Je préfère le dissensus dur au caramel mou

Je préfère le dissensus dur au caramel mou
Medusa – Il Caravaggio

Parfois on aimerait, face à la violence du monde, qu’un garçon vous prenne dans ses bras et murmure : « Ça ira, je suis là, on connaîtra des jours meilleurs… »

mardi 21 novembre 2017

Blitz, Eclair au café

Etienne Daho sort un nouvel album Blitz. Etienne Daho est un être lumineux environné de traînées d'obscurité, celles que le passé, que l'enfance ou que les choses indicibles ne permettent pas de montrer au grand jour. J'attends alors la sortie de cet éclair. 

Dans l'attente veuillez agréer ces deux clips déjà anciens : Double zéro à l'infini, de l'album Paris ailleurs, sorti en 1991 (c'était hier) et La ville, avec le très regretté Daniel Darc, un autre grand brûlé de la vie («Cherchez le garçon, trouver son nom...»).



lundi 20 novembre 2017

dimanche 19 novembre 2017

El cant de la Sibila provençal

El cant de la sibil.la (les Catalans écrivent Sibil.la pour éviter la prononciation avec la palatalisation, c'est-à-dire en prononçant le l mouillé, comme les Italiens prononcent le gl de famiglia par exemple ; l'écriture «inclusive» n'a donc rien vraiment inventé, et il faut être un peu rompu à cette lecture pour en éviter les écueils, mais tout se fait!)

Alors, lo cant de la sibila (en occitan) : imaginons une tradition de prophétesses issues du monde antique. Elles rendent des oracles, c'est-à-dire annoncent les événements d'importance à venir. Le monde chrétien fait perdurer cette tradition en donnant à croire en l'avènement du Messie qui jugera ceux qui ont eu confiance en sa parole. Plusieurs versions du Chant de la sibylle coexistent : une version latine, provençale (occitane), catalane, galicienne, castillane. Ces versions ont donné lieu à deux CD édités en 1988. La regrettée Monserrat Figueras sous la direction de Jordi Savall interprète ces différentes versions accompagnée par la Capella Reial de Catalunya. Voici la version occitane.

Passez un agréable dimanche.



samedi 18 novembre 2017

Xenia

Xenia est sorti voici trois ans déjà ! On ne peut qu'avoir envie de le voir ou de le revoir tant les personnages sont attachants, recherchant leur père à Thessalonique, dans une Grèce en plein désarroi (Athènes et sa périphérie ont bien dégusté, ces derniers jours !). La situation de la Grèce est toujours préoccupante, tant en ce qui concerne son économie que sa sociologie politique, (mais enfin, c'est toute l'Europe qui est dans un bordel politique monstre avec les fachos xénophobes et racistes qui pointent leur nez de tous les côtés...).

Le film est de Panos Koutras : la critique d'Aurélien Férenczi dans Télérama est consultable ici.


vendredi 17 novembre 2017

Nilda

Daniel Fernández, dit Nilda, que deviens-tu ? Sorti un peu des horizons médiatiques, on ne saurait t'en vouloir... Sans doute passes-tu sur des scènes un peu confidentielles.

La invitación a Venecia en version espagnole date de 1991. On se passerait volontiers de la présentation de la vidéo ci-dessous par le garçon un peu niais qui s'obstine, comme beaucoup de gens, à parler du passé en utilisant le futur, au prétexte qu'un moment de ce passé se déroule dans une séquence ultérieure du même passé. Au moment où les académiciens fébriles s'émeuvent de manière gériatrique de l'utilisation de l'écriture inclusive - qui n'est qu'une blague à la mode comme d'autres ; commençons par accorder les participes passés correctement au féminin ! - tout cela paraît bien dérisoire...

Enfin, Nilda, si tu reviens nous voir, sache qu'on apprécie toujours ta douceur, ta tendresse, ta sensibilité et ton beau sourire, même si tu as vieilli, comme nous tous...

jeudi 16 novembre 2017

Looking for Tadzio

Un court d'Etienne Faure, non daté, mais sans doute déjà ancien.

Bjorn Andresen a aujourd'hui 62 ans. Il y a des magies qui font qu'on ne peut pas vieillir quand on le voudrait jamais...


Hommage à Françoise Héritier

Triste journée où l'on apprend le décès de Françoise Héritier, grand nom de l'ethnologie et de l'anthropologie. J'avais assisté plusieurs fois à ses conférences, et j'ai eu également le plaisir de m'entretenir avec elle il y a quelques années au cours d'une soirée amicale. Elle était l'intelligence incarnée des situations sociales complexes. Il fallait peut-être en effet être une femme, ou connaître des situations de domination sociales et culturelles, pour être placé dans l'obligation de saisir les logiques qui mènent l'établissement des normes culturelles. On trouvera dans tous les bons sites le parcours de cette pensée qu'elle a contribué à faire aboutir, au moment où, en France, se constituaient et se structuraient les disciplines de la pensée de la différence. Ce n'est sans doute pas un hasard si elle est parvenue à définir les termes de la parenté en Afrique, alors en Haute-Volta, en essayant de comprendre dans quels cas les interdits d'alliances existent et ressortissent alors au domaine de l'inceste, dont l'acception, en Occident paraît plus limitatif.




Son travail essentiel a été de mettre en lumière la nature féminine non seulement dans la compréhension de sa définition comme opposition binaire aux hommes, mais surtout dans la spécificité qu'ont les femmes à produire du même et du différent - une femme peut faire naître une fille comme elle-même ou un garçon, ce qu'elle n'est pas - ce que les hommes sont évidemment incapables de faire : les hommes doivent passer par les femmes pour produire des hommes. Ce pouvoir, qui apparaît magique dans les sociétés archaïques - les sociétés contemporaines sont toujours archaïques du point de vue de l'inconscient des sociétés - paraît ainsi exorbitant. Il explique la raison de la domination masculine qui reprend par son positionnement physique d'une part, institutionnel d'autre part, la capacité à décider et à agir symboliquement là où elle ne peut le faire biologiquement.

Cette pensée de la différence est venue opportunément compléter le travail déjà monumental de Claude Lévi-Strauss. Ce dernier avait mis en lumière le rôle des femmes comme biens d'échanges dans les sociétés, qui ne relevait pas seulement des sociétés archaïques : à ce titre, si les femmes, en France, ne sont plus des incapables majeures, ce n'est que depuis une période relativement récente. La République espagnole avait résolu ce problème bien avant la que France retrouve sa raison républicaine.

