Je préfère le dissensus dur au caramel mou
Medusa – Il Caravaggio
Parfois on aimerait, face à la violence du monde, qu’un garçon vous prenne dans ses bras et murmure : « Ça ira, je suis là, on connaîtra des jours meilleurs… »
samedi 8 novembre 2014
vendredi 7 novembre 2014
Abdelwahab Meddeb
Le poète Abdelwahab Meddeb vient de disparaître.
C'était, au-delà de son érudition, un homme des Lumières, œuvrant pour faire mieux connaître la culture de l'Islam, et les relations culturelles qui ont permis de faire émerger les notions de courtoisie et de fin'amor, de rappeler le rôle des échanges culturels autour de la Méditerranée. Nous perdons en lui un acteur majeur de la culture.
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| Sans date - Photo famille Meddeb |
Le lacrime di Giovanni
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| Il Perugino - Pietà ca 1493-1494 (détail) |
Jean, seul apôtre représenté au pied de la croix, se désigne lui-même comme le « disciple que le Christ aimait ». Cette phrase, présente dans
l’Evangile selon saint Jean, a parfois été utilisée pour soulever la question
d’une relation amoureuse entre les deux hommes. Le texte original ne propose
rien de singulier, si ce n’est que l’on retrouve dans les agapes, repas
convivial que le Christ et les apôtres partageaient, la relation fraternelle
que le Moyen-âge méridional a revivifiée sous le concept de paratge (= se
rendre pareil à l’autre). Quoi d’étonnant si ces mêmes agapes étaient également
vécues par les Grecs de l’Antiquité comme un moment privilégié où l’on pouvait
se déclarer son amour dans le même temps que l’on mangeait et buvait ?
jeudi 6 novembre 2014
Saint Sébastien
On use et on abuse de la représentation de saint Sébastien comme icône gay ?
Il s'agit là pourtant d'un thème dont la diversité est trop importante pour être laissé de côté. Je livrerai régulièrement des images collectées çà et là sur la toile, et que je trouve intéressantes. Il ne s'agit pas de donner un catalogue cherchant l'exhaustivité. Ce serait bien vain, et quasiment impossible.
La diversité en question porte sur la posture de saint Sébastien, les choix de l'artiste, le rapport aux blessures, éventuellement la représentation du sang ou non. Curieusement, d'ailleurs, le sang est assez peu montré dans les différentes figures, comme si les blessures n'étaient qu'apparentes et sans gravité.
La légende rapporte, en tout cas, que Sébastien guérit de son premier supplice grâce aux soins d'Irène, devenue sainte Irène. La légende paraît tardive, et le moine Jacques de Voragine n'évoque pas Irène, mais laisse entendre que Sébastien aurait guéri seul, ou par intervention divine :
Il s'agit là pourtant d'un thème dont la diversité est trop importante pour être laissé de côté. Je livrerai régulièrement des images collectées çà et là sur la toile, et que je trouve intéressantes. Il ne s'agit pas de donner un catalogue cherchant l'exhaustivité. Ce serait bien vain, et quasiment impossible.
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| Cynthia Karalla. "St. Sebastian" (2002-2003) |
La légende rapporte, en tout cas, que Sébastien guérit de son premier supplice grâce aux soins d'Irène, devenue sainte Irène. La légende paraît tardive, et le moine Jacques de Voragine n'évoque pas Irène, mais laisse entendre que Sébastien aurait guéri seul, ou par intervention divine :
" Dioclétien le fit attacher à un poteau au milieu du champ de Mars, et ordonna à ses soldats de le percer de flèches. Et les soldats lui lancèrent tant de flèches qu’il fut tout couvert de pointes comme un hérisson ; après quoi, le croyant mort, ils l’abandonnèrent. Et voici que peu de jours après, saint Sébastien, debout sur l’escalier du palais, aborda les deux empereurs et leur reprocha durement le mal qu’ils faisaient aux chrétiens. Et les empereurs dirent : « N’est-ce point là Sébastien, que nous avons fait tuer à coups de flèches ? » Et Sébastien : « Le Seigneur a daigné me rappeler à la vie, afin qu’une fois encore je vienne à vous, et vous reproche le mal que vous faites aux serviteurs du Christ ! » Alors les empereurs le firent frapper de verges jusqu’à ce que mort s’ensuivît, et ils firent jeter son corps à l’égout, pour empêcher que les chrétiens ne le vénérassent comme la relique d’un martyr. "
(à suivre)
Papa, où est Têtu ?
