Je préfère le dissensus dur au caramel mou

Je préfère le dissensus dur au caramel mou
Medusa – Il Caravaggio

Parfois on aimerait, face à la violence du monde, qu’un garçon vous prenne dans ses bras et murmure : « Ça ira, je suis là, on connaîtra des jours meilleurs… »

samedi 7 mai 2016

Dans un jardin du paradis


Tout salaud paiera !

Non, « Tous à l'opéra ! » veux-je dire. Les salauds, on verra plus tard !

Belle opération européenne pour cette 10ème invitation à aller voir de plus près ces lieux splendides que sont les opéras, que l'on croit trop souvent réservés à une élite. Il faut rappeler qu'autrefois, l'opéra était un lieu de fréquentation éminemment populaire. Il existe quelques bonnes pages de sociologie qui permettent de comprendre comment cette culture a été accaparée par les classes les plus aisées dans le même temps que l'on fabriquait à l'usage des « masses » des produits consommables considérés d'accès plus facile du point de vue de la musique. Ne parlons même pas des textes !

Bref, la grande Maria, dans ses années les plus belles : la puissance, la force de cet esprit méditerranéen, qu'une Grecque ne pouvait mieux incarner.
A propos de la Grèce, je fais une parenthèse pour rappeler que le pays est en grève générale pour la troisième fois : les financements européens vont aux banques et non aux besoins des services généraux et de la population, preuve que la baisse du pantalon par Tsipras n'a servi à rien, et ne fait que démontrer, une fois de plus que les élites ont vraiment un souci avec le pouvoir.

Allons à l'Opéra ! Le seul problème, c'est qu'il n'y en a pas partout, mais cela vaut la peine de se déplacer.


vendredi 6 mai 2016

Déco d'intérieur


Mourir ? Plutôt crever ! Vive Siné !

On y passera tous. C'est la seule certitude. Cette fois c'est Maurice Siné dit Bob Siné, qui a pris son tour. Ce n'est pas triste, et on boira un coup à ta santé Bob, et contre tous les cons qui t'ont emmerdé. Moi je ne t'ai pas connu, mais je me rappelle, gamin, que tu illustrais les catalogues du Livre de Poche, dans lesquels je me plongeais, cochant les bouquins que j'avais prévu d'acheter pour mes prochaines lectures. Tu y mettais déjà tes chats, et un peu plus tard, tu disais la raison pour laquelle tu aimais les chats: parce qu'on n'arrivera jamais à en faire des chats policiers. Il y a encore des tas de raisons d'aimer les chats, mais je n'ai pas besoin d'en parler ici aujourd'hui.


Tu étais un ami de Jean : vous  vous étiez rencontrés en 1957. J'y reviendrai. Je n'ai pas le temps de faire un très long billet : ce jour je bosse. J'y reviendrai donc plus longuement, je me répète. Voici déjà ce dessin que tu avais fait en hommage à Jean Genet qui était alors à Athènes. Tu te foutais de sa gueule. Avec cœur et amitié.

Soigne-toi bien, Bob. Tu vois, on retient ceux qui ont un immense cœur. Je ne citerai pas aujourd'hui le nom de ce misérable qui t'avait accusé d'infamie. Ne bouge pas. Je reviens bientôt.
Crédit Baumann, via Siné Mensuel

jeudi 5 mai 2016

Oui, patiente, j'arrive !


Βασίλης Τσιτσάνης - Vassílis Tsitsánis

Vassílis Tsitsánis, l'un des plus grands musiciens du rébétiko, dont on ne peut entendre une des prestations sans être pris d'un sentiment de nostalgie, celui dont les Grecs sont porteurs, sachant que le sentiment d'exil est, dans la culture grecque, toujours présent. A eux, qui savent accueillir.

La vidéo est un petit récital d''environ quarante minutes. A apprécier au lit, et là ou on veut.
Passez une bonne journée fériée. 


mercredi 4 mai 2016

Don't forget the shoes!