Étrangement, avec Françoise Héritier disparaît une partie visible de ce que l'ethnologie et l'anthropologie ont été en mesure de produire dans leurs rapports institutionnels aux sociétés dominées, autrefois colonisées. Dans le même temps, les institutions de la culture, des savoirs universitaires, paraissent aujourd'hui bien en panne pour apporter aux questions que le monde se pose aujourd'hui des outils de compréhension et d'action efficaces. Là est un autre débat.



mercredi 15 novembre 2017

Le livre des merveilles

Marco Polo, de retour d’Orient, fut emprisonné à la fin du duecento à la prison de Gênes après sa capture lors du conflit entre Venise et Gênes. C’est là qu’il dicte le récit du Livre des merveilles ou le devisement du monde, laissant l’Occident dans une soif inextinguible de curiosité et de découvertes qui bouleversent la vision du monde…



En 1965, Denys de la Patellière et Noël Howard réalisèrent La fabuleuse aventure de Marco Polo, avec Horst Buchholz dans le rôle-titre et Omar Sharif dans celui de l’émir Alaou. Il en reste des images superbes, tournées en décors réels. Je ne suis pas sûr que les mêmes performances cinématographiques pourraient être reproduites aujourd’hui.

On a un peu oublié Horst Buchholz, décédé en 2003. On se le rappelle dans Les Sept Mercenaires, de John Sturges, tourné en 1960. Par la suite, sa carrière fut un peu difficile, tournant principalement pour la télévision. L’un de ses derniers rôles au cinéma fut dans La vita è bella, de Roberto Benigni, en 1997.

On appréciera les deux beaux gosses, Horst et Omar, dans cet extrait tourné sans doute en Afghanistan, dont les paysages sont somptueux. Le film était une production internationale (Afghanistan, Égypte, France, Italie, Yougoslavie). On peut regretter qu’il soit peu rediffusé sur les chaînes publiques.

Horst Buchholz, considéré comme l’Alain Delon allemand, eut de nombreuses conquêtes ; il révéla tardivement sa bisexualité.

lundi 13 novembre 2017

Chéries-Chéris

Petits veinards de Parisiens qui n'allez pas à Bordeaux pour manger des chocolatines - en Cévennes on mange des pains au chocolat, tout simplement - vous avez la chance de pouvoir profiter du festival Chéries-Chéris qui se tient du 14 au 21 novembre 2017 . Le programme est alléchant. Je retiens le documentaire sur Jean Genet, de Michèle Collery, Jean Genet, parcours d’un poète combattant, réalisé en 2016. Ce film est projeté au Mk2 Beaubourg, dimanche prochain 19 novembre à 15 h 15, salle 1. Je ne sais pas ce que vaut ce documentaire. Il y en a eu déjà un certain nombre, d'intérêt inégal. Il est toujours difficile de reprendre, faute de documents suffisamment étayés, de nouvelles informations sur Jean Genet. Tout n’a-t-il pas été dit ? Je n’ai pas trouvé d’extrait à présenter ici.

Le programme du festival est consultable ici.

La soirée de clôture présentera le film d'Anne Fontaine, Marvin ou la Belle Education d'après le roman d'auto-fiction d'Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule. Les deux comédiens qui jouent Marvin sont excellents : Jules Porier qui joue Marvin enfant et Finnegan Oldfield, une fois devenu adulte. J'attends impatiemment de les voir dans le film. Les autres comédiens sont d'excellente pointure, et on peut féliciter Anne Fontaine pour l'ensemble du casting. Concernant le livre d'Edouard Louis, je suis plus réservé : il me semble que la critique journalistique, toujours à l'affût de pittoresque, a donné au roman alors une dimension qu'il ne mérite pas forcément.

Voilà pour ce billet : allez soutenir ce festival. Je sais qu'il sera achalandé, mais la visibilité queer doit être toujours plus forte...


dimanche 12 novembre 2017

Bleibet meine Freude !

L'orgue partage avec l'amour une particularité : il est masculin au singulier, féminin au pluriel. Cela devrait suffire à dire son ambiguïté, et pourquoi pas, son appartenance au domaine des esprits tourmentés. C'est peut-être pour cela que le dessinateur belge Roger Leloup avait imaginé un orgue du diable, dont les événements se déroulaient dans les hauteurs fortifiées au dessus du Rhin : son héroïne japonaise, Yoko Tsuno avait l'heur d'apporter sa touche aussi rationnelle que séduisante dans des domaines où l'esprit avait franchit l'espace-temps aussi rapidement qu'un boson de Higgs.

Que l'orgue soit un instrument du diable, ce n'est pas vraiment étonnant : les différents registres permettent de faire jouer différentes tonalités parmi les 5000 tuyaux de cet instrument d'exception, marié au monument dans lequel il est installé. Les Américains, dont certains ne sont jamais en panne de mégalomanie, ont conçu un orgue de plus de 33 000 tuyaux, paraît-il. On imagine la puissance alors mise en oeuvre pour donner aux fréquences les alliances voulues par l'organiste.

«Sans Bach, la théologie serait dépourvue d'objet. S'il y a quelqu'un qui doit tout à Bach, c'est bien Dieu !» avait écrit Emile Cioran. Le grand débat du XXe siècle nous ramène à lui : le monde doit-il être désenchanté, ou, au contraire, peut-on instiller un émerveillement permanent à tout ce qui peut être, fort d'une curiosité qui, elle, ne peut être qu'insatiable ?
Réponse de Jean-Sébastien : «Jésus, que ma joie demeure !» Jean Giono en fit l'un de ses plus beaux romans, dont la constellation d'Orion vient augurer les prémisses.
Ici, le jeune néerlandais Gert van Hoef, maîtrisant claviers, pédalier et divers registres, apporte sa touche avec une improvisation sur le choral de Jean-Sébastien.

Passez un agréable dimanche !



samedi 11 novembre 2017

Une histoire de l'anarchisme

Ajourd'hui, 11 novembre. On commémore en France les dégâts que les bouchers de l'humanité ont organisés. Le goût du sang et de la chair déchiquetée doit être dans les gènes de la civilisation occidentale pour en avoir à ce degré mis au point les méthodes industrielles. Je n'exonère pas les autres civilisations du goût de la barbarie, qui est également l'un des propres (!) de l'humanité.

Voici un excellent documentaire, long, certes, présenté sur Arte voici quelques mois, dû à Tancrède Ramonet qui a réussi là une magnifique synthèse de l'histoire de cette belle utopie philosophique qu'est l'anarchisme. Prenez le temps de le voir en plusieurs fois. L'histoire des hommes est également celle de leurs ignominies. C'est parfois difficile, émouvant, de revoir ou de voir, plus simplement, certains moments de déchirements du mouvement populaire.

