Je préfère le dissensus dur au caramel mou

Je préfère le dissensus dur au caramel mou
Medusa – Il Caravaggio

Parfois on aimerait, face à la violence du monde, qu’un garçon vous prenne dans ses bras et murmure : « Ça ira, je suis là, on connaîtra des jours meilleurs… »

dimanche 31 décembre 2017

Vedro con il mio diletto

Un peu de Vivaldi en ce dernier dimanche de l'année. Il s'agit de la vidéo de l'émission Carrefour de Lodéon à Aix-en-Provence l'été dernier. Frédéric Lodéon, on regrette quand il jouait du violoncelle. Maintenant il parle, et il est très bavard. C'est beaucoup moins bien, mais que voulez-vous, on ne peut pas être bon dans tous les domaines...

Le contre-ténor est Jakub Józef Orliński, et le pianiste Alphonse Cemin.

Remarquerez-vous comment on tourne les pages des partitions aujourd'hui ? Ça me scotche!

En tout cas j'apprécie la tenue décontractée de ces garçons : la musique, fût-elle baroque, n'est pas tenue d'être présentée dans des fringues engoncées... Ah, le temps du queue-de-pie!

et pour le même prix, Jakub Józef interprète Händel Addio, mio caro bene en compagnie de Natalia Kawalek. La vidéo est un petit peu sophistiquée, mais quel régal pour les oreilles !

Passez un très agréable dimanche !





samedi 30 décembre 2017

Lost in the wilderness

Je parlais l'autre jour de ces personnes arrivant d'Italie dans des conditions terribles, accueillies à Briançon.

L'émission Quotidien a eu la bonne idée de faire ce reportage, qui se passe évidemment de commentaires. Ce qui me semble insupportable est que les personnes qui assurent cette veille humanitaire doivent se cacher de la police, de la gendarmerie pour ne pas tomber sur une procédure de délit. La France pays des droits de l'homme ? Non, fantasme publicitaire. Depuis tant de siècles, si des communautés villageoises se sont mobilisées pour assurer leur vision d'une éthique de l'humanité, en France on persécute depuis toujours ceux qui ne pensent pas et aujourd'hui n'agissent pas comme le voudrait le pouvoir, ce pouvoir que Michel Foucault analysait comme un biopouvoir dans ses derniers travaux. J'en ai déjà parlé dans ce blog, et aurai certainement l'occasion d'en reparler un de ces moments.

On a appris il y a deux jours qu'un jeune migrant d'une vingtaine d'années, d'origine africaine, a été retrouvé mort au bord de l'autoroute A8, sur la commune de Roquebrune-Cap Martin. Il dormait dans une cabane en surplomb de l'autoroute, et serait tombé. Il a été retrouvé pieds nus, dans son duvet, avec un petit carnet dans lequel il notait le détail des jours qu'il passait dans ce voyage, son dernier. Il y a dix ans sortait le film de Sean Penn, Into the wild, qui racontait l’échappée d'un garçon du même âge, Christopher McCandless dans la découverte d'une nature splendide et cruelle. Voici que le même scénario est écrit là, dans ce destin brutalement interrompu, dont la wilderness est écrite dans notre horizon, dans une nature qui réunit l'urbanisation la plus échevelée à la douceur de ce dont les paysages méditerranéens sont porteurs. Connaîtra-t-on son nom ? Ce marcheur inconnu à la peau sombre, aux semelles de vent, fit le chemin inverse du magicien des mots ardennais. Ainsi accueilli dans le monde sauvage qui seul, peut-être, était en mesure de le faire, il a rejoint la ligne claire d'un chemin qu'il s'est lui-même tracé. Seul et magnifique.


jeudi 28 décembre 2017

Appelle-moi par ton nom

Évidemment, Call me by your name sera le film à voir... dès qu'il sortira. En attendant, on est presque saturé des propositions d'interviouves à regarder d'Armie Hammer et de Timothée Chalamet. Quel beau couple! Nan je déconne ! Bien sûr qu'ils sont sympathiques, que l'histoire racontée au cinéma par Luca Guadagnino d'après le roman éponyme d'André Aciman est de la nature même d'une sorte de rêve que tous les garçons qui aiment les garçons ont eu un jour, se projetant dans Elio ou dans Oliver de manière indifférente : le cadre est idyllique. Ce n’est pas moi, amoureux de la Grèce, de l’Italie, d’une Antiquité romanesque dans laquelle il était plus facile sans doute d’aimer les garçons qui pourrais regretter que ce genre de film ait été rendu possible par l’air du temps. Air du temps, par ailleurs, qui fait que, paradoxalement, la situation des garçons homosexuels en Tchétchénie, certains pays d’Afrique, etc. soit toujours extrêmement difficile.

