé par Gérard Mordillat d'après le livre de Jacques Prevel : En compagnie d'Antonin Artaud, film de 1993. Sa durée totale est de 90 mn ; l'extrait quinze seulement.
Bon dimanche. Le soleil a fait son apparition en Cévennes.
samedi 18 juin 2016
Xavier, avec toi
Bien sûr avec toi, Xavier, plus que jamais.
Mais pourquoi t'es-tu foutu un raton-laveur crevé sur la tête ? Bon, enfin, tant que tu ne portes pas la barbe !
C'était en 2011...
Cent fois sur le métier..., Sisyphe, le tonneau des Danaïdes, choisissez ce qu'il vous plaira et planquez-vous les mecs ! Ou battons-nous !
Mais pourquoi t'es-tu foutu un raton-laveur crevé sur la tête ? Bon, enfin, tant que tu ne portes pas la barbe !
C'était en 2011...
Cent fois sur le métier..., Sisyphe, le tonneau des Danaïdes, choisissez ce qu'il vous plaira et planquez-vous les mecs ! Ou battons-nous !
vendredi 17 juin 2016
Themis Bouzouki Ρίξτε στο γυαλί φαρμάκι
Prends un verre de poison !
Et notamment celui de l'amour que la beauté des garçons instille dans tes veines, qui lentement te brûle et te laisse consumer, quand leur propre beauté de l'instant, éphémère, n'est destinée qu'à partir elle-même en fumée pour se fixer dans ton souvenir.
Seul vaut l'instant ineffaçable...
Le très beau Themistoklis, fils d'émigré grec vivant en Allemagne, n'était pas né lorsque Yannis Tsarouchis est mort ; je ne doute pas un instant que ce dernier l'aurait mis en peinture, et comme Themistoklis est, par ailleurs culturiste, il n'aurait peut-être pas hésité à se dénuder pour jouer du bouzouki : voilà une thématique assez rare chez Tsarouchis. Je la rechercherai mieux dans ses peintures.
Et notamment celui de l'amour que la beauté des garçons instille dans tes veines, qui lentement te brûle et te laisse consumer, quand leur propre beauté de l'instant, éphémère, n'est destinée qu'à partir elle-même en fumée pour se fixer dans ton souvenir.
Seul vaut l'instant ineffaçable...
Le très beau Themistoklis, fils d'émigré grec vivant en Allemagne, n'était pas né lorsque Yannis Tsarouchis est mort ; je ne doute pas un instant que ce dernier l'aurait mis en peinture, et comme Themistoklis est, par ailleurs culturiste, il n'aurait peut-être pas hésité à se dénuder pour jouer du bouzouki : voilà une thématique assez rare chez Tsarouchis. Je la rechercherai mieux dans ses peintures.
Trois textes d’écrivains
Je relaie ici dans ce blog
trois textes d’écrivains parus aujourd’hui sur le site Internet de
Marianne : Arthur Dreyfus, Arnaud Cathrine et Mathieu Simonet, textes qui
sont présentés comme s’exprimant contre l’homophobie.
L’UEFA n’a pas voulu que
s’exprime par une minute de silence l’hommage aux victimes du bar The Pulse à
Orlando ; fallait-il encore une preuve pour être sûr que le monde du foot
était une entreprise fascisante ? À savoir, comme dans beaucoup de
cultures méditerranéennes, qu’il existe des pratiques homosexuelles dans le
monde du foot, mais qu’il ne faut jamais les reconnaître, et, au contraire,
qu’il faut ostraciser ceux qui le reconnaissent ouvertement.
L'événement d’Orlando
apporte sans doute une dimension qui manquait à notre compréhension du
monde : depuis les années SIDA, on avait oublié que le monde gay vivait
d’une certaine manière, dans une dimension tragique. Celle-ci a été rappelée au
présent. On ne peut que s’en réjouir. Enfin, quelle que soit son orientation
sexuelle, le monde entier est devenu le théâtre, de manière encore plus
évidente, d’une violence qui s’exprime sans retenue — le langage imbécile des
journalistes parle de « loups solitaires » — je pense aux nouvelles
victimes de cette pathologie sociale : Jo Cox, Jessica Schneider et
Jean-Baptiste Salvaing. Il suffit donc d’une pulsion d’envahissement mortifère
pour que dans un même élan, on entraîne avec soi des êtres parmi les moins
détestables ; et peut-être même à cause de cela. Après, il suffit
d’invoquer une religion, stupide comme toutes les religions, un nationalisme,
aberrant comme tous les nationalismes, pour donner une justification de sens à
des actes qui n’en ont pas. Et les
amoureux du chaos n’ont plus qu’à s’en féliciter.