Le point de vue critique reste celui qui ne concède aucune compromission avec la doxa, l'idéologie dominante et le principe de domination. Certains signes, aujourd'hui dans le monde, montrent que le point de vue critique gagne du terrain.

vendredi 10 novembre 2017

Pierre Aleyrangues nu

Pierre Aleyrangues fut un des personnages que je voyais assez souvent au cinéma étant enfant : il était plus connu sous la dénomination du «Nain Piéral». Sa force de caractère lui permit d'affronter sa double différence, physique - il mesurait 1,23 m - et son orientation sexuelle. Il fréquenta assidûment  Jean Cocteau, Jean Marais et le milieu intellectuel qu'ils représentaient. Sa manière d'être fut que l'homosexualité alors ne pouvait être qu'une façon d'être marginal dans une société qui ne tolérait que la norme. J'aime particulièrement cette photographie où il se montre nu, et fier de son corps quand tout pouvait dire que les normes de la virilité - ou de celles des éphèbes - reposaient sur d'autres canons de la beauté. En ce sens, il a réussi à proposer, dans cette pose qui n'est ni arrogante, ni vulgaire, sa capacité à dire que le corps vit dans ses propres mystères.

Pierre Aleyrangues

jeudi 9 novembre 2017

Je n'arrive pas à dormir

Encore un court, très agréable à visionner, d'une tranche de vie italienne. Qui plus est les italianismes des sous-titres sont un régal !



mardi 7 novembre 2017

Janis and Sharon

Voici un an, déjà, que Leonard Cohen s'en est allé vers le néant. Son album You want it darker venait juste de paraître, qu'il avait terminé péniblement tant la maladie avait progressé. Dans une dernière interview publique, il laisse entendre qu'il est prêt à mourir, quelques mois après Marianne qui fut l'un de ses grandes amours. Peut-être la seule véritable, alors qu'ils étaient tous deux en quête d'une quiétude trouvée un temps à Hydra.
Hydra, île curieuse, où l'on s'imagine facilement que l'on se trouve dans une autre dimension du monde et du temps, où l'on peut également perdre le sens commun. Ce n'est peut-être pas plus mal. Un monastère s'y trouvait à quelques kilomètres du port, accessible par un chemin de mulets. 
Hydra restera ce chemin où l'on sait que l'on n'a pas besoin de ciel.



Si Janis Joplin dont le nom était déjà une légende avant qu'elle-même ne disparût, eut une place curieuse dans la vie et l'oeuvre de Leonard Cohen, exerçant à la fois une fascination et suscitant une distance que la vie marginale du New-York de cette période imposait pour ne pas être happé par cette tourmente, une autre femme tient, professionnellement, une place majeure dans son travail musical : Sharon Robinson, dont la voix est exceptionnelle. Elle coécrit avec Leonard toutes les chansons de Ten new songs, paru en 2001, dont elle assure elle-même la production. 

L'une des chansons est Alexandra leaving, «Le départ d'Alexandrie». Il s'agit de l'adaptation d'un poème de Constantin Cavafis que j'ai souvent évoqué ici dans Véhèmes. Voici le poème de Cavafis, intitulé Antoine abandonné de Dieu :

« Quand soudain, aux environs de minuit,
tu entendras passer un cortège invisible,
avec des mélodies sublimes, ponctuées de clameurs -
alors sur ta fortune qui chancelle, sur tes oeuvres
qui ont échoué, les projets de ta vie qui tous
se sont révélés n'être que chimères, ne te lamente pas en vain.
En homme prêt depuis longtemps, en homme courageux,
une dernière fois salue Alexandrie qui s'éloigne.
Surtout n'abuse pas, ne t'en va point dire
que ce n'était qu'un rêve, que ton oreille s'est méprise ;
à d'autres d'aussi sottes espérances.
En homme prêt depuis longtemps, en homme courageux,
comme il convient à qui pareille cité s'est livrée,
approche-toi résolument de la fenêtre,
et avec émotion, certes, mais sans
les plaintes et supplications des lâches, écoute,
dans une ultime jouissance, les sons inouïs,
les si doux instruments du mystérieux cortège,
et salue-la, cette Alexandrie que tu perds.»

-1911-

traduction de Dominique Grandmont

L'adaptation de Leonard Cohen et de Sharon Robinson est la suivante :

Alexandra leaving

Suddenly the night has grown colder.
The god of love preparing to depart.
Alexandra hoisted on his shoulder,
They slip between the sentries of the heart.

Unhelp by the simplicities of pleasure,
They gain the light, they formlessly entwine;
And radiant beyond your widest measure
They fall among the voices and the wine.

It's not a trick, your senses all deceiving,
A fitful dream, the morning will exhaust -
Say goodbye to Alexandra leaving.
Then say goodbye to Alexandra lost.

Even though she sleeps upon your satin;
Even though she wakes you with a kiss.
Do not say the moment was imagined;
Do not stoop to strategies like this.

As someone long prepared for this to happen,
Go firmly to the window. Drink it in.
Exquisite music. Alexandra laughing.
Your firm commitments tangible again.

And you who had the honor of her evening,
And by the honor had your own restored -
Say goodbye to Alexandra leaving;
Alexandra leaving with her lord.

Even though she sleeps upon your satin;
Even though she wakes you with a kiss.
Do not say the moment was imagined;
Do not stoop to strategies like this.

As someone long prepared for the occasion;
In full command of every plan you wrecked - 
Do not choose a coward's explanation
That hides behind the cause and the effect.

And you who were bewildered by a meaning;
Whose code was broken, crucifix uncrossed - 
Say goodbye to Alexandra leaving.
Then say goodbye to Alexandra lost.

Say goodbye to Alexandra leaving.
Then say goodbye to Alexandra lost.

Le paradoxe est à noter : dans la première version de Chelsea hotel, Leonard Cohen raconte «Cet hiver de 1967, mes amis d'alors devenaient tous pédés; et moi j'essayais seulement de d'exister...» Homophobie ? Non sans doute, d'autant que l'entourage de Leonard Cohen fut souvent de cette marginalité où la sexualité n'était pas figée. Est-ce l'influence d'Irving Layton, dont les prises de positions étaient souvent rétrogrades derrière un humour affiché, qui plaça Cohen dans ce type de contradictions ? La détestation d'Allen Ginsberg en ce qu'il représentait une démolition totale de l'ordre bourgeois quand Cohen et Layton préféraient s'attacher à une tradition juive qui semblait relever de l'orthodoxie pouvait laisser penser que la revendication homosexuelle d'Allen Ginsberg était de nature à susciter un rejet de la chose.
Passons, d'autant que la poésie de Cohen a à de nombreuses reprises posé la question de la nature de la sexualité masculine, toujours trouble. Il a lui-même revendiqué son admiration pour la poésie de Federico García Lorca dont l'homosexualité n'a jamais été un mystère et qui fut même sans doute à l'origine de son assassinat. Il n'ignorait pas non plus celle de Cavafis à qui il rend hommage par cette chanson.  La poésie sublime largement l'appartenance à quelque genre que ce soit ; le Moyen-âge occitan voyait l'amour quand on n'avait cure de savoir à quel sexe il appartenait...


lundi 6 novembre 2017

La dérade

Un très beau court, avec un improbable scénario qui reste à l'état d'hypothèse au tarabiscot. Mais cela valait la peine d'être essayé : ce n'est pas raté.



dimanche 5 novembre 2017

La mémoire et la mer

Le grand Léo d'il y a longtemps, quand tout était déjà comme maintenant...