Et cependant, je subodore, justement, — mais ceux qui me lisent savent que j’ai parfois la dent dure et quelquefois mauvais esprit — que la mise en  spectacle de ce roman cache peut-être ce que je reproche bien souvent à ce qu’on appelle la « culture gaie », à savoir sa mise en scène de manière « hors sol » : un milieu petit-bourgeois, intellectuel, sans problème économique particulier dans lequel émerge un amour qui relève davantage du romanesque que du romantisme…

Le roman d’André Aciman ne semble pas être une parfaite réussite d’écriture, jugé trop intellectuel, et, là encore, le film ne peut pas être ce qu’est le roman. Rappelons que le scénario est dû à James Ivory, dont on connaît l’immense talent. Le film de Luca Guadagnino sera alors jugé sur pièces, à sa sortie, en février prochain. On enviera alors ces jeunes corps, le soleil qui leur donne la capacité d’exprimer leurs désirs. On restera attentif à ce que l’Italie proposée ne soit pas une carte postale supplémentaire, agréable décor dont on a évacué ce qui en a un temps constitué l’esprit.

Attention ! Hormis la bande-annonce, il est possible que la diffusion des deux extraits ci-après ne soient pas conforme aux droits du producteur... Et que Youtube les efface de son catalogue !




mercredi 27 décembre 2017

Maria la grande


Anna Maria Sophia Cecilia Kaloyeropoulou/ Άννα Μαρία Καλογεροπούλου devient Maria Callas dans le tournant des années 1945. 

Tom Volf  a réalisé un documentaire sur Maria Callas sorti récemment. La critique de Bernard Mérigaud dans Télérama est plutôt féroce. (Voir ici). Je ne l'ai pas vu. Toutefois l'occasion de lui rendre hommage n'est pas totalement inutile. Elle reste une voix incomparable, incarnant une forme de féminité troublante, fragile, sans doute la personne la mieux à même d'incarner la Medea/Médée de Pier Paolo Pasolini dans son film sorti en 1969. J'en parlerai certainement un jour. Son incarnation de la figure de la diva dont le nom même indique une parenté avec les dieux en fait une héroïne du XXe siècle, au destin forcément tragique ; sa vie fut écourtée alors qu'elle était déjà, elle aussi, une légende.

Voici un extrait du film de Tom Volf, suivi d'un entretien avec le journaliste Bernard Gavoty, qui fut celui par qui existait la musique «classique» lorsque la télévision française s'appelait l'ORTF.

« There are two people in me...»




lundi 25 décembre 2017

Ma crèche de Noël

Les formes que peut prendre une représentation sont forcément changeantes, au gré des espaces, au gré des âges. Le thème du «bon pasteur» qui s'occupe avec amour de ses ouailles, de son cheptel (mais oui, les termes «cheptel» et «capital» sont de même origine!), des belles natures de ceux dont il a la responsabilité, est vieux comme l'histoire du monde !

J'aime l'idée que le jour de Noël, ce soit un beau garçon qui vienne ainsi animer la crèche, sans autre préoccupation que celle de proposer l'image de son propre corps ! Passez un bon Noël, et si votre table est ouverte à ceux qui n'en ont pas, vous ne vous en sentirez qu'un peu plus humain, n'est-ce pas ?



dimanche 24 décembre 2017

Le Grand Bharata

Aujourd'hui, vegelha (veille) de Noël, le temps en Cévennes est au beau : ce matin la gelée blanche a recouvert la nature. Raison de plus pour traîner au plumard avec le Chat du rabbin de Joann Sfar (dernière mouture : «La tour de Bab-El-Oued».

