Je préfère le dissensus dur au caramel mou
Medusa – Il Caravaggio
Parfois on aimerait, face à la violence du monde, qu’un garçon vous prenne dans ses bras et murmure : « Ça ira, je suis là, on connaîtra des jours meilleurs… »
jeudi 9 juin 2016
Trois poèmes grecs
Traduits par Dominique
Grandmont
Constantin
Cavafis
Leur origine
Leur plaisir coupable
vient de connaître
son assouvissement. Ils se
sont levés du lit
et s’habillent à la hâte,
sans parler.
Ils sortent de la maison
l’un après l’autre, furtivement ; et comme
ils marchent avec une
certaine inquiétude dans la rue, on dirait
qu’ils redoutent que
quelque chose sur eux ne trahisse
à quel genre d’amour ils
viennent de céder.
Mais la vie de l’artiste
n’a eu qu’à y gagner.
Demain, après-demain, ou
des années plus tard, s’écriront
des poèmes brûlants dont
l’origine était ici.
1921
Yannis Ritsos
Ne pleure pas sur la Grèce
Ne
pleure pas sur la Grèce, — quand on croit qu’elle va fléchir,
le
couteau contre l’os et la corde au cou,
La
voici de nouveau qui s’élance, impétueuse et sauvage,
Pour
harponner la bête avec le trident du soleil.
[Extrait de Dix-huit chansons sur les malheurs
de la patrie, daté de 1968-1970, publié
en 1973, traduit sur manuscrit]
Dans un sens ou dans l’autre
Ils
parlaient, discutaient, — dans tout ce bruit, on ne distinguait rien. Quelqu’un
s'assit
par terre, prit une pierre et se mit à casser des amandes. Le craquement
clair,
précis, — comme l’autre monta sur l’échelle
pour
suspendre au-dessus de la porte un grand tableau à l’envers. Alors
tous
se turent à la fois, se regardèrent, regardèrent : — on pouvait voir les
petits clous rouillés, les cadavres des mouches,
à
l’envers, oui. — Du carton gris avec des taches d’humidité. Et peut-être
n’avait-il
rien voulu cacher, mais que cela justement
soit visible.
1.XII.67
[extrait du Mur dans le miroir, daté de 1967-1971, écrit au camp de
Parthéni (Léros), puis à Athènes, et pour finir en résidence surveillée à
Karlovasi (Samos) ; publié en 1974, à la chute de la dictature. Première
publication française, en 1973, chez Gallimard ; traduit sur manuscrit.]
mercredi 8 juin 2016
mardi 7 juin 2016
lundi 6 juin 2016
dimanche 5 juin 2016
Grèce : les colonels sans les colonels
Angelica Ionatos était vendredi l'invitée de Zoé Varier. Une émission à écouter ou réécouter :
(cliquez sur le lien ci-dessous) :
Angélique Ionatos, la voix des poètes
Je ne répéterai jamais assez que le sort qui est fait à la Grèce doit nous éclairer sur la manière dont le système financier, et le système politique déterminé par lui, établissent une dictature épouvantable qui est une manière moderne de mettre à genoux les peuples, de les soumettre. En contrepartie de cet asservissement, ceux qui tiennent le pouvoir bénéficient de la jouissance que le Marquis de Sade évoquait dans ses textes sur la réduction au néant des corps, leur transformation à l'état d'objet de jouissance pour n'être plus qu'un lieu encore à peine vivant où sublimer leur abominable perversion.
Comment expliquer autrement la situation faite à la Grèce comme on n'ose pas le faire à l'Espagne, ni au Portugal, ni à l'Espagne ? La Grèce est progressivement réduite en poudre : tous les services publics sont vendus à l'encan, les îles sont privatisées, les composantes les plus fragiles du peuple grec sont éliminées par le suicide, la drogue, la maladie qu'on ne peut plus soigner.
La haine ainsi vouée à la Grèce demande une explication longue, complexe. Je ne la livrerai pas aujourd'hui tant elle paraît à ce point irrationnelle. Faut-il rajouter que, peut-être, l'attitude d'accueil des Grecs et notamment des habitants de Lesbos, admirable, renvoie aux Européens en général, leur lâcheté, leur refus de prendre leur responsabilité face à l'obligation de solidarité qui incombe à l'ensemble des nations riches.
