Je préfère le dissensus dur au caramel mou

Je préfère le dissensus dur au caramel mou
Medusa – Il Caravaggio

Parfois on aimerait, face à la violence du monde, qu’un garçon vous prenne dans ses bras et murmure : « Ça ira, je suis là, on connaîtra des jours meilleurs… »

lundi 29 mai 2017

Jeff, twenty years ago

Jeff Buckley est parti dans l'onde sauvage du Mississipi voici vingt ans. Peut-être avait-il voulu suivre la chanson de la sirène que chantait son père Tim "Swim to me".
Pensées attristées. Je ne peux écouter Jeff sans entendre ce mal de vivre, comme le manque d'un père-enfant qui lui-même n'a jamais été raccord avec la vie. Regrets.





dimanche 28 mai 2017

vendredi 26 mai 2017

Baisers cachés

Je n'avais pas eu le temps de visionner le très beau film de Didier Bivel, Baisers cachés, sorti l'an dernier. Ce n'est pas forcément le genre de cinéma que je préfère, sans doute trop démonstratif, et qui relèverait davantage du documentaire, mais cette fiction était servie par d'excellents acteurs, dont le jeu était très juste, y compris pour les jeunes garçons interprétés par Béranger Anceaux et Jules Houplain. Sans doute y manque-t-il une dimension dramatique plus intériorisée : on passe d'un personnage à l'autre de manière un peu distanciée, et la peur de pousser plus loin cette tension dramatique fait passer le réalisateur à côté d'une oeuvre qui aurait pu être majeure : le sujet s'y prêtait.  Les bons sentiments auxquels tous se rendent devant la démonstration de la tendresse des deux garçons l'un pour l'autre frôlent la guimauve. Tout cela reste néanmoins un travail de qualité et se laisse voir sans déplaisir. Il manque au cinéma un véritable sujet à dimension historienne qui ne soit pas un documentaire policé. Sans doute faut-il encore du temps... Ce qui semble intéressant est le phénomène d'intérêt international pour ce film, dupliqué à l'infini... C'est bon signe !


jeudi 25 mai 2017

The dust of time/La poussière du temps

Pour contraster avec la météo ensoleillée, les images de Théo Angelopoulos apportent son regard et sa perspective sur le temps passé. Curieusement, l'hypermémoire d'Internet joue à rendre amnésique parfois certaines périodes : on substitue l'histoire à la mythologie, et la mythologie perd le rôle sublime pour lequel elle est faite. Elle se joue des héros comme elle se joue des dieux, pour le simple plaisir de rire de toutes les avanies subies par les hommes comme par les dieux. Car tout, au bout du compte, reste dérisoire, et disparaît sous la poussière du temps.

La musique d'Eléni Karaïndrou illustre le film de Théo Angelopoulos,  La poussière du temps.



mercredi 24 mai 2017

Le vrai visage de l'Aube dorée

La grande journaliste Angélique Kourounis vient de mettre en ligne un film remarquable qu'elle a réalisé en Creative Commons, système de partage non commercial, de même que ce que fait Yánnis Youlountas qui tourne actuellement son troisième film.

Un instant sur le titre : Aube dorée. Une affaire personnelle. Angélique Kourounis le dit elle-même : elle est concernée. Son mari est juif, l'un de ses fils est gay, l'autre anarchiste. Bien sûr on peut être l'un et l'autre. Les événements qui sont relatés ne sont pas une fiction, mais la montée de ce parti nazi en Grèce.

L'autre jour, France Inter recevait Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires financières et économiques. L'un des adversaires les plus acharnés de la Grèce, qui refuse de comprendre que l'attitude inacceptable de l'Europe et des créanciers de la Grèce produit de la misère et de l'extrême droite, la plus dure, qui va puiser aux sources les plus épouvantables du racisme, du nationalisme, des visions fantasmatiques d'une Grèce pure peuplée d'éphèbes virils et d'hoplites capables d'extirper de ce pays tout élément allogène. Moscovici, drapé de sa superbe, homme orgueilleux, est le type même de ceux qui conduisent l'Europe à sa faillite. Il concéda, toutefois, qu'il fallait d'urgence modifier le statut des travailleurs européens détachés pour «ne pas créer de distorsion de concurrence entre les travailleurs européens». Pourquoi si tôt ? Ah, ça sent de plus en plus nauséabond en Europe... Hongrie, Pologne... Certes il faut distinguer des nuances dans la droite extrême. Néanmoins la chasse aux étrangers en Europe est ouverte.





Certains ont pu se croire soulagés le soir du 7 mai de savoir que la fille du dogue n'était pas élue. Le soulagement ne durera que cinq ans. Dans l'ombre, en France, les homologues de l'Aube dorée sont à l'oeuvre. Dans les territoires, ils sont présents dans le Sud-Est, avec une autre égérie, tout aussi blonde que sa tante. Elle manquait d'expérience, disait cette dernière? Elle met en oeuvre sa formation dans la gestion d'entreprise pour justifier, dans cinq ans, qu'elle ne sera plus une oie blanche. Les Identitaires, en France sont élus dans quelques villes. Pour l'instant, ils ne font pas trop parler d'eux. Ce sont eux qui ont mis en place, à Nice, des soupes populaires au cochon pour effectuer un tri des bénéficiaires de cette «action sociale». 

Pávlos Fýssas, assassiné par l'Aube dorée


Killah P est le nom de scène de Pávlos Fýssas.


Actuellement a lieu le procès des dirigeants de Χρυσή Αυγή/Aube dorée, pour l'assassinat du rapeur antifasciste Pávlos Fýssas/Παύλος Φύσσας. Le film le montre bien : à partir de ses racines directement issues du nazisme, l'Aube dorée s'est adaptée en montrant un visage social, ouvert, solidaire. Pour les «vrais Grecs». La réalité est une fascination pour l'autorité dont l'image antique de Sparte reste la référence. Athènes reste encore trop gay. Il faudra bientôt qu'on s'intéresse, en France, à la manière dont le milieu politique a intégré - je n'ose dire a été pénétré - par la «communauté» gay. L'extrême droite, on le sait, a toujours fasciné les homosexuels, et réciproquement. J'en parlerai un de ces jours.

En attendant, prenez le temps de visionner ce magnifique documentaire. C'est un crève-cœur de voir la Grèce et Athènes salies par les comportements de ces brutes assoiffées de violence. La Grèce est porteuse, nous le savons, d'autres sentiments, d'autres valeurs, et notamment la «philoxénie/
η φιλοξενία», l'hospitalité, en français.

Il ne faut pas croire que cette richesse civilisationnelle  puisse se maintenir sans que l'on fasse rien pour elle. En tout cas, en avertissement de l'œuvre, toute ressemblance avec un pays plus près de nous dont la pauvreté va grandissant ne saurait être qu'une vague ressemblance...

Attention, le documentaire est sous-titré : il faut cliquer sur CC et choisir la langue.