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| Spencer Ravell - L'enfant |
À nos pères absents
Où étiez-vous lorsque nous
avions besoin de vous
Pour nous protéger, pour
grandir à vos côtés
Et marcher dans la
lumière ?
Qu’avons-nous appris de
vous
Qui marchons sur trois
pattes,
À quatre pattes, en marche
inverse
Et avons appris seuls à
nous en trouver fiers ?
La lumière nous est
advenue
L’éblouissement nous a
submergés
L’éclat du monde s’est
ouvert à nous
Dans la solitude de notre
fraternité sans limite.
Celeos
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| Le Caravage - Le sacrifice d'Isaac 1597-1598 |
The door it
opened slowly
My father, he
came in
I was nine years
old
And he stood so
tall above me
His blue eyes
they were shining
And his voice
was very cold
Said I had a
vision
And you know I’m
strong and holy
I must do what
I’ve been told
Then we started
up the mountain
I was running,
he was walking
And his axe was
made of burning gold
Oh, the trees
they got much smaller
The lake was
like a lady’s mirror
And we stopped
to drink some wine
Then he threw
the bottle over
It broke a
minute later
And he put his
hand on mine
Then my father
built an altar
He looked once
behind his shoulder
He knew I would not hide [...]
mercredi 5 novembre 2014
mardi 4 novembre 2014
Pluviôse, Ventôse... Vendémiaire !
lundi 3 novembre 2014
Escapade azuréenne - 1
Étant un peu nomade, je n'ai pas eu le loisir d'alimenter Véhèmes comme je l'aurais voulu ces jours d'octobre. D'où mon clin d’œil au monde de la gent ailée. Il y en aura sans doute d'autres, tant j'aime les oiseaux (oui, tous les oiseaux !), leur diversité et leur capacité à prendre leur essor vers d'autres cieux.
Si je n'ai pas eu beaucoup de temps cette fois-ci pour donner de Paris un point de vue autre que rapide et très focalisé sur une actualité que les médias appellent culturelle, j'ai pris un tout petit peu plus de loisir pour respirer l'air de la Côte d'Azur, où le soleil de la fin d'octobre apportait une douceur particulièrement agréable.
Je n'y suis pas allé pour Zefestival du film LGBT, c'était un peu tard... Et par ailleurs si j'y étais allé ç'aurait été un peu par hasard ! J'ai trouvé l'affiche plutôt réussie :
J'ai un peu erré entre les rues d'Antibes, de Cannes, et de Nice. Je ne me ferai jamais à cette horreur architecturale absolue qui défigure la Baie des Anges - on s'attendrait à d'autres anges évoluant dans la baie - que ces quatre immeubles épouvantables dont je me refuse à connaître les noms, et qui évoqueraient les vagues de la Méditerranée.
Jacques Demy tourna en 1963 entre Cannes et Nice son deuxième film, au nom faussement évocateur La baie des anges, avec la déjà grande Jeanne Moreau. On ne peut s'empêcher d'éprouver une certaine nostalgie de l'époque où les artistes de l'après-guerre "redécouvraient" cette région dans un bel élan d'émancipation de l'esprit. Genet avait écrit Le pêcheur du Suquet, Picasso s'était installé à Vallauris, Cocteau venait de décorer la chapelle Saint-Pierre de Villefranche, et le Festival de cinéma de Cannes allait passer quelques films parmi les plus marquants de l'histoire du cinéma, qu'ils soient français ou internationaux.