Aimez vos fils et vos filles avant de ne plus
pouvoir les serrer dans vos bras
« Aujourd'hui, le
romancier en moi pense à ces quelques parents qui ont dû découvrir, en même
temps que la mort de leur fils, son homosexualité. Et je veux dire à tous ceux
– à tous les pères – qui insultent leurs fils sous prétexte qu'ils les « dégoûtent
», qui ne veulent « plus jamais » les revoir, qui leur promettent une vie de
mépris et de chagrin : sachez que vos enfants sont tous aussi mortels qu’Eddie
Justice ; ce jeune homme caché dans les toilettes du Pulse, hier soir, pour
envoyer ses derniers SMS à sa mère qui, réveillée en pleine nuit par la
vibration de son téléphone portable, découvre l’inimaginable.
"Mommy I love you – He's coming – I'm
gonna die."
Les jeunes gays, trans,
lesbiennes, se suicident quatre fois plus que ceux que vous appelez « normaux
». Mais ce qui est anormal, c'est de mourir à vingt ans.
Parents qui chassez vos
enfants, qui coupez les ponts avec eux, qui jugez égoïstement leurs désirs, qui
vous souciez du qu’en-dira-t-on ; parents ignorants, pauvres ou riches, obscurantistes
ou traditionalistes, français ou américains, orientaux ou occidentaux, aimez
vos fils et vos filles avant de ne plus pouvoir les serrer dans vos bras.
Aimez-les et
dites-le-leur, car il existera toujours quelqu'un pour maudire vos enfants mieux
que vous. »
Arthur Dreyfus
Une guerre barbare contre celles et ceux qui
entendent être eux-mêmes
« C’est une américaine
d’une cinquantaine d’années. Allure très classique. Si l’habit faisait le
moine, on l’imaginerait volontiers acquise au bastion de Trump. Sauf que. Cette
femme est livide, totalement éplorée. Elle est sans nouvelles de son fils parti
danser dans la boîte gay d’Orlando où vient d’avoir lieu une fusillade
meurtrière. Elle tente de le joindre sur son portable. Il ne répond pas. En larmes,
elle dit au journaliste qui la filme ne savoir qu’une chose : « Il était avec
son petit ami. »
Il y a dix, vingt, trente,
quarante ans, cette mère n’aurait sans doute pas su où était son fils ce
soir-là car il ne lui aurait pas dit (il n’aurait pas osé, elle n’aurait pas su
l’entendre) ; elle n’aurait pas eu connaissance de l’existence de ce « petit
ami » et n’aurait donc pas prononcé cette phrase qui lui semble aller de soi
aujourd’hui : « Il était avec son petit ami. » En plus de l’identité homosexuelle,
c’est ça qu’on a voulu abattre à Orlando : une mère, son fils et le petit ami
de celui-ci, axiome qui tend à devenir ordinaire et lambda.
Une guerre barbare est
conduite contre toutes celles et ceux qui entendent être eux-mêmes (libres,
donc) : journalistes satiriques, juifs, amis en terrasse, férus de musique dans
une salle de concert, musulmans aimant à vivre dans des quartiers mixtes,
homosexuels bien dans leur peau, bien dans leur couple et bien dans leur
famille…
Il paraît que ce tueur
s’est senti « agressé » à la vue de deux homosexuels dans la rue… Pauvre chou.
Il l’aurait été pareillement en voyant cette mère que j’imagine à table, un
dimanche midi, avec son fils et le petit ami de celui-ci. Que la liberté d’être
soi se manifeste dans les situations les plus prosaïques de la vie (et non plus
à l’abri des regards) nous ravit, nous émerveille. Mais donne, à certains, des
envies de meurtre, et pas que des envies. Combien de morts déjà ?
Je ne vais pas mentir : je
ne sais pas comment terminer.
Pour lors : absolument
atterré. »
Arnaud Cathrine
Un baiser responsable de la tuerie ?