Une aire d'autoroute

Hier, j'ai téléphoné à Marie. Avant que l'heure ne soit trop tardive, je me suis arrêté sur cette aire d'autoroute où je sais que des garçons se rencontrent près des pissotières. Le lieu est plutôt sordide et je n'y ai jamais croisé un garçon dont le visage, à défaut du reste, m'ait pu paraître sympathique. Je regarde parfois, curieux, les va-et-vient entre les véhicules qui ne laissent pas beaucoup de doute sur les intentions. Sur les murs des pissotières, on lit des numéros de téléphone, des maximes, des propositions de plans. Le tout fait davantage pitié qu'envie. On parlait autrefois de la misère sexuelle, sans trop bien définir ce que ça pouvait être : l'envie biologique d'avoir une relation suivie d'orgasme, de sentir depuis le tréfonds de son ventre le jaillissement de ce liquide qui témoigne que quelque chose s'est bien passé entre deux garçons ? Est-ce que cela suffit à donner du sens à ce manège, comme dans Querelle de Brest Genet organisait quelque chose qui ressemblait à une sorte de chorégraphie : des garçons arrivent, repartent, interprètent à leur manière l'échelle de Jacob, faisant de ce mouvement la justification même de la recherche des garçons, recherche infinie qui ne sera, de toute manière, jamais satisfaite ? Est-ce, un instant seulement, avoir le sentiment d'exister comme dans la conscience de sa propre mort, qui alors justifie tout ce qui peut se passer l'instant d'auparavant ? Est-ce cela que les garçons fous de Bruxelles et du Bataclan ont ressenti, est-ce de la même nature ? Je suis enclin à le croire, car je crois savoir que ce qui fait venir les garçons, là, près de cette pissotière qui ressemble, en fin de compte à une scène de théâtre, est cette façon de faire, où l'on est serré d'inquiétude, où l'adrénaline s'expulse des reins à une vitesse de supersonique pour faire face à ce moment terrible, où les premières paroles vont s'échanger, d'une banalité déconcertante avant que les premiers gestes ne se dévoilent. Il y aura peu de paroles, d'ailleurs. Il ne s'agit pas de parler mais d'exister d'abord dans des relations qui n'ont rien de la relation de tendresse. Il s'agit, au contraire, d'affirmer une mâlitude dont le plaisir ne réside pas dans la recherche d'une relation harmonieuse,  mais,  comme dans un combat sans enjeu apparent, gagner contre la vie une sorte de course,  acquérir les points qui permettent, le moment venu, de croire qu'on a gagné quelque chose d'une contrepartie des déficits de l'enfance.  Peut-être me trompé-je. Il importe en tout cas,  de ne rien retenir longtemps des garçons de passage.  Y a-t-il autre chose à comprendre de la course de Dom Giovanni,  course éperdue jusqu'à sa fin tragique ?


Là, ce soir,  je ne vois qu'un garçon, ni laid ni beau, mince,  qui sort de sa voiture à côté de laquelle je suis garé. Son visage est mat,  ses cheveux sont courts et il porte trois jours de barbe.  Il est vêtu simplement d'un tee-shirt brun et d'un jean ordinaire. Sous son tee-shirt ressort le relief de son ventre qui détonne avec sa silhouette fine. Il fume devant sa voiture. Il regarde à gauche,  à droite,  comme s'il attendait quelqu'un qui de toute façon ne viendra pas. Je suis dans ma voiture et parle au téléphone avec Marie,  ce que je n'ai pas fait depuis de trop nombreux mois,  presque depuis qu'Y. est parti,  depuis ce moment terrible où le monde a semblé s'écrouler, où le temps à explosé comme une bombe d'Hiroshima.  Marie me raconte sa vie quotidienne, désormais seule, ponctuée par la visite des plus jeunes qui aujourd'hui se battent pour exister malgré le monde. Elle me parle de ses travaux d'écriture qui lui donnent la raison pour laquelle elle a mené avec Y. une course contre la mort. C'est Marie qui a gagné. Quand Y. est parti, il y a eu le constat de ce renoncement, l'idée que la force des mots avait lâché, comme une lanière de cuir qui cède sous l'usure. Il m'avait semblé en être le témoin discret, ne devant surtout rien dire.  En Méditerranée,  les femmes ont le dernier mot, sans quoi l'ordre du monde peut en être changé,  ce dont les dieux ne veulent à aucun prix. Marie a une petite voix, mais très ferme, et pleine de toutes les choses dont on a appris à pleurer et à rire.  Maintenant il n'est plus besoin de pleurer ni de rire non plus.  Le temps est venu,  après celui de la patience, de regarder les plus jeunes affronter le monde, de leur apporter seulement un peu de présence, la même qu'ils garderont après le départ,  une présence faite de sourire simplement. Le reste est indicible.
J'embrasse Marie au téléphone. Je sais que je la reverrai encore. Ce soir, j'étais auprès d'elle, regardant à travers mon pare-brise poussiéreux ce garçon impatient dont je ne saurai rien sinon qu'il n'avait pas rencontré mon désir et peut-être même celui d'aucun garçon égaré sur cette aire d'autoroute.


mardi 3 mai 2016

Erect on a thoroughbred


...And you always imagined him on a thoroughbred in someone's private forest... *


* Vers emprunté à un poème de Leonard Cohen.

