Je préfère le dissensus dur au caramel mou

Je préfère le dissensus dur au caramel mou
Medusa – Il Caravaggio

Parfois on aimerait, face à la violence du monde, qu’un garçon vous prenne dans ses bras et murmure : « Ça ira, je suis là, on connaîtra des jours meilleurs… »

jeudi 28 décembre 2017

Appelle-moi par ton nom

Évidemment, Call me by your name sera le film à voir... dès qu'il sortira. En attendant, on est presque saturé des propositions d'interviouves à regarder d'Armie Hammer et de Timothée Chalamet. Quel beau couple! Nan je déconne ! Bien sûr qu'ils sont sympathiques, que l'histoire racontée au cinéma par Luca Guadagnino d'après le roman éponyme d'André Aciman est de la nature même d'une sorte de rêve que tous les garçons qui aiment les garçons ont eu un jour, se projetant dans Elio ou dans Oliver de manière indifférente : le cadre est idyllique. Ce n’est pas moi, amoureux de la Grèce, de l’Italie, d’une Antiquité romanesque dans laquelle il était plus facile sans doute d’aimer les garçons qui pourrais regretter que ce genre de film ait été rendu possible par l’air du temps. Air du temps, par ailleurs, qui fait que, paradoxalement, la situation des garçons homosexuels en Tchétchénie, certains pays d’Afrique, etc. soit toujours extrêmement difficile.

Et cependant, je subodore, justement, — mais ceux qui me lisent savent que j’ai parfois la dent dure et quelquefois mauvais esprit — que la mise en  spectacle de ce roman cache peut-être ce que je reproche bien souvent à ce qu’on appelle la « culture gaie », à savoir sa mise en scène de manière « hors sol » : un milieu petit-bourgeois, intellectuel, sans problème économique particulier dans lequel émerge un amour qui relève davantage du romanesque que du romantisme…

Le roman d’André Aciman ne semble pas être une parfaite réussite d’écriture, jugé trop intellectuel, et, là encore, le film ne peut pas être ce qu’est le roman. Rappelons que le scénario est dû à James Ivory, dont on connaît l’immense talent. Le film de Luca Guadagnino sera alors jugé sur pièces, à sa sortie, en février prochain. On enviera alors ces jeunes corps, le soleil qui leur donne la capacité d’exprimer leurs désirs. On restera attentif à ce que l’Italie proposée ne soit pas une carte postale supplémentaire, agréable décor dont on a évacué ce qui en a un temps constitué l’esprit.

Attention ! Hormis la bande-annonce, il est possible que la diffusion des deux extraits ci-après ne soient pas conforme aux droits du producteur... Et que Youtube les efface de son catalogue !




4 commentaires:

estèf a dit…

Un peu de culture hors sol de temps en temps c’est toujours mieux que de manger des tomates en hiver !

Celeos a dit…

C'est parfois la même chose, estèf !

Didier Bodineau a dit…

J'ai l'impression que vous vous êtes tranquillement fait une opinion hasardeuse au sujet des mots qui se terminent en "esque". Sinon, comment comprendre un tel contresens ? René Girard profère-t-il des sottises dans "Mensonges romantiques et vérités romanesques" ?

Celeos a dit…

C'est votre question qui me paraît hasardeuse et mal posée: j'ai du mal à saisir votre pensée, Didier. N'avez-vous lu que Girard concernant le romantique et le romanesque ? Il n'a, fort heureusement, pas l'exclusivité de ces deux notions. Les thèses de Girard, fasciné par l'expiation victimaire, déguisent son goût de la théologie derrière une pseudo anthropologie dont il écarte tous les aspects qui ne servent pas son propos. Je parlais quant à moi des aspects romanesques du film que je n'ai pas encore vu mais dont on nous rebat les oreilles dans ce qui pourrait apparaître comme une bluette. La dimension romantique de ce projet culturel aurait pu être son inscription dans une geste qui l'aurait rattaché à une période héroïque, ce qui ne semble pas être le cas.
S'agissant des adjectifs en " -esque", il m'arrive de recevoir des commentaires foutesques. Mais c'est toujours marrant d'y répondre.