Le bon soleil revient : passez un agréable dimanche !



vendredi 3 novembre 2017

Avant Stonewall

Vivre dans le placard, avant l'événement que fut Stonewall. Sauf que le placard existe encore et que rien n'est vraiment gagné...



jeudi 2 novembre 2017

Fernand Pouillon

Opposer Fernand Pouillon à Le Corbusier n'a pas beaucoup de sens. Peut-être vaguement une vertu heuristique : deux conceptions différentes du monde s'opposent dans leur présence dans le vingtième siècle. Les divagations sur le modulor, censé adapter les fonctions d'un habitat à la dimension humaine, ne relève finalement que d'une pseudo-naturalisation des besoins des hommes dans la société. Il ne faut donc pas s'étonner que cette approche de Le Corbusier, ce pseudo-naturalisme, l'ait également amené à concevoir un monde où l'on ferait table rase de ce qui ne paraît pas authentique, productions humaines comme présences humaines. Paradoxalement, Le Suisse Charles-Edouard Jeanneret-Gris - Le Corbusier pour l'architecture - trouve en France, terreau fertile du totalitarisme instillé depuis les rois de France, l'expression idéale de son art. On trouvera dans l'ouvrage de l'excellent François Chaslin, Un Corbusier, paru en 2015, un regard et une analyse sur son oeuvre.

Mais je reviens à Fernand Pouillon, décédé en 1986 à soixante-quatorze ans. Sa vie fut une aventure extraordinaire, dont une partie est racontée ici dans cette vidéo, interviouvé par Pierre Dumayet, après la parution de son autobiographie, Mémoires d'un architecte, en 1968. On trouvera sur la Toile les informations utiles qui le concernent. Néanmoins, sa conception du monde fut celle d'un humaniste, d'un chercheur essayant d'appliquer ses réflexions à l'amélioration des conditions de vie du plus grand nombre.

Reprenant la blague du modulor de Le Corbusier qui serait une redécouverte du nombre d'or, c'est-à-dire la mesure du rapport entre les dimensions qui constituent une oeuvre physique, naturelle, qu'on peut alors appliquer à toute oeuvre artistique, donnant le sentiment d'une harmonie, c'est-à-dire d'une sensation agréable à contempler ou à entendre, Fernand Pouillon a raconté dans un livre remarquable, un roman, Les pierres sauvages, comment les hommes du Moyen-âge se sont appropriés ces notions pour établir un monument tout aussi remarquable, l'abbaye du Thoronet, en Provence. Je présenterai dans quelques jours le livre. Le Moyen-âge hérita de l'Antiquité cette connaissance de l'art de bâtir. Il est donc assez amusant de laisser croire que Le Corbusier aurait théorisé cette approche architecturale, qui était en application dans de nombreux bâtiments, et que les peintres de la Renaissance ont utilisée également dans la composition des scènes de leur peinture. Nombre d'or qui relève principalement de la technique et non applicable à la manière dont les sociétés évoluent et choisissent leur manière d'être...


mercredi 1 novembre 2017

Constantinos Cavafis - Makria

Από την ταινία: Καβάφης του Γιάννη Σμαραγδή/Un extrait du film: Cavafy de Yannis Smaragdis
Μακριά - Κωνσταντίνος Καβάφης/ Au loin - Constantin Cavafis Θα 'θελα αυτήν την μνήμη να την πω/Je veux que ce souvenir dise -
Μουσική: Βαγγέλης Παπαθανασίου/ Musique: Vangelis Papathanassiou

mardi 31 octobre 2017

Variations autour d'un roman d'Erri de Luca (1)