Certaines Palmes d'or sont devenues aujourd'hui quasi introuvables. J'en veux pour exemple les Chroniques des années de braise de Mohammed Lakhdar-Amina, palme de 1975, dont on peut regarder une mauvaise version sur Youtube : clic
Je vous ferai grâce, dans ce petit moment d'évocation, de la musique de Sidney Bechet et Claude Luter Dans les rues d'Antibes. La video trouvée sur Youtube semble avoir été concoctée par l'office de tourisme local, et Antibes vaut sans doute mieux que ça. Quant à Sidney Bechet, j'ai trouvé que sa musique avait terriblement vieilli... Je dois être grognon aujourd'hui !
Je redonnerai quelques aperçus de cette escapade. Le pays niçart me tient à coeur !
Si je n'ai pas eu beaucoup de temps cette fois-ci pour donner de Paris un point de vue autre que rapide et très focalisé sur une actualité que les médias appellent culturelle, j'ai pris un tout petit peu plus de loisir pour respirer l'air de la Côte d'Azur, où le soleil de la fin d'octobre apportait une douceur particulièrement agréable.
Je n'y suis pas allé pour Zefestival du film LGBT, c'était un peu tard... Et par ailleurs si j'y étais allé ç'aurait été un peu par hasard ! J'ai trouvé l'affiche plutôt réussie :
J'ai un peu erré entre les rues d'Antibes, de Cannes, et de Nice. Je ne me ferai jamais à cette horreur architecturale absolue qui défigure la Baie des Anges - on s'attendrait à d'autres anges évoluant dans la baie - que ces quatre immeubles épouvantables dont je me refuse à connaître les noms, et qui évoqueraient les vagues de la Méditerranée.
Jacques Demy tourna en 1963 entre Cannes et Nice son deuxième film, au nom faussement évocateur La baie des anges, avec la déjà grande Jeanne Moreau. On ne peut s'empêcher d'éprouver une certaine nostalgie de l'époque où les artistes de l'après-guerre "redécouvraient" cette région dans un bel élan d'émancipation de l'esprit. Genet avait écrit Le pêcheur du Suquet, Picasso s'était installé à Vallauris, Cocteau venait de décorer la chapelle Saint-Pierre de Villefranche, et le Festival de cinéma de Cannes allait passer quelques films parmi les plus marquants de l'histoire du cinéma, qu'ils soient français ou internationaux.
Certaines Palmes d'or sont devenues aujourd'hui quasi introuvables. J'en veux pour exemple les Chroniques des années de braise de Mohammed Lakhdar-Amina, palme de 1975, dont on peut regarder une mauvaise version sur Youtube : clic
Je vous ferai grâce, dans ce petit moment d'évocation, de la musique de Sidney Bechet et Claude Luter Dans les rues d'Antibes. La video trouvée sur Youtube semble avoir été concoctée par l'office de tourisme local, et Antibes vaut sans doute mieux que ça. Quant à Sidney Bechet, j'ai trouvé que sa musique avait terriblement vieilli... Je dois être grognon aujourd'hui !
Je redonnerai quelques aperçus de cette escapade. Le pays niçart me tient à coeur !
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| Nice, Palais des Ducs de Savoie - octobre 2014 © Celeos |
dimanche 2 novembre 2014
Je t'ai cherché
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| octobre 2014 © Celeos |
Je t'ai cherché où finit la terre et commence la mer.
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| © Michel Giliberti |
[…]
Des
lames de feu, des fleurets brisés !
La mer
me travaille où la lune veille.
Le sang
de la mer fuit de mon oreille.
Pêcheur mélancolique
ô vos yeux baissés
Vos yeux
plombés dans leur ciel de voyage
Crèvent encor
sans pitié mes abcès
Car je m’écoule
et deviens marécage
Où la
nuit va bleuir les feux follets
Langue de
feu qui veille mon passage.