Aube Dorée: Une Affaire Personnelle from OmniaTV on Vimeo.

mardi 23 mai 2017

Claire l'obscure

Claire Denis, réalisatrice, est présente à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs avec un nouveau film intitulé Un beau soleil intérieur. Je ne l'ai évidemment pas vu.
Laetitia Masson lui rend hommage dans le magazine d'Arte consacré au cinéma  Blow up. Ca s'appelle Claire l'obscure.


lundi 22 mai 2017

Les amants rouges

Une vidéo de Stéphane Marti :

A Marcel Mazé (1940-2012)
http://www.tictalik.com/
http://www.cjcinema.org/

et à Michel Journiac (1935-1995)
http://www.journiac.com/
http:///www.patriciadorfmann.com/

"Au rituel des images saccadées par la vitesse du filmage de la caméra-oeil de Stéphane Marti, qui continue à générer des mondes sublimes en Super 8, s'ajoutent, ici, quelques déclinaisons sonores et visuelles qui s'incarnent en un conte funèbre. Les enjeux poétiques que circonscrivent ces Amants rouges conjuguent la dérive existentielle et la quête culturelle.

Il pourrait s'agir, pense-t-on, d'un jeu érotique et macabre dans lequel cinq jeunes gens et une femme (maîtresse de l'un et/ou de l'autre) matérialisent, sur des modes et des registres divers, la passion homosexuelle. Passion tributaire de ses mythes, de ses icônes, de ses référents (des plans d'Un chant d'amour, l'unique film de Jean Genet, zèbrent la toile baroque des images), qui musarde, par moments, vers la bisexualité.

Deux personnages clés - un vieux baron interprété par Marcel Mazé et un récitant qui filme le drame (l'œuvre en train de s'élaborer) - tissent la toile d'araignée où se débattent les protagonistes. Le curieux aristocrate a rassemblé, dans son domaine, des jeunes marginaux qu'il n'a cessé de photographier. Son acte n'est jamais neutre, qui forme et déforme les couples, voire le groupe, possédé qu'il est par un plaisir compulsif de photographier et de remodeler les destins. Les deux pourraient être des doubles de Marti lui-même.

Un texte de Dominique Noguez, lu et récité à plusieurs voix, sert de catalyseur, de réservoir d'images et de pensées au film qui évoque tour à tour les écrits de Tristan Corbière et les toiles de Gustave Moreau. Cette nostalgie du romantisme colore également la bande-son qui mélange Jean-Sébastien Bach et le Velvet Underground ..."
Raphaël Bassan, in Bref n°101, Janvier/Avril 2012

"At the ritual of jerkies images by the speed filming of the Stephane Marti's eye-camera, who continue to generate sublimes worlds in Super 8, are adding here, a few sonorous and visuals declensions incarnated in a gloomy tale . Those "Amants rouges" poetics stakes are conjugating the existencial drift and the cultural quest ..."




dimanche 21 mai 2017

Kouloumis-Atzakas / Karcigar

La musique grecque est complexe. Comme c'est souvent le cas, elle résulte d'une rencontre entre différents courants, revivifiés au cours des siècles. Essayer de comprendre la Grèce nécessite de se rappeler qu'elle est ce lieu d'échange entre Orient et Occident. Mais dire cela est un peu vain : nous sommes pourtant à une époque qui n'a fait qu'exacerber les différentialismes depuis la fin du XVIIIe  siècle. Il était un temps en effet où la musique n’était pas cette opposition entre l’invention de la musique « classique » et le reste… Il a été des musiques savantes, en Europe, dans lesquelles on savait exprimer les tons modaux, et ce qu’il reste parfois des musiques bretonnes, auvergnates, alpines… est encore assez parlant de cette période où se retrouvent des cousinages avec les musiques d’au-delà de la Méditerranée.

Cette suite de deux temps montre justement comment la Grèce intègre les influences orientales et balkaniques. La première partie est nettement une musique turque. La deuxième partie du morceau accélère vers la fin, reprenant plus traditionnellement le syrtos/συρτός, danse collective où les danseurs se déplacent en ligne vers la droite.


Michalis Kouloumis est au violon, Thimios Atzakas à l’oud. 

Passez un bon dimanche.


samedi 20 mai 2017

Rire encore

Oui, il vaut mieux rire encore de ce que ce nouveau gouvernement prépare en matière de destruction des acquis sociaux ; après, il faut se préparer à la riposte, et tous azimuts !
J'avais dit que je ferais quelques petits commentaires : en voici déjà deux. D'abord, pour ce qui est encore un peu risible, la nomination de Nicolas Hulot. Il faudra qu'il se prépare pour les prochaines vacances de son poste (OK, le jeu de mot est pourri !), car je ne lui accorde qu'environ trois mois avant qu'il ne démissionne. En effet, le stock de couleuvres apprivoisées par Manu est important, et notre pauvre Nicolas Hulot ne pourra en avaler autant sans une indigestion totale. Jugeons-en : pas question pour le gouvernement de fermer la centrale pourrie de Fessenheim. On va également continuer l'aménagement du site de Bure. De toute façon, comme la société n'a pas d'avenir, on n'a même pas à se préoccuper de ce que les générations futures auront comme souci de gestion des déchets nucléaires.


Par ailleurs, concernant la fameuse transition énergétique, rien n'est vraiment prêt. Ce qui était préconisé autrefois était bien sûr dans le changement de sources d'énergie : géothermie, électricité solaire, fours solaires, etc., rien n'a vraiment été organisé après la COP 21 pour que les choses changent : on ne fait qu'augmenter la surface de routes et d'autoroutes, très rentables, et le chemin de fer et la «fercamisation» qui consiste à mettre sur rail les camions trop gourmands en énergie sont à la ramasse : le réseau ferré en France est complètement out. Quant à l'aéroport de Notre-Dame des Landes, dont on sait qu'il s'agit d'un casus belli, on peut s'interroger : que dira Nicolas Hulot quand on lui opposera que «les gens» ont voté, même si le périmètre de cette consultation «démocratique» était pipé?

Attendons ainsi le départ de cette figure «populaire». C'est marrant, d'ailleurs, comme le populisme touche également certains journalistes : Hulot n'est pas présenté comme «compétent», mais «populaire»!

Deuxième exemple, mais qui devrait durer un peu plus longtemps que Nicolas Hulot, Françoise Nyssen, l'héritière d'Hubert Nyssen, fondateur des éditions Actes sud au ministère de la Culture. Les a priori sont favorables en ce sens que Françoise Nyssen - mais pourquoi pas Odile Jacob ? - est une entrepreneuse de talent. Après, on ne gère pas un service public comme une entreprise, et la maison Culture en France est sacrément en bordel après les coupes claires subies depuis ces dernières années, amorcées sous couvert de RGPP (révision générale des politiques publiques), mais appauvrissant partout les structures qui avaient connue l'embellie, parfois dispendieuse, sous les ministères Jack Lang.