De passage à Draguignan cet été, je m’arrête à la librairie du Boulevard Foch. Elle porte un joli nom : Lo Païs, « Le Pays ». En occitan, ce terme est suffisamment flou pour qu’il ne justifie aucun nationalisme. Le pays, c’est là où l’on vit ; c’est l’endroit où l’on a posé ses pénates qui ne sont pas forcément mieux là qu’ailleurs, mais c’est surtout le lieu où l’on a fait son nid. Après, on peut avoir de nombreux nids, et aimer changer souvent, comme une forme de nomadisme. Ça n’est pas incompatible. On a simplement des horizons qui parlent davantage aux sens, parce que souvent des émotions y sont nées, se sont épanouies comme fleurs au soleil. Il faut seulement faire en sorte que les fleurs ne fanent pas. Au pire, qu’elles deviennent des fleurs séchées, des immortelles dont on ne s’aperçoit qu’à peine qu’elles ont pris un peu de poussière. Le monde devient alors comme une sorte de grae nde maison, un luxe bourgeois absolu, dont on visite certaines pièces de temps en temps. On s’y rappelle avoir lu, discuté, aimé. Il en reste cet immense espace de nostalgie dans lequel les fantômes errent parfois en rappelant au visiteur ce qu’il a été, ce qu’il aurait pu être d’une situation évanouie dans le temps. Les tribulations en sont parfois surprenantes ou tout au moins inattendues. C’est dans l’un de ces espaces que j’avais recherché Jean-Marie.
Une librairie m’est toujours  une espèce de moment suspendu, où l’ordinaire s’arrête pour me permettre de laisser une proposition se déclarer quand, au dehors, il est devenu nécessaire de marquer une pause, voire de devoir se réfugier dans les mots et les pensées d’un auteur ; c’est sans doute au point que la vie elle-même ne saurait se dérouler sans une traduction que seule l’écriture est à même d’apporter. Il faut alors se défaire de toutes les mauvaises habitudes et tous les pièges ordinaires que le langage oral pourrait laisser croire prolifique ; il n’est qu’une illusion supplémentaire qui confond la séduction avec le désir de pénétrer plus précisément l’esprit d’un interlocuteur sans autre procès que de croire que les mots ont eu, là, à un instant très précis, le même sens pour chacun des interlocuteurs. Il faut sans doute rapidement se ressaisir, s’emparer du silence, se reconstituer afin de n’être affecté par quoi que ce soit d’autre que l’ombre tournante des choses qui se rient du passant. Et partir, par la suite, comme si rien ne s’était passé, comme si aucun atome n’avait bougé dans la mémoire du temps, en sachant que jamais aucun autre instant ne pourra donner l’illusion d’un éternel retour.
L’auteur avec lequel j’ai rendez-vous dans cette librairie est Erri de Luca. Le livre est paru l’an dernier en Italie, au mois de mai dernier pour la traduction française. J’ai cherché ensuite à Rome, non de manière assidue toutefois, la version originale en italien, mais sans succès. La couverture attire aussitôt mon œil et je sais que c’est ce livre singulièrement qui est la raison véritable pour laquelle je suis entré dans la librairie. La nature exposée/La natura esposta. L’écriture d’Erri de Luca me trouble. Le personnage est surprenant, attachant. Il fut pendant les années d’ébullition en Italie l’un des dirigeants du mouvement Lotta continua.  Si l’on s’attache à une sociologie de cette période, on saisit la situation d’impasse que constitue la compréhension de la situation sociale de l’Italie. Le cinéma néoréaliste montre ce qu’il en est d’un pays où, comme en France, l’exode rural a emporté vers les cités industrielles une population qui est le prolétariat démuni, dont la capacité de travail reste la seule richesse. Le Parti communiste italien vit peut-être alors ses plus belles heures, fort d’un espoir porté conjointement par la foi catholique que cette population traduit par l’adhésion à la croyance que l’avenir sera plus radieux. Néanmoins, les critiques portées depuis toujours par les intellectuels et notamment le cinéma néoréaliste  joue d’un poids essentiel dans l’orientation des mouvements d’une critique radicale qui s’expriment dans les années 1960 et 1970. Lotta continua est de cette nature qui naît à la fin des années 1960 dans la région de Turin, où la population ouvrière est la plus nombreuse. On croit encore que la Chine peut être un modèle avec sa « révolution culturelle » et on ne sait pas encore de quelle cruauté le pouvoir du Parti communiste chinois a pu se rendre coupable. Le communisme idéalisé est pétri d’idéologie chrétienne dans laquelle aucun privilège de classe ne saurait être toléré. On croit que les intellectuels, dont la culture est issue de leur position de classe, sont infiniment redevables au peuple des avantages qui consistent à ne pas se salir les mains devant une machine ou dans les rizières aux images plaisantes pour l’Occident. On fantasme alors, en Occident sur ces mesures qui consistent à rééduquer ces intellectuels. L’éloignement du réel, qu’est la transformation de la matière, a déformé la pensée. Le confort bourgeois apporté par les livres et la lecture a détourné les intellectuels de l’objet de leur nature qui était d’éclairer ceux qui n’avaient pas les mêmes facilités à comprendre le monde. La praxis définie par Aristote, revue par les penseurs marxistes est la forme par laquelle les intellectuels doivent se ressaisir, retrouver l’articulation entre le sens du réel, de la matière qui forme la nature des hommes dans leur relation au travail et le sens social qui permet de comprendre où est la place de chacun dans une société sans classe.
Ce challenge, intenable, n’est mené que pour exercer, en Chine, les revanches des frustrations de ceux qui ont compris comment fonctionnent le pouvoir et la domination. On n’en parle pas encore de cette manière pour autant, mais l’envoi dans les champs des intellectuels, les destructions d’œuvres artistiques ou patrimoniales, l’hystérisation de la société contre ce qui peut être rattaché à l’ancienne Chine ne sont connues que plus tardivement. Le principe est tel, en tout cas, qu’il consiste à mettre les intellectuels derrière ce qui peut ainsi réduire à néant leur nature pour se soumettre aux seules valeurs que le travail manuel peut représenter dans ses symboles.