Les Gauloises bleues

J'ai parfois la nostalgie des cigarettes, non de la fumée, mais des cérémoniels qui l'accompagnent : ouvrir le paquet, saisir la cigarette, l'humer avant de l'allumer, apprécier si le tabac paraît suffisamment sec, passer mes doigts sur le paquet et y laisser des traces de sébum qui le lustrent. Pas très longtemps, une journée tout au plus, le temps que dure un paquet de cigarettes. Puis, avec le café servi dans la tasse, au bistrot, pendant que d'autres scènes se passent, apprécier d'être un simple spectateur des autres rituels.
Prenant mon briquet, je fais claquer le l'opercule qui bascule d'un coup sec. La flamme en jaillit et, inclinant légèrement la tête, la cigarette maintenue serrée entre les lèvres, j'approche la flamme du briquet et aspire pour allumer la cigarette. Cette première goulée me pénètre dans les poumons et je la ressens comme une légère ivresse qui fait à peine tourner la tête. Le jeu consiste ensuite à triturer la cigarette entre les doigts qui sont jaunis, à l'approcher des lèvres, à rejeter la fumée comme si finalement, elle se substituait aux caresses de celui avec qui j'ai partagé quelquefois le goût de ce tabac.



lundi 2 mai 2016

Fossettes


Jean Genet - Hors série

Je voudrais aujourd'hui simplement signaler l'excellent hors-série du journal Le Monde consacré à Jean Genet comprenant de nombreux témoignages et des analyses, certes rapides, mais qui me paraissent justes, de son œuvre. Le titre n'est pas très original, mais après tout, pourquoi pas ?
« Jean Genet. Un écrivain sous haute surveillance » (Haute surveillance est le titre de l'une de ses pièces écrite en 1944).


On y trouve divers témoignages, certains déjà publiés, mais c'est bien de les avoir réunis ici.
Un portrait, tout d'abord, de bonne facture par René de Ceccaty, des textes choisis, parmi les plus beaux est-on tenté de dire par expression conventionnelle, quand il n'existe pas une phrase de Genet qui ne soit consacrée à la beauté  ; un entretien avec Albert Dichy, qui reste sans doute l'un des meilleurs connaisseurs de l’œuvre et de la biographie de Genet. Et beaucoup de choses qui alimentent ce qu'on sait et qu'on ne sait pas de lui. On y fait même parler des imbéciles, ça ne manque pas.


Achetez-le, ça vous fera une lecture de chevet pendant quelques jours. Et de quoi rester bouleversé par son rapport au monde qui nous interroge sur le nôtre.

Je ne me dispenserai pas de ce que j'ai prévu, lorsque j'aurai davantage de disponibilités : reparler du Funambule, de la relation de Jean Genet avec Alberto Giacometti, ainsi que la très énervante polémique sur le prétendu philonazisme de Genet, que Marie, dans l'un de ses commentaires avait évoqué ici.

 Jean Genet - L'échappée belle
Enfin, il me faut signaler l'exposition que consacre le MuCEM, Musée des Civilisations Européennes et Méditerranéennes, aux rapports entre Jean Genet et la Méditerranée, qui fut son havre de pérégrination, entre l'Espagne, l'Italie, l'Algérie, la Grèce, la Palestine, et jusqu'au Maroc, où l'ancien cimetière espagnol de Larache a accueilli son corps.
L'exposition, démarrée le 15 avril, jour anniversaire de sa mort, s'achève le 18 juillet prochain. 

« Mêlant manuscrits, lettres, entretiens filmés et oeuvres d'art (dont un portrait signé Giacometti), le parcours de l'exposition suit le parcours de l'oeuvre et montre comment la Méditerranée fut, pour l'écrivain, une " échappée belle ". »

Là non plus, le titre n'apparaît pas comme très heureux et sans doute parce que Jean Genet ne s'est jamais vraiment échappé des combats qu'il a menés, même dans les lieux ou notre monde pouvait lui apparaître plus lointain... 

dimanche 1 mai 2016

Avant l'envol


Ennio Moricone - Here's to you Nicolas and Bart


Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti : nul n'est besoin, j'imagine, de rappeler l'histoire, seulement les paroles de Bartolomeo Vanzetti à ceux qui les jugeaient :



« Si cette chose n'était pas arrivée, j'aurais passé toute ma vie à parler au coin des rues à des hommes méprisants. J'aurais pu mourir inconnu, ignoré : un raté. Ceci est notre carrière et notre triomphe. Jamais, dans toute notre vie, nous n'aurions pu espérer faire pour la tolérance, pour la justice, pour la compréhension mutuelle des hommes, ce que nous faisons aujourd’hui par hasard. Nos paroles, nos vies, nos souffrances ne sont rien. Mais qu’on nous prenne nos vies, vies d'un bon cordonnier et d'un pauvre vendeur de poissons, c'est cela qui est tout ! Ce dernier moment est le nôtre. Cette agonie est notre triomphe.

(If it had not been for these things, I might have lived out my life talking at street corners to scorning men. I might have died, unmarked, unknown, a failure. Now we are not a failure. This is our career and our triumph. Never in our full life could we hope to do such work for tolerance, for justice, for man's understanding of man as now we do by accident. Our words — our lives — our pains — nothing! The taking of our lives — lives of a good shoemaker and a poor fish-peddler — all! That last moment belongs to us — that agony is our triumph.) »
La musique d'Ennio Morricone est une mélodie composée sur une structure simple qui lui donne toute sa force.

Passez un bon dimanche, si possible en promenant ensemble au soleil contre les projets imbéciles de destruction des lois sociales !