Que fera donc, sans moyen réels, Françoise Nyssen ? Sa mission sera davantage de permettre la monétisation de la culture. Exit la notion d'exception culturelle à la française, exceptions faites dans le cinéma et le prix unique du livre qui restent des piliers de l'industrie cinématographique française et du maintien de quelques librairies. Ces dernières ne vont pas bien en France, et si l'économie du livre s'est portée quelques mois un peu mieux, la tendance lourde est un affaiblissement paradoxal : une masse toujours plus importante de titres édités, et un lectorat toujours plus fragile. C'est donc sur ce point que la ministre devra faire porter ses efforts et donner des moyens à son ministère pour renverser la tendance de cette faiblesse du lectorat. Malheureusement, la séparation des deux ministères de l'éducation et de la culture ne prêche pas en ce sens.

Question patrimoine, musées et autres billevesées, la tendance va également dans le sens d'un renforcement d'une culture parigot-parisienne : les moyens des musées nationaux seront maintenus tandis que les musées de province vont aller se raréfiant, voire en fermant, faute de moyens, exceptions faites pour quelques musées dont la notoriété draine vers eux des financements obligés.

J'ai toutefois l'intuition que le statut des intermittents du spectacle, qui n'est toujours pas réglé pour le patronat, connaîtra de nouvelles attaques puisqu'il s'agit d'une part de revoir de manière drastique le système paritaire des allocations chômage et d'autre part de s'attaquer plus symboliquement aux chômeurs. La réforme du code du travail qui doit connaître une nouvelle phase pendant l'été sera certainement l'un des points sur lesquels la contestation repartira. Le ministère de la Culture sera bien évidemment concerné, et je ne suis pas sûr que cela se passera aussi facilement que la docile Filipetti avait accepté de jouer son rôle de passeuse de pilules. A voir donc.

Sinon, la France de Macron reste la même que celle de Hollande : dans l'état d'urgence qui est toujours défendu par le ministre de l'intérieur Collomb, aider des migrants relève toujours du délit : je relève cette brève du 19 mai dans Nice matin : 

«Le tribunal correctionnel de Nice a condamné ce vendredi matin Francesca Peirotti, 29 ans, pour avoir tenté de passer la frontière franco-italienne avec huit migrants à son bord.»

Bref, rions pour ne pas avoir à pleurer.


Cette vidéo est vieille d'un an. Croyez-vous qu'elle n'est plus d'actualité ?


vendredi 19 mai 2017

Nouvelle attaque contre la Grèce

Nouvelle attaque antisociale contre les Grecs par ceux qui sont censés les défendre.
Il est maintenant absolument évident que le système financier européen fait de ce pays un laboratoire d'expérimentation antisociale. Le résultat des différentes politiques d'austérité a conduit à la catastrophe. Tout se passe comme le racontait l'humoriste algérien Fellag : «quand on est au fond de la piscine, où l'on devrait donner un coup de talon pour remonter à la surface, nous, on creuse». 

En Grèce depuis des années, le système capitaliste dépossède les Grecs de leurs moyens de production en ayant organisé la corruption des élites avec la banque Goldman-Sachs, en créant un déficit abyssal, et en faisant vendre à l'encan l'ensemble des services publics. Aujourd'hui, la jeunesse qualifiée n'a plus aucun espoir d'envisager son avenir en Grèce. Continuer à croire que tout cela ne relève que de la «nature» corrompue des Grecs ou de leurs incompétences, voire même de la faute à «pas de chance» procède de la même volonté d'auto-aveuglement face à la pulsion destructrice de ce même capitalisme.

Aujourd'hui en France, le système Macron se met en place. L'ancien ministre, l'économiste Yannis Varoufakis, bien tiède dans sa participation au gouvernement Tsípras, a appelé à voter pour lui. Il ne faut pas croire que les affaires de la France ne sont pas celles de la Grèce. Nous sommes tous liés dans un même élan civilisationnel, et sommes donc en devoir de ne pas penser nationalement comme le système le voudrait. Il faut redire que la volonté de vivre, en harmonie, et fraternellement s'oppose à ce système qui organise la casse des services publics à la seule vertu de créer de la marge profitable pour les intérêts privés.

Devant le pseudo danger que l'on a bien voulu voir dans la figure xénophobe du Front national et de son égérie, je n'ai pas ouvertement appelé à empêcher l'élection d'Emmanuel Macron. Aujourd'hui, il est à la manœuvre. Il conviendra que l'intelligence regagne du terrain dans ce pays, et s'organise en contre-pouvoir pour permettre à la société de retrouver ses marques, refonder des institutions solidaires, des perspectives pour partager nos biens communs que sont nos espaces de vie, nos ressources naturelles.

En attendant, il va falloir s'attendre à assister à accueillir de plus en plus de personnes qui ne peuvent plus vivre dans leur pays de naissance. Tout ceci participe également de la volonté de déstructuration des territoires, La seule façon d'y répondre est d'affirmer coûte que coûte notre volonté de fraternité.

Photo Ayhan Mehmet. Anadolu Agency

Lisez l'article de Libération ici.

jeudi 18 mai 2017

Gli anarci

En version italienne,  ce n'est pas mal non plus...
Je ne manquerai pas de commenter sans tarder sur le nouveau gouvernement des Français qui apporte de nouvelles occasions de rire...

mardi 16 mai 2017

La chemise blanche

Une chanson de Vassílis Tsitsánis chantée par Ióta Néga

J'ai tant pleuré pour vous, que je teindrai en noir ma chemise blanche, en noir comme mes yeux.


lundi 15 mai 2017

Le miracle Emmanuel

Oui, Emmanuel fait des miracles : il suffisait de voir les femmes, les enfants, les médaillés militaires, les oies cendrées, les soldats inconnus, les maires de Lyon, les Serge Moati, les CAC 40, les représentants du patronat et du macronat, les pyramides du Louvre, tous, oui tous versaient une larme et se touchaient pour vérifier qu’ils ne rêvaient pas ; oui, le miracle Emmanuel touche la France, et tous les militants de la marche en France, les randonneurs, les petits marcheurs, les petits baigneurs, tous s’accordent à reconnaître les mérites de ce jeune homme : il guérit les macrouelles.

De nombreux témoignages affluent : le soldat inconnu nous affirme qu’il a ranimé sa flamme, et d’autres amis gays nous disent que son action a été insigne : « Sur insigne de toi, Manu, je me lèverai ! »  Quel enthousiasme !

Et dans la blogosphère, le célèbre blogueur Another noche nous raconte :

« Sur ma moto Satisfaction, je traversais le désert de Solférino, bien connu pour ses embûches, ses chausse-trappes ; on peut y tomber dans des trous sans fond à cause de l’absence de lumière et de la nuit noire qu’il y fait depuis des années. Les frondeurs qui restent à la lisière de ce désert essayent de rassembler quelques neurones, mais la seule issue possible est d’abandonner le désert et de pousser la moto en marche. Et justement, j’avais été pris d’une douleur au périnée à cause du frottement de la selle en chevauchant les bosses et les cassis, et un kyste s’était formé qui était devenu chaud et douloureux. Un spécialiste m’avait diagnostiqué une hamonite, irritation typique du fondement dans le désert de Solférino.