Les organisations maoïstes répandent en Occident ce parfum d’exotisme venu de Chine, mais trouvent un terreau fertile dans l’idée qu’accompagner le prolétariat dans ses tâches les plus humbles permet aux intellectuels de s’approprier réellement la pensée prolétarienne. Cette vaste blague — croire qu’il existerait une pensée prolétarienne à même de s’approprier les termes de son devenir — est menée en France par quelques intellectuels tels que Serge July qui applique plus tard sa praxis du monde libéral au journal Libération, et de quelques autres qui comprennent vite l’aporie de ce type de pratique. On me reprocherait de ne pas citer également Benny Lévy, philosophe engagé dans la Gauche prolétarienne, d’où sortira Libération, journal dans lequel Benny Lévy signait ses articles sous le pseudonyme de Pierre Victor. Quittant celui qu’il était avec Pierre Victor, Benny Lévy rejoint la philosophie d’Emmanuel Lévinas, et la longue tradition d’exégèse des philosophes phénoménologues qui se passionnaient pour le Talmud. On railla ainsi ceux qui passèrent de manière aussi facilement en quelques années, de Mao Tse Toung — on n’écrivait pas encore Mao Dzedong — à Moïse. Cette transformation n’est toutefois pas anecdotique : ce que l’échec de l’action directe immédiate implique est un renoncement à mobiliser collectivement pour passer dans une transcendance par le retour à l’étude et à l’écriture. L’illusion de la transformation sociale est dissipée par la conscience forte que ce que les chrétiens appellent le salut passe comme seul recours par l’identification à l’Autre en ce que sa nature reste celle d’un humilié. Le retour, d’une autre manière, à la modestie de l’action. Et le goût, dit Lévinas, de comprendre l’apparence de la nudité dont celle du visage reste la plus évidente.
Aporie de conduire une praxis dans les milieux ouvriers, donc. Sauf à y trouver, par goût de l’humilité chrétienne, les satisfactions de l’esprit dont le narcissisme propre aux intellectuels devient exclu. Peut-être est-ce un jeu d’ailleurs, un comble d’orgueil hypostasié, qui consiste, à ses propres yeux, à créer un hiatus social entre ses propres qualités intellectuelles et leur déconnexion à une valeur du travail qui ne requiert que celles du prolétariat, des seules forces physiques. Alors, sans doute, sans qui que ce soit puisse le savoir, revient l’estime de soi, la satisfaction de n’agir que dans une gratuité dont le paiement en retour se trouve dans une autre dimension du monde. La notion d’espoir à la sauce téléologique.
C’est ce qu’a vécu Erri de Luca pendant les longues années où il a maîtrisé son corps et son esprit à la lecture et à l’écriture, à arpenter les lieux de montagne, comme si le renoncement à toute autre forme d’engagement qui ne puisse passer par le truchement de l’écriture et de la lecture restait vain. Et à nourrir une passion forte pour l’hébreu et les écritures que cette langue a servies. Sont restées vaines, en effet, les actions d’éclat menées en Italie par les groupes radicaux, en lutte contre un État corrodé par les partis traditionnels, la mafia, l’inertie sociétale maintenue par une église catholique désespérante. On croit mieux savoir aujourd’hui que l’assassinat insensé d’Aldo Moro fut une provocation de l’extrême droite infiltrée dans les Brigate rosse. Qui n’avait pas vraiment à voir avec Lotta continua, où se trouvait Erri de Luca. Le visage du combat social italien en fut changé. Les anciens des Brigate rosse furent conduits à une vie solitaire de fuyards n’ayant d’autre solution que de se fondre dans un anonymat repentant, ou, la force de l’esprit revenant, reprendre la réflexion politique dans un combat intellectuel complexe, sans moyen contre les formes élaborées de l’État moderne et de la déréliction d’un mouvement plus radical devenu incapable de s’organiser. Cesare Battisti écrivit des romans policiers, avant d’être rattrapé par la nature revancharde de la droite et de l’État italien. Son sort est, aujourd’hui, lié à la décision d’un juge brésilien qui décidera de son extradition ou non vers l’Italie.
Bref, la littérature italienne dans ce qu’elle a de meilleur aujourd’hui est nourrie de manière consciente ou non par les décennies des luttes sociales italiennes pour lesquelles on serait tenté de croire que le plomb qui a servi d’épithète à la période de leur acmé s’attache aujourd’hui à masquer en Italie comme dans le reste de l’Europe la lente progression des répressions de l’État, la carcéralisation globale de la société telle que tout ressemble tellement à la naissance de l’État moderne des XVIe et XVIIe siècles : tout doit passer sous le contrôle policier. La relative libéralisation des circulations de personnes fait place à la surveillance généralisée, si facile depuis que la numérisation et le passage obligé par Internet comptabilise chaque déplacement, chaque achat, chaque pensée.
À Draguignan, ayant en main le livre qui va m’accompagner, la libraire a envie de me parler de l’auteur. « Erri de Luca, c’est pas un marrant ! » 
- « Ce n’est pas ce qu’on lui demande », lui réponds-je. « C’est un écrivain important, et ce qu’il écrit est tout de gravité… » 
- « Oui, bien sûr, mais il est venu ici à Draguignan, au mois de février faire une signature, et on regrette un peu de l’avoir fait venir, parce qu’il n’aime pas parler avec les gens. Il m’a dit qu’il trouvait que les signatures dans les librairies ou dans les salons étaient des simagrées… »
Je comprends le dépit de la libraire. Organiser une signature d’auteur n’est jamais facile, et une librairie de province prend parfois des risques financiers. La situation du livre aujourd’hui n’est pas très facile pour une librairie indépendante. J’imagine Erri de Luca, homme un peu austère, qui doit commercer avec les poncifs que les lecteurs, pourtant tout de bonne composition, doivent inévitablement lui servir. « J’ai beaucoup aimé tel livre… J’ai préféré celui-là ». L’auteur doit se prêter à ce jeu que lui conseillent généralement son éditeur et les attachés de presse. Pour un résultat de vente qui n’est pas forcément significatif. J’imagine également le repas prévu presque toujours après la signature, et les conversations sans grand intérêt pour l’auteur s’il n’a pas face à lui une personne en mesure de partager les véritables intérêts qui ne sont pas ceux des mondanités littéraires. Il faut être suffisamment narcissique pour que ce temps qui paraît déjà perdu apporte la satisfaction des louanges inutiles ou des flagorneries habituelles.
Je compatis à la déception de la libraire. Et me dis que la présence d’Erri de Luca n’était pas forcément requise dans cette petite librairie d’une ville un peu reculée. Mais il accepte volontiers de passer devant une caméra de télévision ou devant le microphone d’une radio nationale… N’est-ce pas une démarche de même nature après tout ? 

Je laisse la librairie, et Draguignan. Le livre en poche, que je lis un peu plus tard, et finalement dans le train qui me mène à Rome, je reste amusé par le malentendu que constitue un roman. En fait ce n’est pas tant l’auteur qui m’a convaincu d’acheter le livre, mais le sujet qui m’a interpellé. L’éditeur ne s’est pas trompé qui a mis en première de couverture la photographie du ventre d’un christ en ivoire dont le sexe est simplement caché par un linge, retenu par une corde. C’est ce sexe dissimulé qui m’a incité à ouvrir le livre.
(A suivre)

lundi 30 octobre 2017

Hommage à Jacques Sauvageot

Jacques Sauvageot fut l'un du triumvirat - Cohn-Bendit, Geismar et Sauvageot - qui illustra le mouvement étudiant en 1968. Il vient de disparaître des suites d'un accident de circulation - il a été renversé par un scooter -  à l'âge de 74 ans.

Il y a quelques jours, j'évoquais ici la période de mai 1968 dont Daniel Cohen-Bendit reste une figure marquante, pas la plus sympathique à mon sens. C'est l'occasion de dire que Jacques Sauvageot, président alors de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF) fut un responsable discret, efficace et relativement réservé dans les périodes qui suivirent les événements de mai 1968. Je ne paraphraserai pas ce qu'on peut lire ici ou là dans la presse : Libération me semble avoir fait un bon papier, consultable ici. Incontestablement la période que nous vivons semble un peu oublieuse de la nature des engagements d'alors. C'est sans doute très normal. Il faut laisser le temps faire son travail, et la disparition de Jacques Sauvageot est un signe supplémentaire de cette poussière du temps qui s'accumule. Pensée pour lui qui, je veux le croire, fut un homme intègre.

Voici néanmoins des images d'archives de mai 1968 qui vont du 6  au 13 mai. On se reportera à la chronologie des événements, par exemple sur Wikipédia ici, pour comprendre la manière dont les événements se sont enchaînés alors jusqu'au retour à l'«ordre».  Jacques Sauvageot apparaît à la minute 6:00. 

Il demeure de cette période le sentiment d'une longue histoire du mouvement social dans lequel les engagements ouvriers et étudiants se sont brièvement rencontrés. J'ose croire qu'ils n'ont pas tout à fait disparu.


dimanche 29 octobre 2017

Petit pays/Μικρή Πατρίδα

Il n'y a pas à voyager loin quand chaque jour est une nouvelle découverte du monde...