Je retiens de ce que rappelle Angelica Ionatos l'histoire de ce pêcheur de Lesbos qui ne peut plus aller à la pêche depuis qu'il a ramené un enfant mort dans ses filets : la lâcheté a transformé la Méditerranée en cimetière.
Pour autant, de nombreuses initiatives existent en Europe de soutien aux populations blessées par les logiques de guerre soutenues par les nations occidentales, les lobbies de l'armement. On ne peut que saluer notamment à Paris l'initiative de son maire, Anne Hidalgo d'ouvrir un nouveau centre d'hébergement.
Je relaie ici la lettre envoyée par Yannis Youlountas dont j'apprécie le travail remarquable (information du 3 juin 2016) :
Depuis hier soir, Athènes est sous très haute surveillance. Une tentative d'enyaourtage(1) du premier ministre français a malheureusement échoué près du parlement, suite à la fermeture du centre-ville, notamment de la station de métro de la place Syntagma à partir de 18h. Les déploiements policiers sont immenses et les gardes du corps sur les dents.
https://www.youtube.com/watch? v=O8-Ssyy1p60
C'est avec un statut similaire à un chef d'Etat que Valls, visage fier et allure de colon, a passé en revue la garde nationale grecque devant le monument du soldat inconnu, avant de finir la soirée dans l'opulence, sur la terrasse du musée de l'Acropole, à quelques centaines de mètres seulement d'un campement de sans-abris (dont plusieurs enfants) expulsés de leur domicile suite à la réforme du code civil. Le repas gastronomique a été servi en compagnie du ministre de l'économie français Michel Sapin, coordinateur du pillage du bien commun en Grèce au bénéfice de grandes firmes françaises : EDF, Vinci(2), Thalès, Veolia, Suez ou encore la SNCF qui s'apprête à racheter pour une bouchée de pain la société grecque de chemin de fer, TRAINOSE, ce qui aura pour effet de doubler des prix qui étaient jusqu'ici parmi les plus bas en Europe, et qui convoite également des infrastructures ferroviaires. Harlem Désir, secrétaire d'État aux affaires européennes figurait également parmi les convives, ainsi que Giorgos Stathakis, le très controversé ministre grec de l'économie, héritier d'une grande famille d'armateurs, connu pour avoir oublié de déclarer au fisc 38 biens immobiliers (oui, vous avez bien lu : 38 !) et plus de 1,8 millions d'euros égarés sur un compte discret. Ce scandale dure depuis le mois de décembre en Grèce et les manifestants y font souvent allusion, parmi d'autres cas de corruption et de népotisme qui s'ajoutent au bilan désastreux de la capitulation du 13 juillet 2015.
Hier soir également, sous les applaudissements nourris d'une assistance triée sur le volet, Tsipras n'a pas manqué de féliciter Valls et de témoigner son « estime » à l'un des hommes politiques pourtant les plus détestés de l'hexagone, qu'il a même qualifié d' « ami ».
Ce vendredi matin, il a été également impossible de gêner la visite de Manuel Valls à l'Institut français d'Athènes, complètement encerclé de barrages filtrants. Depuis 10h30, Michel Sapin est en rendez-vous avec son homologue grec et quelques amis costumés pour la séquence « bonnes affaires », alors que depuis 11h, Manuel Valls est reçu au Palais Maximou, résidence du premier ministre, pour finaliser une feuille de route basée sur un « partenariat stratégique ».
Quel sera le contenu réel de cet accord ?
Valls et Tsipras vont évoquer un partenariat économique pour « sortir le pays de la crise » et rappeler le « soutien indéfectible de la France depuis l'entrée de la Grèce dans l'union européenne », en 1981. Mais en réalité, cet accord concerne les conséquences de la « seconde capitulation » du 24 mai 2016 (3), c'est-à-dire l'extension de la grande braderie qui prévoit désormais jusqu'à 597 îles mises en vente et 538 sites archéologiques. Le gouvernement français veut faire profiter ses amis grands patrons de cette juteuse affaire. C'est l'heure des soldes et tout le monde accourt en Grèce, à commencer par les responsables politiques russes et chinois, en début de semaine(4), accompagnés par des dizaines d'hommes d'affaires. Les domaines clés de la coopération gréco-française seront « le développement rural, la réforme de l'administration publique, l'innovation, le tourisme et, bien sûr, l'investissement », motif principal du séjour.