Eh bien, le croirez-vous ou non, Emmanuel m’a guéri de cette hamonite ! Et je suis ainsi sorti du désert de Solférino. La recette : vous passez deux doigts sur la photo d’Emmanuel, sur ses beaux yeux bleus, et vous vous les mettez ensuite dans le fondement. Non seulement vous guérissez instantanément de l’hamonite, mais vous ressentez un plaisir qui vous remonte en vous prenant les tripes jusqu’à l’explosion orgasmique : tadam ! et un cri de jouissance vous sort de la gorge : proud and liberal ! Ah Manu ! Je suis à toi, je serai ton témoin de macrouelles ! »

Laissons là notre ami Another noche dont l’esprit a été ravi par Manu ; et il n’est pas le seul : d’autres blogueurs ont également voulu témoigner de la force incroyable de notre Manu.
L’autre célèbre blogueur Toutou, qui raconte sa Vie de Toutou, nous dit qu’il souffrait également dans sa vie de couple, car son Zarimoli connaissait des problèmes de bambou.

« En effet on sait que le bambou n’est pas toujours aussi raide qu’on le voudrait, et que le bambou se transforme facilement en roseau qui s’agite sous les effets du vent. »

Enfin, bref, le bambou de Zarimoli, avait des difficultés, avait des tendances à rosir — on appelle ça une bambite —, et bien évidemment, tout cela ne convenait pas à notre ami Toutou qui préfère de loin les bambous beaucoup plus clairs aux yeux bleus. Eh bien, que croirez-vous qu’il arriva ? De deux doigts passés sur la photographie de Manu affublée du slogan : « Ensemble la frange », puis deux doigts passés sur le bambou, et voici que le bambou change de couleur, et que cet affreuse teinte rose s’en va pour un joli bleu qui va beaucoup mieux au teint de Zarimoli, avec une solidité de vrai bambou et non de roseau baladeur… »

Félicitons Toutou pour avoir fait le bon choix avec Manu. Oui, vous l’aurez compris, en cas de problème, même si vous n’êtes pas celui dont Manu rêva, Manu sera là pour vous assister, vous promettre qu’il pensera très fort à ses engagements, comme François avant lui l’avait fait. Rappelez-vous la recette : deux doigts sur la photo de Manu, vous vous les mettez là où ça fait mal, et, miraculeusement, la douleur disparaîtra ! Et les effets sont durables : au moins cinq ans.



Toi aussi, passe deux doigts sur la photographie de Manu.
Tu peux les mettre maintenant là où ça te fait mal



dimanche 14 mai 2017

Dansons

Dansons jusqu'à la fin de l'amour...

Je lis une brève : Yannis Varoufakis, après avoir apporté son soutien à Emmanuel Macron, le met en garde contre une politique de dérégulation qui pourrait mettre les gens en France dans un désarroi encore plus important.

Sans doute fallait-il que ce système économique produise ce repoussoir xénophobe pour que les gens naïfs aillent se jeter tête baissée dans la gueule du jeune loup trop souriant pour être honnête...

Dansons alors jusqu'à la fin de l'amour.


« La danse de Sakaina » de Stavros Xarkhakos

samedi 13 mai 2017

La Cecilia

L'extrême droite reprochait à Emmanuel Macron d'être le destructeur de la famille. Si cela pouvait être vrai maintenant qu'il est élu ! Rien de plus aliénant en effet que cette «cellule de base de la société» ainsi que le disait Pompidou, qui avait des lettres mais peu de sentiments de probité.
Le cinéaste Jean-Louis Comolli avait réalisé cet excellent film sur la communauté de la Cecilia, expérience anarchiste collective au Brésil dans les années 1890 qui s'achève, bien évidemment par un échec. Fallait-il la tenter, cette expérience ? Peut-être, peut-être pas. La moralité reste qu'il est difficile de vivre en société, hors d'une conscience en airain...
Petit propos donc contre le pire fléau social qui soit : la famille !


vendredi 12 mai 2017

Fantaisie carminale

Pour s'échapper un peu des commentaires post électifs de notre trentenaire providentiel je vous propose ce petit régal, certes connu, mais très bien servi par ces deux jeunes gens : Eurydice Vernay et Vincent Forestier. Je ne vous précise pas qui est au piano et au violon...


jeudi 11 mai 2017

Patti Smith - Hommage à Jean Genet

Hommage rendu l'an dernier pour les trente ans de la mort de Jean Genet.



La video est suivie Three stones for Jean Genet/Trois pierres pour Jean Genet

Je n'ai pas beaucoup de temps pour traduire le propos de Patti Smith. Beaucoup de mes lecteurs sont anglophones. Mais s'il était toutefois besoin d'une traduction, je m'y attèlerai dans les prochains jours.

mercredi 10 mai 2017

L'art bital*

Bital est un terme que je dois à mon pote estèf, très en forme semble-t-il en ce moment : à défaut d'entrer dans le dictionnaire de l'Académie française, le terme entre dans ma décyclopédie bloguesque.

Bital,e [de bite] : adj., qui a trait au membre viril, « Arthur faisait un petit blues bital » (Étienne Maurice, 2017, en ligne).

L'excellent magazine Stupéfiant consacrait hier quelques minutes à  la manière de traiter le pénis dans l'art. L'exposition au Musée d'Orsay Masculin, présentée en 2014,  fut un réjouissement à tout le moins de l'esprit. Où l'on s'aperçoit que les ligues de vertu ne sont pas vraiment en sommeil. Le diable les emporte !

mardi 9 mai 2017

La continuité dans le changement

Monique et Michel Pinçon-Charlot travaillent depuis de nombreuses années sur la sociologie de la bourgeoisie et analysent comment le nouveau président de république française va conforter les intérêts des dominants. 

Selon le cas réjouissez-vous, ou griffez-vous les joues ou les fesses... Sinon, vous pouvez toujours voter encore à gauche, mais la gouvernance au 49-3 fera que ça ne changera rien...


lundi 8 mai 2017

Nouvelles du chaos (2)

Bon, les élections providentielles sont faites. J’ai prévu de continuer cette réflexion sur la notion de démocratie. C’est vrai que la situation en France en particulier vient à point nommé pour illustrer le propos. Que nous ont dit ces « suffrages exprimés » ? Pas grand-chose de nouveau, en fait, et c’est plutôt ce qui est exprimé autrement qui est intéressant. Jamais l’extrême droite n’avait eu autant de voix, et la géographie électorale montre que ce sont les régions particulièrement matraquées par la politique économique qui se réfugient dans un vote d’extrême droite. En toute logique, le choix qui a été fait va confirmer la libéralisation du contexte législatif, et permettre de déréguler davantage les relations entre salariés, sociétés du Net, non-salariés exploités comme des salariés, etc. Ce qui renforcera encore davantage, par réaction les votes en faveur de l’extrême droite. Le système qui vise à la disparition totale de la démocratie est parfaitement performant.