La voix de Pantelís Theoharídis/Παντελής Θεοχαρίδης La musique de Giórgos Andréou/Γιώργος Ανδρέου Les paroles de Paraskevás Karasoúlos/Παρασκευάς Καρασούλος

Bon dimanche au soleil d'automne !

vendredi 27 octobre 2017

Mauro Durante a la notte de la taranta

Le monde est rempli de gens piqués, ne trouvez-vous pas ? Par la tarentule, s'entend, de la famille des arachnides. Alors on se prend pour Napoléon, César, Vasco de Gama, e tutti quanti... La seule façon de s'en sortir est la tarentelle dont les soubresauts permettent de faire s'échapper le venin de la vilaine bête. On se réveille le matin avec un regard rasséréné sur le monde et sans la pénible obsession de vouloir le dévorer...




jeudi 26 octobre 2017

Sokratis Sinopoulos - Madilatos

Le quartet de Sokrátis Sinópoulos/Σωκράτης Σινόπουλος dans une pièce de musique traditionnelle grecque, Μαντηλάτος, «le châle».
Une belle place est faite à la lyra/λύρα, qui est tout à la fois cousine du rebec et de la viole, jouée par Socrátis lui-même.

mardi 24 octobre 2017

L'espoir

L'espoir est un terme qui ne peut se concevoir qu'avec un complément de nom, sans lequel il ne pourrait être qu'une sorte de cliché poétique. Accordons toutefois que dans les situations les plus désespérantes, un trait infime de lumière pourrait être cet objet par lequel on peut imaginer que le meilleur peut arriver...


lundi 23 octobre 2017

Zelim Bakaev assassiné

Je n'en sais pas davantage : on apprend sur la toile que le jeune chanteur tchétchène Zelim Bakaev est mort sous la torture de la police tchétchène. Il était soupçonné d'homosexualité.
Les barbares continuent sous le silence feutré de l'Occident, qui poursuit lui-même ses propres turpitudes même s'il y a un degré dans les dégueulasseries. Il aurait disparu le 8 août dernier, et le site Back2stonewall.com le donne pour mort. Histoire à suivre, certainement.


Diciasette anni

Un joli court lorsque la vie est tout aussi compliquée dans ces Alpes italophones du Tessin...
(voilà,  c'est corrigé !)

dimanche 22 octobre 2017

Bertrand Chamayou et Franz Liszt

Ce dimanche n'est pas très ensoleillé, me dit-on. Profitons-en pour écouter l'excellent Bertrand Chamayou, un Toulousain, parler de Lizst. Et le jouer. Comme on se rapproche du temps des morts, la deuxième vidéo est la Totentanz  «Danse des morts» de Franz Liszt, avec l'Orchestre symphonique de Francfort dirigé par Jeremie Rohrer.

Dimanche coucounage. Fainéantez à votre aise, aussi longtemps que votre envie vous le dit !




samedi 21 octobre 2017

Une fugue

Catherine  et Maxime Le Forestier avaient composé une petite fugue, en hommage à Jean-Sébastien Bach, d'une remarquable fraîcheur. On y entend en contrepoint, la voix de Maxime, qui est bien plus beau, jeune, sans barbe. Et comme on ne se lasse pas de ces petits moments de poésie musicale devenus plus rares aujourd'hui, la deuxième vidéo est une chanson de Georges Moustaki, Joseph, qui a été composée en 1966, où l'on voit que Maxime n'a pas encore traversé, en ce qui concerne sa façon de s'habiller, le vent de mai 1968. Ils étaient, en tout cas, tous deux très beaux...


vendredi 20 octobre 2017

Jour de pluie

Concomitance des dates, le 17 octobre 1961, plus près de nous que la Révolution russe, est ce jour détestable où la police de de Gaulle et de Papon jetèrent les Algériens qui manifestaient à l'appel du FLN dans la Seine. Je me souviens que Jean-Luc Einaudi fit remonter à la surface des mémoires le rôle que joua ce préfet, Maurice Papon, dans la déportation des enfants juifs lorsqu'il était sous-préfet, secrétaire général de la Gironde. 

Les chiffres de Jean-Luc Einaudi concernant les jetés à la Seine furent contestés par Jean-Paul Brunet ; néanmoins, quel que soit le chiffre, la démarche de Jean-Luc Einaudi montra la continuité d'une pensée de l'Etat français qui ne disparut pas sous de Gaulle, trop soucieux de lisser les aspérités d'une société en pleine ébullition notamment de ses colonies. On peut penser légitimement que le successeur de Maurice Papon, Maurice Grimaud, n'aurait pas permis que se déroule un tel massacre. Il y eut également, quelques mois plus tard, le 8 février 1962, la manifestation contre la guerre en Algérie qui se solde par neuf morts et deux-cent cinquante blessés dus aux charges et aux coups de la police. Les événements ne dépendent pas seulement des déterminismes, mais également de la force morale des individus.

Cette vidéo de Jhon Rachid arrive à point nommé pour évoquer ces moments. C'est une vidéo émouvante qui fait passer loin l'envie de rire ou de sourire.



Philippe Léotard - Saturne

Le grand et regretté Philippe Léotard fut un bel interprète de Georges Brassens. Saturne est sans doute l’une de ses plus belles chansons, à laquelle la voix pleine de relief de Philippe Léotard donne une dimension sans égale.

jeudi 19 octobre 2017

La tempe saigna

«Ici, en 1945, il s'est donc trouvé 2 hommes face à face et l'un a tiré sur l'autre», m'écrivez-vous, Marie, après cette promenade où vous découvrez par une plaque posée sur le sol ce qui s'est passé en 1945. L'un avait le choix de ne pas tirer, et ne l'a pas fait. La question du meurtre reste posée, même dans le contexte d'une guerre qui s'achève. Jean Genet au travers de l'ensemble de son oeuvre interroge le crime et sa capacité à transformer celui qui le commet afin d'être projeté dans la pire condition qui soit pour la société, celle de l'homicide volontaire. Le contexte de la guerre est censé absoudre l'assassin dont il ne viendrait même pas à l'idée d'affubler ce terme à celui qui tue au nom de la société. L'assassin, le bourreau.



Dans la sublimation du meurtre commis par Maurice Pilorge, que Jean Genet a peut-être croisé en prison, et auquel il dédie le poème  du Condamné à mort, mais n'a connu réellement que par les articles que la presse écrit, dans la délectation sociale du fait divers, Jean Genet insiste sur la gratuité du crime commis par Maurice Pilorge de son amant Escudero avec lequel il cambriolait des villas sur la Côte d'Azur. La mort que vient sanctionner la société sur la personne de Maurice Pilorge, mort voulue, revendiquée, apparaît alors comme la conséquence logique du refus de toute compromission avec le monde, avec «votre monde», écrivait Jean Genet.