L'autre annonce qui va tenter de masquer la réalité mortifère, c'est la promesse du gouvernement français d'accueillir 400 ou 500 réfugiés par mois, en provenance de Grèce. Mais la face sombre de ce sujet, c'est que plus de 200 policiers et gendarmes français participent actuellement à la gestion calamiteuse de la question des réfugiés et migrants dans les îles grecques. Ces jours-ci, les mutineries se multiplient dans les camps inhumains de Lesbos et de Samos. Mercredi soir, le camp de réfugiés de Moria à Lesbos s'est encore rebellé, puis, hier soir, celui de Samos, entre 20h et minuit, suivi d'une répression terrible des gardiens et de la quasi-totalité des forces de police de l'île qui ont aussitôt convergé sur les lieux. Il y a au moins 30 blessés donc plusieurs adolescents. Certains sont dans un état grave et ont du être transportés vers un hôpital mieux équipé, celui de Samos étant complètement dégradé par les politiques d'austérité depuis quelques années.
Les mass-médias grecs, relayés par les agences de presse internationales, osent noyer le poisson en évoquant une obscure rixe entre des migrants, ce qui est totalement faux selon les témoignages directs recueillis depuis. C'est encore une mutinerie pure et simple contre des conditions de détentions violentes, arbitraires et inhumaines. Rien d'autre. D'ailleurs, au moins deux bungalows ont été incendiés et plusieurs prisonniers ont réussi à s'échapper.
Pour seule réponse, Tsipras et Valls annoncent la prochaine conversion de l'agence de surveillance Frontex en « armada de garde-côtes européens », directement coordonnée depuis Bruxelles. Valls a également évoqué le renforcement imminent de la présence policière française dans les îles grecques, avec 300 CRS et gendarmes supplémentaires d'ici peu.
« Tout va bien, Madame la marquise », semblent-ils entonner en trinquant : l'Euro de foot va commencer, ainsi que la saison touristique estivale ! Mais ils oublient d'évoquer les millions d'insoumis qui bloquent de plus en plus la Grèce(5), la France, l'Espagne, le Portugal et la Belgique, en attendant plus. Jusqu'à quand feindront-ils d'être sourds ? Et jusqu'où faudra-t-il aller dans nos luttes ?
1) équivalent en Grèce des « entartages » en France ou en Belgique (souvent préparés par Noël Godin et ses compagnons pâtissiers).
2) Xavier Huillard, le PDG de Vinci, avait même accompagné François Hollande en Grèce lors de son voyage des 22 et 23 octobre 2015.
3) durant l'Eurogroupe du 24 mai 2016.
http://www.economie.gouv.fr/ accord-dette-grece-eurogroupe- des-24-mai-2016
(4) Tsipras a reçu Poutine à Athènes, puis s'est rendu à Pékin.
(5) Par exemple, il y a un mois :
http://blogyy.net/2016/05/08/ le-blocage-de-la-grece-vu-de- linterieur/
- - - - - - -
APPEL POUR UN FOURGON SOLIDAIRE ET UN TROISIÈME FILM
Merci à toutes celles et ceux qui viennent de répondre, depuis deux jours, à l'appel à soutien de notre collectif de films (cf. mail précédent), et merci à celles et ceux qui songent à le faire durant les prochains jours.
a) rappel du lien créé par notre collectif sur le Pot commun pour nous aider :
https://www.lepotcommun.fr/ pot/w6o8gwir
(vous pouvez accompagner d'un message votre contribution)
b) si vous ne souhaitez pas ou ne pouvez pas utiliser le Pot commun, vous pouvez aussi envoyer un chèque à :
ANEPOS - "Fourgon solidaire" - BP 10 - 81540 Sorèze (ordre : ANEPOS)
ou un virement à :
IBAN d'ANEPOS : FR46 2004 1010 1610 8545 7L03 730
BIC : PSSTFRPPTOU
en mentionnant "Fourgon solidaire" dans le libellé.
c) détails sur le projet :
http://blogyy.net/2016/05/30/ en-route-pour-un-troisieme- film-mais/
d) contact : anepos@no-log.org
(cliquez sur le lien ci-dessous) :
Angélique Ionatos, la voix des poètes
Je ne répéterai jamais assez que le sort qui est fait à la Grèce doit nous éclairer sur la manière dont le système financier, et le système politique déterminé par lui, établissent une dictature épouvantable qui est une manière moderne de mettre à genoux les peuples, de les soumettre. En contrepartie de cet asservissement, ceux qui tiennent le pouvoir bénéficient de la jouissance que le Marquis de Sade évoquait dans ses textes sur la réduction au néant des corps, leur transformation à l'état d'objet de jouissance pour n'être plus qu'un lieu encore à peine vivant où sublimer leur abominable perversion.