Je ne vais pas commenter ces élections, ou seulement de manière anecdotique. J’essaie de prendre du recul dans ce débat où les jeux sont faits dès le départ : ce fameux système que tous dénoncent et auquel tous appartiennent fonctionne de manière reproductive, réplicative : lorsque ça ne fonctionne plus, il faut trouver une manière pour que ça fonctionne malgré tout. Exeunt alors les partis « traditionnels » de la quatrième et de la cinquième république. Alors on fait des « mouvements » dans lesquels il n’y a pas d’exclusive, ce qui permet d’agréger toutes formes de tendances, de Robert Hue à Alain Madelin en passant par Christian Estrosi. Ce qui s’est passé là, ces derniers temps, a consisté à développer l’image du repoussoir, le Front national pour permettre de faire front contre les idées xénophobes etc. Faire front républicain. Pure illusion, puisque la république a failli, et que les abstentionnistes, dont les jeunes gens, ont exprimé très clairement que le choix qui demeurait était de voter pour une organisation fascisante ou pour un agent du système qui produit du fascisme. Quel choix ! Dans les deux cas les dés sont pipés. Je disais dans mon précédent billet « Nouvelles du chaos 1 » que la démocratie a été instaurée pour que le capitalisme puisse fonctionner ; ce fut avec l’aval des populations anciennement dominées que l’on transforma en populations dominantes. La colonisation en est un excellent exemple : il suffit de dire que les populations dominantes sont éclairées, que les populations dominées ne le sont pas et ont besoin d’une tutelle pour être dirigées. Que le Macrounet ait dit que c’était un crime contre l’humanité est assez vrai. Il savait assez ce qu’il en a été de l’action de l’État français contre les populations africaines notamment. (Dans le même temps, le coup de la Manif pour tous humiliée pour se concilier quelques personnes de Sens commun procédait du grand art confusionniste, histoire de tout mélanger avec son contraire — quel brouet !) 

On n’a donc plus besoin de démocratie puisqu’on en est arrivé à un système binaire. C’est là qu’on s’aperçoit de la réalité de ce que c’est qu’une société postmoderne : l’illusion du choix ne trompe plus beaucoup, et on s’aperçoit vraiment de la duperie pseudo-démocratique qui s’exprime vraiment dans les élections présidentielles : au premier tour on choisit, et on s’arrange pour que les électeurs se satisfassent d’avoir pu exprimer leur choix au premier tour. Au deuxième tour, on passe aux choses sérieuses : le repoussoir permet de conforter le représentant du système économique en place. Car il n’est pas question en France qu’on puisse remettre en cause le système centraliste qui existe depuis… François Ier pour le moins! Veut-on se convaincre que le système féodal est toujours actif ? Le vote à Paris pour Emmanuel Macron est à plus de 89% ! Paris est-il ainsi une république bananière ? C’était le sentiment en France en 2002, que le vote ainsi transformé en un système repoussoir, avait réduit le système électoral à une machine très malsaine. Quinze ans après, les mêmes institutions, sclérosées, ont répété une situation sinon identique, à tout le moins très analogue.

J’entends à la radio une électrice répéter le poncif selon lequel « il faut voter », que « dans d’autres pays, on n’a pas le droit de vote », que « nos ancêtres se sont battus pour pouvoir voter », etc.

Je le redis : voter consiste à accepter un système représentatif. Lorsqu’on n’est pas en mesure de comprendre les situations, de les apprécier dans l’ensemble de leurs enjeux, bref, lorsqu’on est incapable majeur (c’est le coup qu’on a fait aux populations colonisées), on justifie ainsi ce système de représentation. D’autres sont censés être plus compétents, plus instruits, plus informés… Alors on leur délègue notre pouvoir de décision. Aussi, tant que ce système politique de la représentation fonctionnera, les délégués ainsi élus seront forcément de connivence avec les intérêts économiques qui ont bien compris que le système de représentation est le seul à même de les préserver. C’est au point qu’il existe même une espèce de sacralité autour du terme de démocratie, dont le nom, héritage de l’ancien grec, justifie à lui seul, au nom de l’héritage civilisationnel justement, toutes les turpitudes commises.

Alors faut-il condamner la démocratie, la vouer aux gémonies, laisser faire un système dictatorial ? Ou faut-il considérer que la « démocratie » des sociétés occidentales serait le moins pire des systèmes, mais le seul acceptable ?

(À suivre)

dimanche 7 mai 2017

Le rhingrave

Aujourd'hui les gens votent. Je ne résiste pas au plaisir de diffuser cette jolie chronique de François Morel, qui, l'histoire ne le dit pas, rend un hommage à Jean Tardieu, le grand Jean Tardieu qui écrivit autrefois Un mot pour un autre...


samedi 6 mai 2017

Pignon sur via

Le travail d'Ernest Pignon-Ernest réalisé pour les quarante ans de la mort de PPP. 
Je n'ai pas eu l'occasion de voir son oeuvre affichée à Rome. Seules une vingtaine d'affiches, me semble-t-il, ont été collées sur les murs. On peut lire un papier virtuel de Télérama à ce sujet ici.

Le gentil commentateur de la vidéo s'interroge : la société italienne entendra-t-elle la voix du poète, quarante ans après?

Aujourd'hui, on peut le rassurer. Après être sorti par la fenêtre, Matteo Renzi va revenir par la porte. Lui aussi est en marche. En camino. L'antichambre du pire ? Tout est prêt pour l'anesthésie générale.

vendredi 5 mai 2017

Ruwen Ogien

Ruwen Ogien vient de s'en aller définitivement. C'était un penseur important, dont je partage en grande partie les thèses éthiques. Pas sur tout : c'est en cela que, anthropologue, je me suis distancié de certaines formes que la philosophie, parfois un peu éthérée, ne sait traiter que comme des apories (impasses intellectuelles). Tous les problèmes de pure casuistique, en particulier. On en trouvera quelques exemples dans l'article que consacre Robert Maggiori à Ruwen Ogien dans Libération aujourd'hui. C'est ici.




Pour autant, je conserve avec Ruwen Ogien cet aspect minimaliste vieux comme le monde de l'éthique: « Ne pas nuire aux autres, rien de plus. » Attention, il y a un piège, comme toujours, dans la pensée. Ne pas nuire aux autres implique-t-il de ne pas nuire à ceux qui nuisent aux autres ? Vous avez quatre heures pour traiter la question. C'est en cela que l'éthique ne peut exister que dans une réflexion d'application pratique qu'il faut analyser pour chaque société, chaque micro-société. Rien n'est simple. Il me revient un conte qui relate une promenade entre un maître et son élève. Sur le chemin, l'élève trouve une plume de paon. L'élève demande au maître : « Maître, que dois-je faire, la ramasser ou ne pas la ramasser ? » Le maître répond : « Mon enfant, si tu ne ramasses pas la plume, tu le regretteras.  « Et si je la ramasse ?» demande l'élève. « Si tu la ramasses, tu le regretteras aussi. » répond le maître.