Jean Genet
Le pêcheur du Suquet
Jordi Savall - Folías de España
Fauve ≠ et the Fleets - 1
Kané
Il
est des voix auxquelles mon oreille est particulièrement sensible et accorde une grande sensualité,
voire un certain érotisme, un peu de la même manière dont
certaines courbes de la statuaire chatouillent particulièrement les
yeux et sont un indicateur d’harmonie visuelle. Ces
voix sont déjà à elles seules une musique qui exerce un attrait
indéfinissable. Quand de plus ce sont de jeunes chanteurs que l’on
découvre, le plaisir n’en est que plus vif.
Dans
la génération de cette nouvelle scène où l’on retrouve des
Albin de la Simone, des Alex Beaupain et autres Bertrand Belin, a
émergé plus récemment la voix de Quentin P. (Son patronyme a été
largement diffusé sur la toile, mais il semble tenir à un relatif
anonymat, posture que l’on peut comprendre). Avec deux de ses
amis, il a d’abord constitué le groupe The
Fleets ;
puis le groupe a traversé, semble-t-il, une crise existentielle et
a changé de nom et de répertoire pour se mouler dans une sorte
d’expression-déversoir du mal de vivre actuel sous la forme de ce
qu’on appelle le spoken
word.
Je reviendrai sur cette évolution pour essayer d’explorer cette
traversée qui m’a un peu bousculé.
Il
paraît que le milieu gay est particulièrement fan de leur musique
et de leurs textes : j’aurais mauvaise grâce à ne pas
adhérer également à leur intention poétique. Pour autant, les
interviews qu’ils ont données sont moins convaincantes.
Ils
grandiront…
C’est
la chanson Kané
qui a vraiment imposé le « collectif » Fauve ≠. Comme
j’adore les ambiguïtés, je me suis réjoui d’en explorer le
texte.
La
chanson commence par le côté moral du personnage à qui s’adresse
le texte : on aborde d’abord son attitude, traduite par
« vertu », puis l’aspect physique, sous entendu
« performances physiques » plus que sexuelles :
« tout
nu, t’es pas vraiment l’homme idéal ».
La
chanson aborde ensuite l’idéal du moi irréalisé (désolé pour le verbiage psy !) : devenir
Lennon ou Mc Cartney, référence à une période un peu obsolète.
Revient l’obsession de ce moi, que le diable pourrait rendre
« moins
laid, plus fort, aimable et stable ».
Arrive
le refrain : « pourtant
t’es beau comme une comète, j’t’ai dans la peau, j’t’ai
dans la tête […] tu peux pas t’en aller comme ça ! »
Se succédant, les couplets précisent la personnalité du personnage. Il a « des coups de sang », est colérique, libidineux – entendre : angoissé par son identité sexuelle –, maladroit, etc.
Se succédant, les couplets précisent la personnalité du personnage. Il a « des coups de sang », est colérique, libidineux – entendre : angoissé par son identité sexuelle –, maladroit, etc.
La
chanson se termine sur l’interrogation sur le suicide que tout ado mal dans sa peau (y en a-t-il des " biens dans leurs peaux " ?) a connue : « ça
sert à quoi caner ? Ça sert à rien. »
À
la bonne heure ! Tout le texte articule un dialogue entre le
narrateur/chanteur et une autre personne, « Kané », sur
laquelle on s’interroge. Garçon ou fille ? La question
vaut-elle la peine d’être posée, d’ailleurs ? Le type de
comportement décrit n’est pas particulièrement féminin.
Et
que signifie le refrain « j’t’ai
dans la peau, j’t’ai dans la tête » ?
Avoir quelqu’un dans la peau, c’est être amoureux, pas autre
chose. Alors quoi, ce serait un texte gay, l’histoire d’un
garçon qui aime un autre garçon, malgré ses gros défauts ?