Comment expliquer autrement la situation faite à la Grèce comme on n'ose pas le faire à l'Espagne, ni au Portugal, ni à l'Espagne ? La Grèce est progressivement réduite en poudre : tous les services publics sont vendus à l'encan, les îles sont privatisées, les composantes les plus fragiles du peuple grec sont éliminées par le suicide, la drogue, la maladie qu'on ne peut plus soigner.
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| Celeos - Athina, novembre 2015 |
La haine ainsi vouée à la Grèce demande une explication longue, complexe. Je ne la livrerai pas aujourd'hui tant elle paraît à ce point irrationnelle. Faut-il rajouter que, peut-être, l'attitude d'accueil des Grecs et notamment des habitants de Lesbos, admirable, renvoie aux Européens en général, leur lâcheté, leur refus de prendre leur responsabilité face à l'obligation de solidarité qui incombe à l'ensemble des nations riches.
Je retiens de ce que rappelle Angelica Ionatos l'histoire de ce pêcheur de Lesbos qui ne peut plus aller à la pêche depuis qu'il a ramené un enfant mort dans ses filets : la lâcheté a transformé la Méditerranée en cimetière.
Pour autant, de nombreuses initiatives existent en Europe de soutien aux populations blessées par les logiques de guerre soutenues par les nations occidentales, les lobbies de l'armement. On ne peut que saluer notamment à Paris l'initiative de son maire, Anne Hidalgo d'ouvrir un nouveau centre d'hébergement.
Je relaie ici la lettre envoyée par Yannis Youlountas dont j'apprécie le travail remarquable (information du 3 juin 2016) :
Info expresse : Manuel Valls et Michel Sapin actuellement à Athènes
VALLS FÉLICITÉ PAR TSIPRAS
PENDANT QUE SAPIN COORDONNE LE PILLAGE !
PENDANT QUE SAPIN COORDONNE LE PILLAGE !
Depuis hier soir, Athènes est sous très haute surveillance. Une tentative d'enyaourtage(1) du premier ministre français a malheureusement échoué près du parlement, suite à la fermeture du centre-ville, notamment de la station de métro de la place Syntagma à partir de 18h. Les déploiements policiers sont immenses et les gardes du corps sur les dents.
https://www.youtube.com/watch?
C'est avec un statut similaire à un chef d'Etat que Valls, visage fier et allure de colon, a passé en revue la garde nationale grecque devant le monument du soldat inconnu, avant de finir la soirée dans l'opulence, sur la terrasse du musée de l'Acropole, à quelques centaines de mètres seulement d'un campement de sans-abris (dont plusieurs enfants) expulsés de leur domicile suite à la réforme du code civil. Le repas gastronomique a été servi en compagnie du ministre de l'économie français Michel Sapin, coordinateur du pillage du bien commun en Grèce au bénéfice de grandes firmes françaises : EDF, Vinci(2), Thalès, Veolia, Suez ou encore la SNCF qui s'apprête à racheter pour une bouchée de pain la société grecque de chemin de fer, TRAINOSE, ce qui aura pour effet de doubler des prix qui étaient jusqu'ici parmi les plus bas en Europe, et qui convoite également des infrastructures ferroviaires. Harlem Désir, secrétaire d'État aux affaires européennes figurait également parmi les convives, ainsi que Giorgos Stathakis, le très controversé ministre grec de l'économie, héritier d'une grande famille d'armateurs, connu pour avoir oublié de déclarer au fisc 38 biens immobiliers (oui, vous avez bien lu : 38 !) et plus de 1,8 millions d'euros égarés sur un compte discret. Ce scandale dure depuis le mois de décembre en Grèce et les manifestants y font souvent allusion, parmi d'autres cas de corruption et de népotisme qui s'ajoutent au bilan désastreux de la capitulation du 13 juillet 2015.