Passez un bon week-end, qui sera long. Je vais essayer de continuer le texte présenté il y a quelques jours  « Nouvelles du chaos ». Il paraît que les Français votent dimanche. On raconte que voter permet d'exprimer son choix. On verra ainsi quel choix les Français auront exprimé dimanche, et quelle conception de la démocratie  se dégage à travers ce vote.

mardi 2 mai 2017

J'irai danser à Orlando

Philippe Corbé a couvert l'actualité de l'attentat d'Orlando, le 12 juin dernier, au club gay The Pulse. Il en a fait un ouvrage que je n'ai pas encore lu, mais ce sera sans tarder. Il paraît demain chez Grasset. Le livre s'intitule J'irai danser à Orlando. En voici quelques bonnes feuilles :






« Ce soir, c’est samedi, alors je vais aller danser.

Danser, pour ceux qui me connaissent, c’est un bien grand mot. Je vais surtout regarder des gens danser, rire, vivre, et cela suffit à me rendre heureux.

Samedi dernier, il était 2 h 25 lorsque je suis reparti d’Industry, un bar de Hell’s Kitchen où je passe souvent. Nous étions arrivés tard, déjà fatigués, mais j’avais lancé l’idée, j’ai même dit à P., icing on the cake, il est minuit passé, mais c’est samedi, et si on allait danser ?

Il y a un garde de sécurité à l’entrée, c’est souvent le même, il me reconnaît et ne se moque plus de mon hideuse photo d’identité lorsque je lui tends mes papiers. Ses collègues surveillent à l’intérieur, au bout du bar, à côté de la piste, sur une marche où ils survolent du regard la salle.

Pourquoi est-ce que ça m’a traversé l’esprit, samedi, ce soir-là, plutôt qu’un autre ? Je me suis dit, heureusement ils sont là. Lorsque je suis repassé à Paris en février, pour la première fois depuis le Bataclan, j’y avais pensé en allant boire un verre au Cox, debout sur le trottoir où il faut se serrer, sous peine de réprimandes. Et si quelqu’un remontait la rue des Archives, à pied, armé d’une kalach ? Idée stupide, mais instinctivement, inconsciemment, je me suis placé à l’extrémité, sur le côté, après l’angle du passage qui mène rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, en face de la vitrine du magasin Gucci qui dénature un peu plus le quartier. Comme si cela pouvait me protéger. Quel idiot.»

Le reste de ces bonnes feuilles est à lire ici. Après, il faut l'acheter.

lundi 1 mai 2017

Premier mai

C'est aujourd'hui le premier mai. Les gens de droite disent que c'est la fête du travail. Non, c'est la fête de ceux qui travaillent, et comme ils ne comprennent pas ce paradoxe il l'affirment avec assurance. C'est la fête de la paresse, (relisez Paul Lafargue !) parce que le travail est une aliénation au sens premier du terme lorsqu'il s'agit de donner sa force de travail à ceux qui possèdent le capital, c'est à dire les moyens de production et n'accordent à ceux qui travaillent que les miettes de ce qu'ils ont produit.
En ce sens, la société Uber est un bel exemple : elle ne possède pas les véhicules, ne possède que le système de mise en contact entre un chauffeur et son client. Uber prendrait, selon une information, une marge de 25 % du prix facturé, ne laissant au chauffeur-propriétaire du véhicule qu'une portion très congrue pour subsister. C'est un très bel exemple de fonctionnement du capitalisme déjà en place depuis longtemps. Une masse d'utilisateurs (500 000 selon Wikipédia) entretient ce système.
Car c'est bien le même système qui fonctionne ainsi : on n'est pas obligé de l'accepter. 
Aujourd'hui est le premier mai : c'est l'occasion, entre autres de dire qu'on n'accepte pas ce système.


dimanche 30 avril 2017

Sunday blues

Il est dimanche, le jour du blues : appréciez, enjoyez l'excellent Gary Moore. Buvons un coup à sa mémoire.
Bon dimanche !



samedi 29 avril 2017

En mars marseja

Il faisait un temps de mars à Paris ces jours-ci (« En març, marseja», dit un proverbe occitan. Les occitanistes comprendront). Et pourtant, j'ai eu le plaisir de faire de belles rencontres, de retrouver des amis avec lesquels je partage cette même sensibilité sur les choses, sur le monde, le même amour de la Grèce. Je prendrai un peu de temps pour parler de ces moments où dans le tumulte parisien, dans cette espèce de tempête sous les crânes que provoquent les élections présidentielles et le désarroi qui s'ensuit, il reste la possibilité d'échanger, de s'écouter, de s'apprécier. Avec l'aune du temps qui passe, où l'on fait des constats, où l'on projette encore de belles perspectives parce que l'on a en tête des moments partagés, le souvenir de corps radieux, la tendresse manifestée sans arrière-pensée, et la joie de jouir encore de cette vie qui reste plus forte que tout.

J'ai découvert cet humoriste, qui s'appelle Jefferey Jordan. Son sketch est amusant, très actuel, et bienvenu, dans une ambiance où l'homophobie n'est pas morte, loin de là (la vieille crapule borgne a osé prétendre qu'il s'étonnait qu'on ait davantage rendu hommage à l'homosexuel qu'au policier ; jusqu'au bout il vomira sa haine de la différence). Il ne faut pas baisser les bras contre eux, les homophobes, croyant que la société a gagné une plus grand tolérance de l'homosexualité. C'est un fait que la tolérance est plus grande. En même temps, l'expression de l'homophobie ne désarme pas : les faits d'homophobie sont plus rares dans la société française, mais restent violents et visibles comme toute expression désinhibée que la révolution Internet a aujourd'hui permise.

Sourions alors à nos comportements visibles ou non dans la rue ou ailleurs...


mercredi 26 avril 2017

Temps d'avril

Temps d'avril où tu naquis. Où Jean partit le même jour.

Les cons se reconnaissent à leur besoin irrépressible de se reproduire.


Hypothèse.
Si tu avais été incestueux, n'aurais-je pas trouvé les raisons de te pardonner d'avoir exprimé ton désir à défaut d'avoir su manifester ton amour ?

La main que je t'ai prise était déjà glacée quand ton regard perdu ne voyait plus que l'horizon sans fin.
La ligne des montagnes te l'indiquait. Tu avais trouvé enfin le chemin.


dimanche 23 avril 2017

Damien Saez - L'Humaniste

Un très beau texte de Damien Saez que je n'avais encore jamais présenté dans ce blog. Personnalité complexe, écorché vif, dit-on lorsqu'on utilise ces clichés éculés... Je reste preneur de ce qu'il dit. Qui mériterait d'être présenté avec moins de défenses.
Il paraît qu'on vote en France aujourd'hui. Je fais le voeu que ceux qui mettront un bulletin dans l'urne aient au coeur quelques uns des sentiments évoqués dans ce texte.
Et que tous nous soyons inspirés par le grand soleil de ce jour !


samedi 22 avril 2017

Tim Dup - Les ourses polaires

C'est du beau, c'est du frais que je découvre avec un peu de retard. Les poètes passent et d'autres fleurissent, avec leurs maladresses, mais surtout leur fraîcheur. Putain, que ce gosse paraît porteur de plein de belles choses à venir ! De l'espoir, disait-on ? Mais oui !


vendredi 21 avril 2017

Nouvelles du chaos (1)

C’est comme si on essayait de croire que les sociétés ont des systèmes politiques qui seraient des particularités culturelles. Comme si « l’homme africain n’était pas assez entré dans l’histoire », ainsi que l’a formulé l’autre tache. Mais c’est aussi comme si on voulait s’amuser à croire qu’il y a une commune mesure entre la démocratie grecque, ou islandaise, ou toute forme d’assemblée qui permet de décider du devenir de la société dans son état historique, dans ses contingences économiques, et ce que nous vivons nous aujourd’hui dans cette situation politique devenue affligeante.