Passez un agréable dimanche. Allez, un rappel ancien : un extrait du Mahabharata de Peter Brook, sur une adaptation de Jean-Claude Carrière.


samedi 23 décembre 2017

Recordaras nuestros dias felices

On ne peut que se féliciter des résultats des élections en Catalogne qui infligent un camouflet à l'affreux Rajoy et à son comportement néofranquiste qui n'a pas beaucoup ému les Européens (courage, fuyons !...).



Je l'ai déjà dit dans ce blog, la situation en Catalogne est complexe, et l'indépendance n'est pas forcément une bonne solution. Pour autant, si cette démarche permet de remettre en cause la manière dont fonctionnent les institutions espagnoles, alors pourquoi ne pas prendre cette voie : l'idéal, à terme, étant l'organisation au niveau européen d'une grande fédération qui pourrait mieux organiser les solidarités, mais avec une réappropriation localement des décisions, des aménagements des territoires. Un exemple ? La ligne TAV entre la France et l'Italie, qui n'a aucun sens économique autre que de financer les bétonneurs de la mafia italienne, et qui met en danger les populations et les écosystèmes de la Val Susa. Pour l'instant, la décision est encore en suspens, et comme le financement n'est pas clairement défini, le projet tarde à voir le jour, fort heureusement. Mais la population de l'Italie du Nord n'est pas favorable, loin de là à ce projet.

L'exemple de la Catalogne, qui apparaît comme une rupture avec le système centralisé espagnol, permet de reposer les conditions d'exercice de la démocratie, le nationalisme catalan, bien réel par ailleurs, mais déjà dépassé, se situant dans un autre champ de la problématique posée. Il est vrai que le poids de l'histoire joue à plein dans l'affaire : les Catalans ont encore en mémoire la déclaration d'indépendance de Lluís Companys de 1934, qui lui valut d'être fusillé par les franquistes en 1940. C'est que, effectivement, le système espagnol ne fonctionne pas bien, et pas mieux que le système des institutions françaises, qui étouffe sous un centralisme archaïque, héritage de l'Ancien régime. Lorsque l'Europe s'est constituée dans la dernière partie du XXe siècle, elle pensait au système des régions, étayé par l'économie nord-européenne, mais dont le modèle était fourni par ce que le géographe Roger Brunel avait appelé «la banane bleue», c'est à dire la forme que constitue le croissant alpin vu du ciel la nuit, qui montre, par la lumière des conurbations, où se situe le centre névralgique industriel de cette Europe. Parallèlement, la faillite institutionnelle de l'Europe, mis à mal par le lobbying de certains groupes industriels,  a mis en panne la réflexion sur l'évolution démocratique dans l'ensemble de l'Europe. Le résultat ? La Pologne est vérolée par le nationalisme catholique et antisémite, la Hongrie développe tous les thèmes de la xénophobie, et sans être exhaustif, l'Autriche vient d'élire une formation dans laquelle les néonazis ont les ministères régaliens. Sans que personne ne s'émeuve dans les pays membres de l'Europe.

La Catalogne, présente, au contraire, des gages d'une véritable réflexion sur une refondation de la démocratie : la gauche favorable à l'indépendance est majoritaire à 44 % (j'exclus le parti de Puigdemont, qui est de centre droit), dont font partie la CUP, l'ERC, et Podemos. Les socialistes, en Espagne comme en France sont toujours du mauvais côté. Ce ne sont pas des national-socialistes, mais des socialistes nationaux. Ils prêteront donc main forte à Ciudadanos, qui restent le visage présentable de l'Espagne de droite. Le Parti populaire culmine à 3 %, ce qui traduit l'appréciation sur le comportement détestable de Rajoy, qui fait emprisonner  pour raisons politiques ses opposants, alors que lui-même est compromis dans des affaires plus que douteuses !