Hier soir également, sous les applaudissements nourris d'une assistance triée sur le volet, Tsipras n'a pas manqué de féliciter Valls et de témoigner son « estime » à l'un des hommes politiques pourtant les plus détestés de l'hexagone, qu'il a même qualifié d' « ami ».
Ce vendredi matin, il a été également impossible de gêner la visite de Manuel Valls à l'Institut français d'Athènes, complètement encerclé de barrages filtrants. Depuis 10h30, Michel Sapin est en rendez-vous avec son homologue grec et quelques amis costumés pour la séquence « bonnes affaires », alors que depuis 11h, Manuel Valls est reçu au Palais Maximou, résidence du premier ministre, pour finaliser une feuille de route basée sur un « partenariat stratégique ».
Quel sera le contenu réel de cet accord ?
Valls et Tsipras vont évoquer un partenariat économique pour « sortir le pays de la crise » et rappeler le « soutien indéfectible de la France depuis l'entrée de la Grèce dans l'union européenne », en 1981. Mais en réalité, cet accord concerne les conséquences de la « seconde capitulation » du 24 mai 2016 (3), c'est-à-dire l'extension de la grande braderie qui prévoit désormais jusqu'à 597 îles mises en vente et 538 sites archéologiques. Le gouvernement français veut faire profiter ses amis grands patrons de cette juteuse affaire. C'est l'heure des soldes et tout le monde accourt en Grèce, à commencer par les responsables politiques russes et chinois, en début de semaine(4), accompagnés par des dizaines d'hommes d'affaires. Les domaines clés de la coopération gréco-française seront « le développement rural, la réforme de l'administration publique, l'innovation, le tourisme et, bien sûr, l'investissement », motif principal du séjour.
L'autre annonce qui va tenter de masquer la réalité mortifère, c'est la promesse du gouvernement français d'accueillir 400 ou 500 réfugiés par mois, en provenance de Grèce. Mais la face sombre de ce sujet, c'est que plus de 200 policiers et gendarmes français participent actuellement à la gestion calamiteuse de la question des réfugiés et migrants dans les îles grecques. Ces jours-ci, les mutineries se multiplient dans les camps inhumains de Lesbos et de Samos. Mercredi soir, le camp de réfugiés de Moria à Lesbos s'est encore rebellé, puis, hier soir, celui de Samos, entre 20h et minuit, suivi d'une répression terrible des gardiens et de la quasi-totalité des forces de police de l'île qui ont aussitôt convergé sur les lieux. Il y a au moins 30 blessés donc plusieurs adolescents. Certains sont dans un état grave et ont du être transportés vers un hôpital mieux équipé, celui de Samos étant complètement dégradé par les politiques d'austérité depuis quelques années.
Les mass-médias grecs, relayés par les agences de presse internationales, osent noyer le poisson en évoquant une obscure rixe entre des migrants, ce qui est totalement faux selon les témoignages directs recueillis depuis. C'est encore une mutinerie pure et simple contre des conditions de détentions violentes, arbitraires et inhumaines. Rien d'autre. D'ailleurs, au moins deux bungalows ont été incendiés et plusieurs prisonniers ont réussi à s'échapper.
Pour seule réponse, Tsipras et Valls annoncent la prochaine conversion de l'agence de surveillance Frontex en « armada de garde-côtes européens », directement coordonnée depuis Bruxelles. Valls a également évoqué le renforcement imminent de la présence policière française dans les îles grecques, avec 300 CRS et gendarmes supplémentaires d'ici peu.
« Tout va bien, Madame la marquise », semblent-ils entonner en trinquant : l'Euro de foot va commencer, ainsi que la saison touristique estivale ! Mais ils oublient d'évoquer les millions d'insoumis qui bloquent de plus en plus la Grèce(5), la France, l'Espagne, le Portugal et la Belgique, en attendant plus. Jusqu'à quand feindront-ils d'être sourds ? Et jusqu'où faudra-t-il aller dans nos luttes ?
Yannis Youlountas
1) équivalent en Grèce des « entartages » en France ou en Belgique (souvent préparés par Noël Godin et ses compagnons pâtissiers).
2) Xavier Huillard, le PDG de Vinci, avait même accompagné François Hollande en Grèce lors de son voyage des 22 et 23 octobre 2015.
3) durant l'Eurogroupe du 24 mai 2016.
http://www.economie.gouv.fr/
(4) Tsipras a reçu Poutine à Athènes, puis s'est rendu à Pékin.