Déjà, le terme de « politique » est un leurre, considéré de notre point de vue actuel. S’il s’agit de s’occuper des affaires de la cité, nous sommes trop nombreux, et la cité est devenue trop complexe, le lieu d’enjeux financiers tellement importants, que, quel que soit le guignol qui aura réussi à cumuler les choix des « électeurs », il ne sera présent de manière apparente aux affaires, que pour donner l’illusion qu’il est celui qui agit, alors que celui qui agit est, on le sait, un marionnettiste tellement doué qu’on ne le voit pas manipuler son pantin, si on a bien compris qu’il agit dans l’ombre. Je ne veux pas dire par là qu’il y a un complot, comme les imbéciles se l’imaginent : pas plus de « protocole des sages de Sion », que les antisémites russes avaient inventé, que d’ « illuminati » qui font croire que les Américains ne sont pas allés sur la lune, ou que la destruction des Twin towers serait l’œuvre de la CIA. Non, le système est plus pernicieux : il relève de la complexité de tous les systèmes qui interagissent, et qui font que la notion de masse, d’hypergroupe ont des fonctionnements propres, qui ne relèvent pas de la rationalité. Je voudrais faire référence à un ouvrage de Wilhelm Reich, La psychologie de masse du fascisme,  paru voici déjà fort longtemps (1933), et qui analyse comment le besoin d’un système autoritaire procède des frustrations de l’ego collectif, si je résume très – trop  – rapidement la pensée de Reich.

Je voulais parler de quelques sujets qui me tiennent à cœur : la manière doit la démocratie paraît dévoyée à un nombre toujours plus important ; les attitudes très différentielles du monde gay — si tant est qu’on puisse parler d’un monde gay, tant la notion de « communauté gay » peut faire illusion.

Eh oui, quoi ! La démocratie n’est plus le système qui correspond au fonctionnement des sociétés occidentales. La démocratie a une histoire : si on laisse de côté volontairement, et provisoirement, la démocratie de Périclès, elle est née, en Europe, au moment où le capitalisme avait besoin de changer les termes du pouvoir. L’aristocratie était devenue obsolète, l’économie colbertiste totalement has-been, et les capitaux avaient besoin de pouvoir voyager d’une frontière à l’autre, plus rapidement, plus efficacement que jamais. C’est le siècle des Lumières, avec ses paradoxes, qui a précipité ces moments-là : ce qui reste terriblement trompeur, c’est que la liberté – oh, quelle notion putarasse ! – a été confondue volontairement dans les différents domaines de la pensée, de la politique, de l’économie. C’est au nom de la liberté de conscience – pauvre Chevalier de la Barre ! – défendue par Voltaire, (écrivain bien médiocre qui possédait des actions dans les sociétés négrières, mais pour Voltaire, les nègres ne devaient sans doute pas avoir de conscience, donc aucun besoin de liberté) que dans le même packaging on a ajouté liberté de laisser passer les produits, les biens de consommation, les forces de travail. Liberté rendue par l’expression de « laisser faire, laisser passer ». Cette fameuse liberté du renard dans le poulailler.

Ainsi, pour cette liberté de produire et de vendre librement, il fallait un système politique nouveau, conçu par des gens éclairés. Au nom du peuple, toujours. Au début on met en place un système censitaire : seuls ceux qui payent des impôts peuvent choisir leurs représentants. En France c’est la Seconde république qui devient plus honorable, rétablissant l’abolition de l’esclavage et adoptant le suffrage universel. En fait, malgré les forces de progrès, la contre-révolution est toujours en marche, et les lumières de la Seconde république ne durent pas : le Second empire de Badinguet vient rajouter cet autoritarisme imbécile dans lequel se complaisent les psychopathes du pouvoir. Le capitalisme s’est fort bien arrangé de cette situation politique, jusqu’à la guerre avec la Prusse que son crétin d’oncle avait semée et qui a fini par pousser sur le terreau du nationalisme déjà bien installé en Europe. Finalement, les affaires économiques se faisant mieux avec les affaires politiques, la Troisième république retrouve du ressort après l’écrasement des velléités réellement populaires de la Commune de Paris…

On ne va pas faire le tour des avanies de la démocratie française, construite également sur le colonialisme sans scrupule que mène de bons républicains, au nom de la prévalence de la culture française sur le monde entier, antienne déjà chantée en son temps par Napo le petit.
Ah, qu’elle était belle, la cinquième ! « Coup d’état permanent » dénoncé par Tonton Francisque tant qu’il n’était pas au pouvoir. Finalement Tonton Francisque s’en est bien accommodé, de cette cinquième. Quatorze ans, ça vous fait un petit côté louicatorzien, dans les ors des palais de la République où la nostalgie de l’Ancien régime donne encore des érections à quelques fonctionnaires plus ou moins hauts. Un jour, tout cela sera rasé, par un tsunami, une météorite, un roi du Qatar. Même pas par un attentat anarchiste ! Ravachol et Bonnot étaient petite bite. Les ors de la République, ce n’est pas en soi qu’ils sont scandaleux. Ce mélange de style baroque et Second empire est pompier en diable, pour tout dire, finalement, d’une vulgarité sans nom. Le scandale est que dans le même temps, les quartiers – un bien grand mot pour désigner le plus souvent des barres d’immeubles terrifiantes – sont restés ce béton désespérant dans lequel ont grandi les enfants que les traces de la colonisation ont définitivement dégueulassés. Les palais de la rue de Rivoli contre la cité des Quatre-mille de la Courneuve. Ça résume assez bien la Cinquième, finalement. Décorons encore de l’ « affaire Ben Barka » et de tous les scandales que la droite gaullienne a couverts quand elle fermait les yeux sur les agissements des barbouzes d’extrême-droite. Quel historien pourrait faire l’apologie de la Cinquième, malgré la nostalgie culturelle des « Trente glorieuses » ?