©Infographie journal Le Monde

Malheureusement, tout cela ne résout pas le problème institutionnel de la Catalogne. Encore une fois, cette situation a la vertu de poser la question de la démocratie dans une Europe en crise de son économie générale et de ses institutions. Je fais confiance en la maturité des Catalans, de ses jeunes générations qui restent prévenues des méfaits de l'histoire espagnole: encore une fois, on n'est pas vraiment sorti des scories des Rois catholiques, de la chasse des juifs, de la colonisation et de l'extermination des Indiens d'Amérique latine, de la chasse aux Maures, ensemble sur lequel s'est construit le pouvoir mortifère et, par voie de conséquence, doloriste de l'Espagne. C'est là-dessus que le conservatisme et l'archaïsme de ses institutions se sont appuyés. Lorsque Franco fait son pronunciamiento en 1936 contre la République espagnole régulièrement élue, c'est contre tous les droits établis. A l'époque, au moment où le nazisme était en plein essor en Allemagne, où l'Italie professait un fascisme retentissant, où la France était en plein repli déjà identitaire, catholique et antisémite, les pays européens se soucièrent comme d'une guigne de cette violation de tous les droits en Espagne, droits des institutions comme de tous les droits humains.

Aussi c'est avec un peu d'ironie que je lis parfois le rappel au droit international pour déclarer de manière inconséquente que la déclaration de Puigdemont serait en infraction avec la constitution espagnole ! Sachant que cette constitution s'appuie sur une monarchie parlementaire mise en place par Franco, tout cela relativise le droit international et la reconnaissance de son fait générateur.

Je n'ai pas voulu être méchant avec le camarade TTO, qui a écrit quelques belles conneries dans son billet du 13 octobre dernier (cliquer là : uneviedetto), dans lequel, sous prétexte de parler de droit international (comme si ce dernier tombait du ciel !), il néglige totalement l'histoire de l'Espagne et celle de la Catalogne, qui n'ont jamais été une histoire d'amour. Pas plus, me direz-vous, que celles des autres régions en France qui sont réunies depuis toujours dans la douleur à l'Île de France... Certains signes me font dire que cela risque d'être abordé l'un de ces moments...


jeudi 21 décembre 2017

Piensa en mi

Finalement, je suis allé voir Marvin dimanche ; le temps était morose. Je regrette un peu l'époque où j'allais au cinéma aussi facilement qu'on fume une cigarette. Même ça, ça n'existe plus. Le monde est vraiment devenu compliqué.

Je n'attendais surtout pas une adaptation du roman d'autofiction d'Edouard Louis, roman que je n'ai pas spécialement apprécié par ailleurs. Son écriture est affectée. On y cherche une sincérité, et je m'interroge sur la souffrance réelle qu'il a dû éprouver pour construire autrement son identité. Je me réserve pour plus tard la lecture d' Histoire de la violence. Le titre est ambigu, nécessairement hypersubjectif. On comprend bien que la violence est celle de son viol.

Marvin, j'en avais vu les extraits de la bande-annonce. Les comédiens me paraissaient magnifiques. Je n'ai pas été déçu. Finnegan Oldfield est superbe, encore porteur d'une sorte de rudesse dont l'émotion rejaillit en même temps qu'il trouve les mots pour dire ce qu'il est, qu'il explore le nouveau monde dont il construit les recoins. Magnifique également le jeune Jules Porier, tout en nuances et en retenue. Les autres comédiens ne sont pas en reste, et le film donne à voir le jeu d'une très belle palette.

Curieusement, il y a eu des mauvais coucheurs, Louis Guichard dans Télérama  : «On comprend qu’Anne Fontaine ait renoncé à une adaptation au sens strict d’En finir avec Eddy Bellegueule : sa représentation du prolétariat, seule classe sociale décrite dans le roman, est catastrophique.» Elle est bien bonne ! Louis Guichard qui n'a jamais dû dépasser le périphérique parisien, vient donner des éléments de réalité de ce qu'est le prolétariat ! Deux choses : les scènes représentées dans le film ne sont pas caricaturales. Oui, ce qui est montré existe, sans que l'on soit forcément dans l'outrance. Et ensuite les gens représentés ne paraissent pas odieux ni méprisables, seulement désemparés par rapport à une vie dont ils ne maîtrisent pas les contingences, soumis eux aussi à penser ce que peut être une norme dont ils ne sont pas, dont ils refusent ce qui peut leur apparaître en miroir.