(5) Par exemple, il y a un mois :
http://blogyy.net/2016/05/08/
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APPEL POUR UN FOURGON SOLIDAIRE ET UN TROISIÈME FILM
Merci à toutes celles et ceux qui viennent de répondre, depuis deux jours, à l'appel à soutien de notre collectif de films (cf. mail précédent), et merci à celles et ceux qui songent à le faire durant les prochains jours.
a) rappel du lien créé par notre collectif sur le Pot commun pour nous aider :
https://www.lepotcommun.fr/
(vous pouvez accompagner d'un message votre contribution)
b) si vous ne souhaitez pas ou ne pouvez pas utiliser le Pot commun, vous pouvez aussi envoyer un chèque à :
ANEPOS - "Fourgon solidaire" - BP 10 - 81540 Sorèze (ordre : ANEPOS)
ou un virement à :
IBAN d'ANEPOS : FR46 2004 1010 1610 8545 7L03 730
BIC : PSSTFRPPTOU
en mentionnant "Fourgon solidaire" dans le libellé.
c) détails sur le projet :
http://blogyy.net/2016/05/30/
d) contact : anepos@no-log.org
samedi 4 juin 2016
Angelica - O erotas
Angelica Ionatos était hier soir l'invitée de Zoé Varier sur France Inter. C'est l'occasion de reparler de la Grèce. J'y reviendrai ce soir.
Dans l'attente, veuillez agréer ce chant magnifique de la très grande Angelica.
Dans l'attente, veuillez agréer ce chant magnifique de la très grande Angelica.
vendredi 3 juin 2016
Le jeune garçon brun du train
En face de moi, sur le siège opposé, le garçon est assis, posé dans son jeune corps au visage mat et masqué de traits volontaires dont je peux prévoir ce qu'ils deviendront lorsque l'âge adulte l'aura rejoint. Quelques éléments de beauté le parent : des lèvres roses que surligne un duvet à peine naissant lui donnent encore un air d'enfance ; un nez droit, court, et de
peu d'épaisseur prolonge la convergence de ses arcades sourcilières parées de deux courbes sombres. Le menton est tendu d'une sobre ligne en triangle. La peau lui est mate ainsi qu'un voile brun. Son pantalon est retroussé légèrement, laissant voir des chevilles fines aux pieds dénués de socquettes. chaussés de souliers de sport bleus Un léger duvet mâle brunit les chevilles, accordé à la chevelure tirée en arrière, un peu rebelle.
Au dehors défile le paysage d'un ciel chargé de nuages qui éclaire la campagne, verte de trop d'eau reçue.
L'enfant glisse depuis son siège pour gagner le confort de son indolence. Rien ne peut le distraire de l'écran de son téléphone où ses yeux sont rivés, paupières baissées dont je n'ai pas seulement croisé les pupilles.
Enfin son regard a croisé le mien, posant sa tête sur l'appui de son bras et de son coude. Ses yeux sont bruns, et comme il n'est pas de convenance que je soutienne mon regard ni lui le sien, il a détourné les yeux, créant une pose dont je me maudis de ne pouvoir la photographier. Je sais que ce garçon de quatorze ans saura séduire et arracher le cœur d'autres garçons : il m'a déjà ravi le mien.
L'enfant glisse depuis son siège pour gagner le confort de son indolence. Rien ne peut le distraire de l'écran de son téléphone où ses yeux sont rivés, paupières baissées dont je n'ai pas seulement croisé les pupilles.
Enfin son regard a croisé le mien, posant sa tête sur l'appui de son bras et de son coude. Ses yeux sont bruns, et comme il n'est pas de convenance que je soutienne mon regard ni lui le sien, il a détourné les yeux, créant une pose dont je me maudis de ne pouvoir la photographier. Je sais que ce garçon de quatorze ans saura séduire et arracher le cœur d'autres garçons : il m'a déjà ravi le mien.
jeudi 2 juin 2016
Douche Franche
Je parle d'un pays écorché jusqu'à l'os.
France aux yeux parfumés vous êtes notre image.
Douce comme ses nuits, peut-être davantage
Et comme elle blessée, ô France, à demi-mot
Jean Genet, in Un chant d'amour, dédié à Lucien Sénemaud
mercredi 1 juin 2016
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