« Selon le père d’Omar
Mateen, l’attentat d’Orlando n’aurait « rien à voir avec la religion » : il
aurait pour origine un baiser commis entre deux hommes devant la femme d’Omar
Mateen et leur enfant de trois ans. Un baiser responsable de la tuerie ? Je
vois dans ce raisonnement encore une preuve d’homophobie, qui consisterait à
penser que tuer à la suite d’un coup de sang contre un baiser homosexuel serait
moins grave que tuer pour la religion… Oui, prétendre qu’un couple homosexuel
ne devrait pas s’embrasser devant un enfant de trois ans est empreint
d’homophobie. En effet, pourquoi les frontières de la pudeur devraient varier
selon l’identité sexuelle des couples ? L’homophobie, ne l’oublions pas, c’est
intégrer l’idée que l’homosexualité serait inférieure à l’hétérosexualité.
Aujourd’hui, en mémoire à la centaine de victimes d’Orlando, embrassons-nous
dans la rue. Et tant mieux si des enfants nous voient. Car ce qui est sûr,
c’est qu’aucun baiser n’a jamais causé le moindre attentat. Au contraire. »
Mathieu Simonet
jeudi 16 juin 2016
Yannis Ritsos : de la pruderie dans l'art
Comment nommer les choses dans l'art, a fortiori en littérature ?
la vidéo est sous-titrée en anglais.
la vidéo est sous-titrée en anglais.
mardi 14 juin 2016
Pour ne pas...
...tout envoyer péter.
Le monde devient-il à ce point irrespirable ? Les commentaires débiles de certains journalistes ont énoncé que les Étasuniens ont eu "leur" Bataclan, minimisant parfois que le lieu visé, le Club Pulse, était une boîte gay.
Je disais dans un très récent billet que le monde gay, depuis Stonewall avait perdu de sa conscience militante. Je ne suis pas sûr que tous les garçons en recherche de rencontres amoureuses sur la toile aient tous été ébranlés par l'attentat du Pulse à Orlando. C'est juste un constat. Question : pourra-t-on encore longtemps s'abriter derrière sa queue dans le miroir ?
Je disais dans un très récent billet que le monde gay, depuis Stonewall avait perdu de sa conscience militante. Je ne suis pas sûr que tous les garçons en recherche de rencontres amoureuses sur la toile aient tous été ébranlés par l'attentat du Pulse à Orlando. C'est juste un constat. Question : pourra-t-on encore longtemps s'abriter derrière sa queue dans le miroir ?
dimanche 12 juin 2016
Orlando
Tristesse et colère. Je pense à vous amis gay américains, à ceux qui ne sont pas gay mais victimes de cet abruti.
I'm sad and angry. I think of you, american gay friends, of all of you who are not gay but as much victims of this asshole.
Stay proud, stand up as possible. Let your mind be your best weapon against death and all its demons.
I am with you, just like all my gay and straight friends, here in France.
I'm sad and angry. I think of you, american gay friends, of all of you who are not gay but as much victims of this asshole.
Stay proud, stand up as possible. Let your mind be your best weapon against death and all its demons.
I am with you, just like all my gay and straight friends, here in France.
![]() |
| Têtu - Pulse - Orlando |
Un Rondeau de Scarlatti
Bah ! encore un barbu !
Rasez-vous les mecs, c'est si agréable, une peau douce...
Bon dimanche !
Rasez-vous les mecs, c'est si agréable, une peau douce...
Bon dimanche !
samedi 11 juin 2016
Nulle part
J'ai encore une fois l'impression de vivre un malentendu : tenir un blog qui a la prétention d'aimer - entre autres - les garçons m'obligerait à ne rester que dans ce registre. Ainsi, il ne serait pas de bon ton d'exprimer ses opinions sur le monde. Ce n'est sans doute pas étonnant : la manière autocentrée, hypernarcissique du monde gay a tendance à exclure ce qui n'appartient pas à ce monde qui m'apparaît, hélas, bien immature. Ainsi, il ne faudrait pas évoquer le problème majeur que constitue le bouleversement que vivent les populations déracinées, la situation tragique de la Grèce. Un lecteur, pour qui j'ai par ailleurs beaucoup de sympathie, me dit que le côté contestataire ne me convient pas. Grands dieux de l'Olympe ! Pourquoi faut-il qu'à ce point le monde gay ait perdu tout sens de la combativité quand, par ailleurs, le monde archaïque, religieux, reprend du poil de la bête et fait en sorte que les crispations reviennent, qu'à nouveau les homosexuels aient à se planquer ? Goût de la clandestinité ? Je ne crois pas. Seulement une habitude routinière à ne rester que dans l'entre-soi, à ne pas comprendre que le combat légitime des uns contre la domination est également celui des autres. La société actuelle est ainsi terriblement segmentée, chacun n'appartenant qu'à un segment précis produit par la société de consommation, afin de correspondre à l'image acceptable que l'on souhaite présenter. Alors on imagine bien que le côté revendicatif a depuis longtemps déserté cette sphère du monde gay.