Ce
n’est pas si simple ; ou plutôt les choses se simplifient un
peu si on part vers l’hypothèse que c’est un garçon qui se
parle à lui-même, à son double, comme une espèce d’autocritique
narcissique : il s’agit de ce qu’il est, de ce qu’il a été, qui reste difficile à gérer ; et qu’a-t-il fait de
son idéal du moi ? Il voulait faire de la pop anglaise, avoir
l’aura des leaders des Beatles, et ça n’a pas fonctionné.
Serait-ce alors Quentin qui se parle à lui-même, et qui laisse
planer le doute sur l’identité de Kané ?
D’ailleurs,
Kané, ce n’est pas un prénom, et la chanson joue sur le
glissement entre Kané — le nom du garçon — et caner, le verbe,
qui signifie mourir, crever. Alors qu’est-ce que c’est Kané ?
Ce pourrait bien être tout simplement un prénom, mais en parler
« bébé », comme si la chanson était également une
espèce de parcours régressif pour pouvoir mieux redémarrer :
mourir à soi-même pour renaître à soi-même. « Kané » pourrait être alors le prénom « Quentin » dans ce parler
« bébé », qui simplifie les deux phonèmes en évacuant
ce qui heurte dans le prénom officiel, notamment ce « t »,
pour retrouver une nouvelle identité, plus simplement, purifiée de
la projection parentale qui a attribué ce prénom à l’état
civil.
Kané,
ce serait donc Quentin lui-même qui retrouve un nouveau départ
avec le « collectif » Fauve ≠ ?
J’y
reviendrai sûrement.
En
tout cas la voix de Quentin m’a charmé, comme le velours d’un
beau grenache…
Pour Clément
Je voudrais rappeler qu’il y a maintenant plus d’un an un ange tombait sous les coups d’une brute à l’esprit bas. Ce garçon trop viril n’aura jamais sans doute assez de toute sa vie à subir les regrets d’avoir ôté à la beauté du monde cet ange-là, qui s’appelait Clément Méric.
Clément, ton visage chante encore, qui raconte la manière dont tu t’étais offert à la vie et à la lumière.
Je te donne, par delà la mort, toute ma tendresse.
Je te dédie ce blog.
Celeos
Je dédie également ce blog à Silvano, pour sa fraîcheur de beau garçon (et nous sommes tous de beaux garçons), son humour et sa grande humanité. Il m’a redonné le goût de bloguer…
samedi 1 novembre 2014
Parle-moi
De l'art. Brut
Visite à un vieil ami peintre il y a quelques jours. Il est très âgé, a connu la Ruche enfant pendant les Années folles et la plupart des résidents qui œuvraient là, y compris Soutine. Mais ce dernier avait déjà une belle notoriété, et avait fui les lieux pour d'autres perspectives. Plus tard, il a côtoyé Brancusi, Niki de Saint-Phalle, Tinguely, César...
Nous parlons de son art, qui s'apparente à l'art " brut " tel que Dubuffet l'avait défini. Monde à part, en rupture. Je ne suis pas sûr que mon vieil ami connaisse vraiment la Collection de l'art brut de Lausanne, où j'avais découvert les œuvres d'Aloïse Corbaz. J'en parlerai un jour. Nous nous disputons également sur le Plancher de Jeannot, œuvre étonnante d'un schizophrène conservée à l'Hôpital Sainte-Anne à Paris. Dans cette floraison d'artistes tous plus étonnants les uns que les autres, où l'on retrouve également un Gaston Chaissac, je lui évoque ce qui aujourd'hui a succédé à l'art brut tel qu'il s'exprimait encore voici quelques années.
L'art des rues, le street art, a donné des lettres de noblesse à de très belles œuvres. Je lui parle de ceux qui me tiennent à cœur, et notamment des Américains dont l'influence a permis à des artistes français de se libérer de formes trop classiques. Je lui dis mon intérêt pour Keith Haring, Jean-Michel Basquiat...