On en est là, au chaos, à la complicité coupable depuis toujours de cette gauche façon Guy Mollet, — y aurait-il des gays mollets ? — réplique de ces radicaux socialistes, héritiers des petits instituteurs soumis à Jules Ferry qui croyaient bien faire en apprenant à leurs élèves à savoir lire, compter, écrire le français. Dans les colonies comme dans les campagnes profondes. Les savoirs dispensés par la république ne relevaient pas du sentiment honorable de vouloir élever l’esprit des petits paysans : on en faisait des ouvriers, des mineurs, les filles devenaient des boniches qui se faisaient tringler par les patrons un peu plus fortunés qu’elles-mêmes ne l’étaient. Voilà à quoi servait l’école : faire comprendre les ordres des contremaîtres lorrains dans les mines, apprendre à obéir à l’instituteur, au contremaître, au juteux. Histoire de ne pas renâcler à aller se faire trouer la peau dans la saloperie de 14-18. Les monuments aux morts s’enorgueillissent des listes d’enfants tombés « pour la patrie ». Je reste scotché que ce terme renaisse sans aucune espèce de sentiment de honte de la part de ceux qui l’emploient. Le piège est même une sorte de surenchère que cette métastase intellectuelle est parvenue à créer. J’avais acquiescé en grande partie à l’analyse d’Emmanuel Todd quant aux mobilisations imbéciles qui avaient suivi les attentats de Charlie et de l’Hypercacher, notamment cette expression de « catholiques zombies » catégorie qui permettait d’exprimer l’attitude des héritiers d’une tradition bourgeoise où prédomine le patriarcat dans une idéologie religieuse qui soude les relations entre générations. La suite des événements a donné raison à Todd, puisque le catholicisme puant l’eau bénite croupie a relevé le nez de plus belle, revendiquant les racines chrétiennes de la France. Par contre, Todd s’était laissé emporter par la motivation de son analyse par l’appartenance à une famille d’origine juive. Et patatras ! Défaut de neutralité axiologique, cher Emmanuel : ceux qui n’ont pas une famille qui s’est retrouvée en difficulté de situation de domination ne pourrait dès lors adhérer à ton analyse ? Et cette dérive s’est retrouvée dans ce terme que tu as employé, te revendiquant « patriote » bien plus que les fachos de la mère Le Pen pour dire ton amour du pays, de ses aspects positifs et autres gnagnateries plus débiles les unes que les autres.

Car en fait, en matière de républiques successives, de systèmes démocratiques plus ou moins adaptés, combinés, ne reste que le constat du principe de domination du peuple métropolitain ou ultramarin par les propriétaires de capital monétaire, intellectuel, culturel, social chacun devant pouvoir y trouver son compte à la mesure de ses capacités. Le fameux ascenseur social. Il ne suffit pas de constater qu’il est en panne, aussi en panne que les ascenseurs réels qui ne fonctionnent plus dans les tours des cités de Trappes ou de Vénissieux pour ne citer qu’elles. S’il est en panne, ce n’est pas du seul fait de l’incapacité des cadres à faire fonctionner l’ascenseur social. Bien au contraire, ils ont parfaitement réussi à le mettre en panne définitive. Parce que la société de la finance, — on pourrait l’appeler pour l’heure macronienne, mais elle changera rapidement de nom dans peu de temps — n’a plus besoin d’une illusion de mobilité sociale : elle n’en veut plus. La société est bigarrée, et cette segmentation, que l’on veut faire croire ethnique alors qu’elle est sociale, est la justification du maintien des possédants, de l’accroissement et de la concentration des pouvoirs et de la finance. Dans leur esprit, il ne faut donc surtout pas permettre de remettre en marche l’ascenseur social qui n’a d’ailleurs jamais beaucoup marché, ni très longtemps.
(à suivre)


jeudi 20 avril 2017

Piège à électrons

Je suis assez d'accord avec ce que raconte Pierre-Emmanuel Barré. Sauf que je ne me les mettrai jamais dans une urne. J'essaierai de publier un texte que je n'ai pas le temps de terminer. L'autre jour estèf m'avait interrogé sur ma détestation de la notion de «collectif». J'en ai déjà parlé dans le blog, mais une piqûre de rappel ne peut pas faire de mal. Je dirai en quoi être libertaire se distingue d'être libertarien et pourquoi il me semble temps de ne plus participer du tout à cette mascarade qu'on appelle des élections politiques.


mercredi 19 avril 2017

Στην Αμερική - En Amérique

L'espoir de l'Amérique fut de ceux qui nourrirent le monde. C'était avant que Trump ne soit élu, bien évidemment. Croire que le désordre ne provient pas d'une croyance folle en un ordre illusoire est une totale folie. Le monde en subit les tourments dans d'interminables diasporas...

La musique et les paroles sont de Thanássis Papaconstantínou, l'interprétation est de Socrátis Málamas.



Στίχοι: Θανάσης Παπακωνσταντίνου
Μουσική: Θανάσης Παπακωνσταντίνου
 Σωκράτης Μάλαμας

Ο τόπος που μεγάλωσα κρυφό παράπονο έχει,
που η θάλασσα δε δέχτηκε το χώμα του να βρέχει.
Παρόλα αυτά του ωκεανού, ξέρω, το μαύρο κύμα
σε πάει ίσα στο βυθό σε πάει και στην Κίνα.
Α! και στην Αμερική, μαζί με τη Μαρίκα, το Δούσια τον Κωστή.
Ο τόπος που μεγάλωσα κρυφό παράπονο έχει,
που η θάλασσα δε δέχτηκε το χώμα του να βρέχει.
Παρόλα αυτά του ωκεανού, ξέρω, το μαύρο κύμα
σε πάει ίσα στο βυθό σε πάει και στην Κίνα.
Α! και στην Αμερική, μαζί με τη Μαρίκα, το Δούσια τον Κωστή.

Τους βλέπω μπρος τα μάτια μου μες το παλιό βαπόρι
σα στρείδια στο κατάστρωμα οι μετανάστες όλοι.
Βουβές γυναίκες, άλαλες που δύναμη αναβλύζουν,
παιδάκια που δε νιώθουνε το δρόμο που βαδίζουν.
Α! Τα χρόνια τα παλιά, βαριά φορτία φεύγαν για την Αμέρικα.

Του Κατσαρού ανεμίζουνε τα κατσαρά μαλλιά του,
καθώς κοιτάζει αντίθετα προς τη γενέτειρά του.
Του φέρνει ο άνεμος στ’αυτιά τραγούδια αγαπημένα,
τα παιξε στην κιθάρα του, τα δωσε και σε μένα.
Α! απ’ την Αμερική, μαζί με τη Μαρίκα, το Δούσια τον Κωστή.

Και σαν το κουρελόβαρκο αδειάσει στο λιμάνι,
θα τους στοιβάξουν στη σειρά οι ξένοι πολισμάνοι.
Άλλοι θάχουν τον τρόπο τους και θα ευδοκιμήσουν
και άλλοι ως να πεθάνουνε τη δίψα δε θα σβήσουν.
Α! στην Αμερική Ελλάδα σαν αγριόχορτο φύτρωσες και κει.
Τους βλέπω μες τα μάτια μου μες το παλιό βαπόρι
σα στρείδια στο κατάστρωμα οι μετανάστες όλοι.