Je ne vais pas davantage développer sur ce point aujourd'hui. Le même sentiment m'avait saisi il y a quelques mois aux alentours de Noël dernier. J'avais alors exprimé mon impression d'une rhinocérisation de la la société, faisant allusion à la pièce d'Eugène Ionesco, Le rhinocéros, quand, à la suite de l'attentat du Bataclan, la société française ressortait ses drapeaux imbéciles et ses réactions de crispation nationaliste. L'attitude s'est un peu estompée, mais les drapeaux restent, signifiant, je le répète, une expression d'exclusion de l'autre et non d'intégration (c'est le rôle de principe des drapeaux par ailleurs que d'exclure). Mais face à ces pertes de repères de notre société, je ne vois pas le monde gay exprimer un sentiment de maturité qui se traduirait par des formes de solidarité, bien au contraire : le repli sur soi, l'autosatisfaction de la narration des moments de drague me semblent de nature à suffire à cet effet miroir que l'on espère, qui nourrit le quotidien d'un garçon gay comme l'aboutissement d'une sorte de réalisation satisfaite de soi, la répétition de rituels dans des lieux identifiés permettant alors de trouver les repères que l'on a perdus dans d'autres lieux sociaux.
Je ne vise personne en particulier : je lis suffisamment de blogs, lorsque mon emploi du temps me le permet, pour retrouver toujours ces récurrences, et quelque part, une manière d'être très consumériste.
Je ferai un jour un tour des blogs qui m'interrogent. Sans doute, sans vouloir émettre quelque jugement que ce soit, ce qui n'est d'aucune espèce d'utilité, y exprimerai-je une certaine déception : j'ai maintenant assez d'âge pour regarder avec le sens de la perspective en quoi le monde gay a gagné en autonomie et en quoi il a perdu en conscience de soi d'un groupe minorisé. On ne me refera pas : aimant les garçons, je reste d'abord anthropologue, et critique de toute pratique humaine.
Véhèmes s'en trouve infléchi et va évoluer. Évoluer au sens de changer. Je trouvais déjà futile de présenter de belles photos de garçons. La seule raison pour laquelle j'ai continué à le faire était que toutes ces photos participaient pour moi de la beauté du monde. Le corollaire étant que la fréquentation du blog s'en trouvait améliorée. C'est effectivement un plaisir de constater que des lecteurs passent consulter quelques pages depuis de nombreux coins du monde parfois improbables. Sont-ils tous francophones ? Je ne sais pas. J'ai parfois publié en bilingue anglais-français, une fois en espéranto grâce à mon ami blogueur Ĵeromo Tanguy. Pour autant les commentaires qui sont renvoyés ne me paraissent par forcément signifiants. N'être qu'une publication de belles photos disponibles sur d'autres sites ne me satisfait pas. J'essaie, par un titre, une phrase d'apporter un complément de contexte qui inscrit la photo dans une histoire, une anecdote. Tout cela me semble un jeu bien vain. Je vais donc arrêter ce jeu : Véhèmes sera encore davantage un blog d'humeurs, et si pour mon propre plaisir, il arrive qu'une photographie me semble de nature à apporter une émotion et la faire partager, je le ferai certainement.
Pour l'heure je reviens vers cette préoccupation qui semble déplaire à certains de mes lecteurs : je redis que la plus grande solidarité doit s'exercer envers ceux qui sont les victimes de géostratégies criminelles.
Voici le lien du documentaire réalisé par la grande Yolande Moreau :
Nulle part en France. Il dure 32 minutes.
Cliquez ici.
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