Et puis Marcos Uzal, dans Libération : «Volant de stéréotype en cliché, Anne Fontaine se fourvoie complètement dans l’adaptation du roman d’Edouard Louis.» Marcos Uzal est mal comprenant : Anne Fontaine s'est défendue d'avoir fait une adaptation du roman d'Edouard Louis. Son approche est sensible, et la manière dont le personnage se construit, manière singulière, n'est jamais dans la caricature. Mais pour des critiques, qui, apparemment, sont éloignés du monde gay ou queer, montrer une scène de bar gay serait ainsi une caricature. 
L'affaire est entendue, le regard de Marcos Uzal, qui semble avoir fait un peu de cinéma, n'a pas beaucoup plus de pertinence que celui de Louis Guichard. Sans avoir réalisé un chef d'oeuvre, Anne Fontaine a donné à voir la chronique d'une entrée dans la vie, illustration d'une résilience, faite de la matière de moments douloureux, instants sublimés dans la dramaturgie où Isabelle Huppert et Finnegan Oldfield se retrouvent dans une sorte de renaissance au monde. Marvin ou la belle éducation est un beau film.

Le pauvre Marcos Uzal, qu'a-t-il écrit sur le grand Pedro ?  La question n'a aucun intérêt, pas plus que le critique. Allez, un extrait de Talons aiguilles. Du grand cinéma là encore.



mardi 19 décembre 2017

Les sommets de la honte

Hier, 18 décembre, était la journée mondiale des migrants. Le moment de faire des constats. Libération titrait : «Migrants, les sommets de la honte», article illustré d'une photographie où l'on voit une colonne de gens dans la neige, qui avancent péniblement. Comment ne pas rapprocher, dans ma mémoire, cette photographie de celles prises en 1939 des réfugiés espagnols, avançant vers le col du Perthus, entre l'Espagne et la France, après avoir marché dans les difficultés, puis les mitraillages de l'armée nationaliste franquiste ? 1939, 2017. Presque quatre-vingts ans ont passé, laissant croire que le progrès des esprits renverrait ces images à un passé indigne. Quatre cent cinquante mille enfants, femmes, hommes arrivaient par ces chemins pénibles, portant tout ce qu'ils avaient pu sauver dans de pauvres valises, des sacs de toile, transis par le froid. A l'arrivée, des soldats les attendaient : il fallait contenir cette population, dont on craignait, disait l'administration française, les maladies dont ils pouvaient être porteurs, mais également la contamination politique. On les disait rouges, on les imaginait le couteau entre les dents. Ils furent accueillis: on fit des commissions de criblage, alors qu'ils avaient d'abord besoin de chaleur, de pain et d'un toit. A Argelès, Rivesaltes, Saint-Cyprien, on les parqua, comme on le fait avec le bétail.  Les barbelés d'un côté, la mer pour horizon qui n'avait alors jamais paru si hostile. Dans le creux du sable, ils creusèrent leur abri de fortune, de froid et d'humidité. Ils mangèrent le pain qu'on leur jetait, comme les enfants jetaient au zoo des croûtons pour les animaux. Pas de sanitaires : il fallait caguer au bord de la plage. N'était que la désespérance d'une situation incompréhensible. De ceux qui ne moururent pas de froid, des maladies qui apparurent, les plus fragiles sombrèrent dans la folie.


Almanach du Pèlerin - 1939
Mais ce que j'écris là se passait en 1939, il y a soixante dix-huit ans.

Ici, ce sont des Africains, des Afghans, des Albanais qui franchissent les cols. Nous sommes en 2017. L'extrême droite n'a pas besoin d'organiser des commandos contre les réfugiés. La police s'en charge, lacérant les tentes, arrosant les uns ou les autres, confiscant les couvertures, chassant certains avec des gaz lacrymogènes. Jacques Toubon n'était pas connu autrefois pour être ému par des situations de détresse sociale. Aujourd'hui il interpelle le gouvernement, sans réponse, sur la gravité des événements.

Au col du Montgenèvre, où je crapahutais il y a quelques années à la recherche des trésors enfouis d'une mer ancienne, passent aujourd'hui des Maliens, des Camerounais, des Sénégalais arrivant d'Italie de la Val Susa, débarquant à Névache, avec 80 centimètres de neige, une température de - 8°. 