Dans Journal du voleur, à la page 223 de l'édition de 1949, la réflexion de Jean Genet aborde la notion de sainteté, la place que prend le héros dont il souligne la posture équivoque. Il imagine la lutte de deux soldats, amis ou amants, dont la relation ne peut que se dissoudre dans la mort et dans la nature qui la sublime en floraison :


«La tempe saigna. Deux soldats venant de se battre pour une raison qu'ils avaient depuis longtemps oubliée, le plus jeune tomba, la tempe éclatée sous le poing de fer de l'autre qui regarda le sang couler, devenir une touffe de primevères. Rapidement, cette floraison se répandit. Elle gagna le visage qui fut bientôt recouvert de milliers de ces fleurs serrées violettes et douces comme le vin que vomissent les soldats. Enfin, tout le corps du jeune homme écroulé dans la poussière, ne fut qu'un tertre dont les primevères grandirent assez pour être des marguerites où passait le vent. Seul un bras resta visible et s'agita, mais le vent bougeait toutes ces herbes. Le vainqueur bientôt ne vit plus qu'une main disant le maladroit signe de l'adieu et de l'amitié désespérée. A son tour, cette main disparut, prise dans le terreau fleuri. Le vent cessa lentement, avec regret. Le ciel s'obscurcit qui éclairait d'abord l'œil du jeune soldat brutal et meurtrier. Il ne pleura pas. Il s'assit sur ce tertre qu'était devenu son ami. Le vent bougea un peu, mais un peu moins. Le soldat fit le geste de chasser les cheveux de ses yeux et il se reposa. Il s'endormit.


Le sourire de la tragédie est encore commandé par une sorte d'humour à l'égard des Dieux. Le héros tragique délicatement nargue son destin. Il l'accomplit si gentiment que l'objet cette fois ce n'est pas l'homme, mais les Dieux.»

mercredi 18 octobre 2017

De la peau et des os

Ahmad Joudeh  danse sur le toit de sa maison à Damas. Danser contre la barbarie est un beau défi.  Une imploration dont le ciel, assourdi par les bombes et les pleurs a parfois la capacité de percevoir la grâce.


lundi 16 octobre 2017

Le landau d'Eisenstein

Comme il est curieux de constater que le centenaire de la Révolution d'octobre en Russie passe plutôt inaperçu ! C'est un landau qui me l'a rappelé l'autre jour, dans une salle d'attente où un jeune couple était présent. Le papa, garçon moderne, faisait boire son bébé avec un biberon. Devant lui se tenait le landau du bébé, et je me faisais la réflexion que les enfants occidentaux sont magnifiquement pourvus d'un incroyable confort ; on ne saurait laisser sa progéniture sans la doter de ce qu'on fait de mieux en matière de technologie: suspension, amortisseurs… ne manquent que les jantes alu et les spoilers. J’exagère, bien sûr. Mais sur le châssis du landau, une marque est apposée, ou une indication, je ne sais : « High trek ». En anglais, a trek est un « voyage difficile » ; faire un trekking est une course dans des conditions aventurières qui indique le degré de sportivité de celui qui l’accomplit. J’en conclus que le landau en question est prêt à courir dans des conditions extrêmes, ce qui n’est a priori pas le destin normal d’un enfant que l’on mène dans son landau. À moins que ? 

Subitement me revient à l’esprit ce landau qui dévale dans l’escalier. C’est Le Cuirassé Potemkine, de Serguèi Eisenstein dont la scène est un moment incontournable de l’histoire du cinéma. Cette scène a-t-elle influencé les constructeurs de landaus ? Toujours est-il qu’Eisenstein, cinéaste génial aussi bien dans Le Cuirassé Potemkine que dans Ivan le terrible a marqué les esprits. Peut-être la période expressionniste a-t-elle été le retour à la force de l’image, dans ses excès, dans son souci de monstration, dans la manière, en tout cas, de montrer à quel point les cruautés politiques et sociales sont vécues dans la douleur de ces déchaînements de violence. Rien n’a changé, finalement, sinon les technologies qui permettent de croire que les landaus occidentaux sont à même de protéger les enfants, qui ne sont en fait protégés de rien.




Entre les faits et l’imaginaire se trouve toujours la distance de l’indignation ou de l’éblouissement. Les escaliers d’Odessa ne participent pas de l’histoire réelle de l’écrasement des manifestations populaires en 1905 ; mais les cosaques tirèrent bien sur la foule, comme en France l’armée républicaine tira sur les familles ouvrières de Fourmies, un peu plus tôt en 1891. Question de lieu, même logique carnassière.

Les pouvoirs ne s’y trompent pas. Eisenstein ne finit pas le troisième volet d’Ivan le Terrible : Staline est bien trop reconnaissable. Serguèi Eisenstein subit la censure du pouvoir soviétique ; ironie de l’histoire, lorsque Jean Ferrat chante la chanson Potemkine, écrite par Georges Coulonges, en 1965, cette même chanson est censurée par le pouvoir gaulliste qui exprime ainsi sa défiance vis-à-vis de la période révolutionnaire russe dont les manifestations populaires d’Odessa sont la préfiguration. Trois ans avant mai 1968, le pouvoir sentait-il venir le vent ? La censure frappe fort alors, et bien avant que Jean Ferrat n’aille s’émerveiller à Cuba et en revienne tout moustachu en hommage au líder máximo, puisque la chanson Nuit et brouillard avait été déjà censurée en 1963 par l’ORTF dont le directeur était un valet fidèle du pouvoir. En ces temps de rapprochement avec l’Allemagne,  - dont François Mauriac disait haut et fort qu’il aimait tellement l’Allemagne qu’il était très content qu’il y en ait deux !- le pouvoir gaulliste n’aimait décidément pas qu’on lui rappelle cette période, puisque le film d’Alain Resnais du même nom fut également censuré au prétexte que l’on voyait dans le film une photographie d’un gendarme français surveillant le camp de Pithiviers pour le compte du pouvoir nazi. Tout n’était pas bon à dire pendant cette période où la France nationaliste avait encore à régler ses affaires coloniales et à mater les masses populaires, quel que soit le lieu où elles s’expriment.



dimanche 15 octobre 2017

Moments d'enfance

Une belle chanteuse disparue des ondes, Isabelle Mayereau pour les regrets habituels...

et le groupe Harmonium avec un clin d’œil aux amis québécois dont la créativité avait le charme et la fraîcheur dont on avait besoin... Le morceau s'appelle Vert.

Bon dimanche de cet été très indien !