- Ah, oui, la pédérasterie nouillorquaise de Warhol ! Sans intérêt !
Je reste sans voix. J'aimerais lui dire que lorsque sa famille, autant biologique qu'intellectuelle, s'est échappée des affres du totalitarisme, elle apportait des regards nouveaux sur la perception du monde et qu'elle a dû également se confronter à des conservatismes très lourds.
Je ne réponds pas. J'aimerais également lui rappeler que tous les peintres, artistes, architectes de la Renaissance, n'étaient pas de purs hétérosexuels, loin de là ! Et ceux qui ont magnifié le corps des femmes savaient de manière indistincte célébrer la beauté sans exclusive.
Je suis un peu atterré. Vais-je lui dire également mon goût pour les garçons et pour la beauté de leurs corps, auxquels je suis plus sensible qu'à celui des femmes ?
Peut-être suis-je un peu lâche, ou peut-être sais-je pertinemment qu'il ne sert pas à grand chose d'argumenter face aux conventions et aux certitudes. Il n'y a pas à s'imaginer que le monde de l'art serait moins sensible à l'homophobie ordinaire.
Dois-je lui en vouloir ? Je sais qu'il a beaucoup aimé les femmes. Hélas peut-être de cette manière qu'ont certains hommes de ne s'entourer que d'objets utilitaires...
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| Marcel Storr |
Nous parlons de son art, qui s'apparente à l'art " brut " tel que Dubuffet l'avait défini. Monde à part, en rupture. Je ne suis pas sûr que mon vieil ami connaisse vraiment la Collection de l'art brut de Lausanne, où j'avais découvert les œuvres d'Aloïse Corbaz. J'en parlerai un jour. Nous nous disputons également sur le Plancher de Jeannot, œuvre étonnante d'un schizophrène conservée à l'Hôpital Sainte-Anne à Paris. Dans cette floraison d'artistes tous plus étonnants les uns que les autres, où l'on retrouve également un Gaston Chaissac, je lui évoque ce qui aujourd'hui a succédé à l'art brut tel qu'il s'exprimait encore voici quelques années.
L'art des rues, le street art, a donné des lettres de noblesse à de très belles œuvres. Je lui parle de ceux qui me tiennent à cœur, et notamment des Américains dont l'influence a permis à des artistes français de se libérer de formes trop classiques. Je lui dis mon intérêt pour Keith Haring, Jean-Michel Basquiat...
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| Keith Haring |
- Ah, oui, la pédérasterie nouillorquaise de Warhol ! Sans intérêt !
Je reste sans voix. J'aimerais lui dire que lorsque sa famille, autant biologique qu'intellectuelle, s'est échappée des affres du totalitarisme, elle apportait des regards nouveaux sur la perception du monde et qu'elle a dû également se confronter à des conservatismes très lourds.
Je ne réponds pas. J'aimerais également lui rappeler que tous les peintres, artistes, architectes de la Renaissance, n'étaient pas de purs hétérosexuels, loin de là ! Et ceux qui ont magnifié le corps des femmes savaient de manière indistincte célébrer la beauté sans exclusive.
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| Jean-Michel Basquiat- 1982 © Photo Paige Powell |
Je suis un peu atterré. Vais-je lui dire également mon goût pour les garçons et pour la beauté de leurs corps, auxquels je suis plus sensible qu'à celui des femmes ?
Peut-être suis-je un peu lâche, ou peut-être sais-je pertinemment qu'il ne sert pas à grand chose d'argumenter face aux conventions et aux certitudes. Il n'y a pas à s'imaginer que le monde de l'art serait moins sensible à l'homophobie ordinaire.
Dois-je lui en vouloir ? Je sais qu'il a beaucoup aimé les femmes. Hélas peut-être de cette manière qu'ont certains hommes de ne s'entourer que d'objets utilitaires...
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