La police des frontières fait des tours d'hélicoptères, contrôle les véhicules. L'été dernier, arrivant de Tende, j'ai été arrêté par un gendarme au bord de la route qui a regardé si une personne à la peau sombre n'était pas cachée dans ma voiture. Il ne m'a même pas demandé mes papiers. Je n'ai rien dit, il ne m'a rien demandé. Il a compris, je crois par mon regard, tout le mépris que j'ai pu avoir à ce moment-là pour cet agent de l'ordre.

Libération raconte qu'un «maraudeur», Joël, qui met au service des réfugiés sa connaissance de la montagne, a découvert dimanche matin un jeune Africain, Moussa, venant de Guinée-Conakry, affalé dans la neige à 1700 mètres d'altitude. Il a perdu ses chaussures, ses pieds sont gelés, insensibles. Il est héliporté à l'hôpital de Briançon.




Pierre Clastres, autrefois, avait écrit une étude intitulée La société contre l'Etat. Il y racontait comment s'exerce la solidarité dans les sociétés dites primitives d'Amérique du Sud. Aujourd'hui on sait que nos petites sociétés, isolées parfois localement, sans moyens financiers, doivent se dresser contre l'autoritarisme facile qu'exercent, sous les ors de la république, un gamin prétentieux dont l'esprit s'est attardé dans l'archaïsme de l'Ancien régime, et un vieillard pitoyable qui a construit ses réseaux dans la complaisance au catholicisme traditionaliste. Le goût du pouvoir construit les oubliettes de l'histoire.

19 décembre

Il y a cent sept ans, Jean Genet naissait à Paris.

Aujourd'hui on apprend qu'un enfant de seize ans s'est pendu dans une prison pour enfants à Lavaur, dans le Tarn.

Votre monde, aurait-il peut-être écrit, finira par tomber en poussière sans qu'aucune fleur ne puisse en puiser sa substance, ni jamais y éclore.




dimanche 17 décembre 2017

Philip Glass - Gidon Kremer

Philipp Glass et Gidon Kremer dans  Violin concerto.

Le temps est couvert, le froid est modéré. Il y a peu de raisons de mettre son nez dehors. Voir Marvin peut-être cet après-midi ?

Passez un agréable dimanche !



vendredi 15 décembre 2017

Θα καθομαστε απεναντι - Asseyons-nous face à face

Asseyons-nous face à face, de Dimítrios Koutsoúbas.

Quid du désir de l'autre, du temps que l'on prend à être face à lui, ou à elle ? Contre l'aspect éphémère des choses, contre la réalité du désir impossible, la fuite n'est-elle pas la solution, laissant alors au souvenir furtif la seule place qu'il reste au contact d'un moment ?




dancers: Anastasis Karachanidis, Daphi Koliva, Aris Papadopoulos, Stathis Papanagiotou narration: Anastasis Karachanidis, Dimitris Koutsoubas, Ifigenia Makri, Dimitris Tsaltas conception, text, choreography: Dimitris Koutsoubas direction, editing, sound design: Araceli Lemos cinematography: Sofia Adamopoulou, Giorgos Chantzis gaffer: Christos Karteris costumes and set: Elli Vogli furniture: Maria Sarri (Re4niture Labshop) excerpt: "There will be a day" by Manolis Anagnostakis, music: "Time passes" by Erasmia Tsipra,"We were one once" by Coti K., "Sur place 3 Saint-Martin-d'Heres" by Pali Mersault we wish to thank Maria Sarri, Christo Mourouki, Argyri Theo, Maria Nikolakopoulou, Gergia Desylla, Kornilio Selampsi © Δημήτρης Κουτσούμπας, Αρασέλη Λαιμού 2014

dimanche 10 décembre 2017

Testamentum aeternum

Pour compléter le billet sur Les pierres sauvages, voici une reconstitution en chant vieux romain, tel qu'il pouvait être interprété du temps de Bernard de Clairvaux, ou de l'Abbé Paulin au Thoronet.

Passez un agréable dimanche, au chaud autant que possible !