Je préfère le dissensus dur au caramel mou
Medusa – Il Caravaggio
Parfois on aimerait, face à la violence du monde, qu’un garçon vous prenne dans ses bras et murmure : « Ça ira, je suis là, on connaîtra des jours meilleurs… »
vendredi 31 juillet 2015
jeudi 30 juillet 2015
Dites, ne dites pas... Pierre Louÿs
L'écrivain Pierre Louÿs a de nombreuses qualités, parmi lesquelles son goût pour l'érotisme. Il mystifia une partie de son lectorat avec Les chansons de Bilitis censées avoir été écrites par une contemporaine de Sappho et découvertes dans un tombeau. Ces chansons célèbrent l'amour entre Bilitis et ses conquêtes féminines : elles sont une ode à la sensualité, et maintes fois j'aurais aimé trouvé leur équivalent pour les amours masculines. Cela reste sans doute à écrire.
De ces Chansons de Bilitis, voici « Tendresses »
Dans les curiosités coquines qu'écrivit Pierre Louÿs se trouve le Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation, écrit en 1917 et publié en 1927, à titre posthume. Un article de Libération présente ce Manuel... c'est ici : clic
Un internaute a eu la bonne idée de nous en lire quelques extraits :
De ces Chansons de Bilitis, voici « Tendresses »
« Ferme doucement tes bras, comme une ceinture, sur moi. O touche, ô touche ma peau ainsi !
Ni l'eau, ni la brise de midi ne sont plus douces que ta main.
Aujourd'hui, chéris-moi, petite sœur, c'est ton tour. Souviens-toi des tendresses que je t'ai apprises la nuit dernière, et près de moi qui suis lasse agenouille-toi sans parler.
Tes lèvres descendent de mes lèvres. Tous tes cheveux défaits les suivent, comme la caresse suit le baiser. Ils glissent sur mon sein gauche ; ils me cachent tes yeux.
Donne-moi ta main, elle est chaude ! Serre la mienne, ne la quitte pas. Les mains mieux que les bouches s'unissent, et leur passion ne s'égale à rien. »
Dans les curiosités coquines qu'écrivit Pierre Louÿs se trouve le Manuel de civilité pour les petites filles à l’usage des maisons d’éducation, écrit en 1917 et publié en 1927, à titre posthume. Un article de Libération présente ce Manuel... c'est ici : clic
Un internaute a eu la bonne idée de nous en lire quelques extraits :
mercredi 29 juillet 2015
Le revirement d'Alèxis Tsípras
On se rappelle le discours de François Hollande au rassemblement du Bourget avant l'élection présidentielle de 2012 : « [...] Cet adversaire, c'est le monde de la finance. »
Trois ans après, la situation en France montre un pays dont les seules avancées progressistes sont de nature sociétale et non sociale. Bien au contraire, les reculées dans le monde du travail, ce que l'on appelle pudiquement « les réformes », c'est à dire l'abandon de toutes les luttes pour un travail rémunéré à son juste prix, le financement des retraites... tout est passé à la moulinette du Père Ubu, en l'occurrence la loi Macron, fourre-tout inacceptable qui montre l'absence de pensée politique de ceux qui nous gouvernent.
Ce document réalisé en avril 2012, est un exemple de la manière dont se trament les « réorganisations » à l'échelle européenne. Comment, dès lors, ne pas comprendre les moyens de persuasion utilisés par François Hollande auprès d'Alèxis Tsípras, il y a peu de temps, pour le ramener à la raison des financiers européens ?
Les payeurs seront, évidemment, ceux de toujours. Les moyens ont changé : Augusto Pinochet, aidé par la CIA, organisait un coup d’État militaire au Chili en 1973 ; il n'est, aujourd'hui, plus besoin de coups d’État militaires : il existe un coup d’État financier permanent à travers le monde, et l'Europe en particulier...
Le plan de bataille des financiers from lesmutins.org on Vimeo.
Un sujet de François Ruffin, réalisé par Olivier Azam - Les Mutins de Pangée avec Fakir et la-bas.org / Avril 2012 -. Pour donner suite voir www.lesmutins.org
Trois ans après, la situation en France montre un pays dont les seules avancées progressistes sont de nature sociétale et non sociale. Bien au contraire, les reculées dans le monde du travail, ce que l'on appelle pudiquement « les réformes », c'est à dire l'abandon de toutes les luttes pour un travail rémunéré à son juste prix, le financement des retraites... tout est passé à la moulinette du Père Ubu, en l'occurrence la loi Macron, fourre-tout inacceptable qui montre l'absence de pensée politique de ceux qui nous gouvernent.
Ce document réalisé en avril 2012, est un exemple de la manière dont se trament les « réorganisations » à l'échelle européenne. Comment, dès lors, ne pas comprendre les moyens de persuasion utilisés par François Hollande auprès d'Alèxis Tsípras, il y a peu de temps, pour le ramener à la raison des financiers européens ?
Les payeurs seront, évidemment, ceux de toujours. Les moyens ont changé : Augusto Pinochet, aidé par la CIA, organisait un coup d’État militaire au Chili en 1973 ; il n'est, aujourd'hui, plus besoin de coups d’État militaires : il existe un coup d’État financier permanent à travers le monde, et l'Europe en particulier...
Le plan de bataille des financiers from lesmutins.org on Vimeo.
Un sujet de François Ruffin, réalisé par Olivier Azam - Les Mutins de Pangée avec Fakir et la-bas.org / Avril 2012 -. Pour donner suite voir www.lesmutins.org
mardi 28 juillet 2015
Jean Lebrun - Faire couple
Le grand Jean Lebrun, historien qui éclaire chaque jour un fragment d'histoire dans La marche de l'histoire sur France Inter, raconte la relation avec son compagnon Bernard Costa, journaliste de mode, qui avait entrepris un ouvrage sur Coco Chanel, avant que le sida ne le terrasse en 1990. Une histoire de couple qui mêle une entreprise intellectuelle et une relation où l'émotion a encore une très grande place par delà la disparition. Comment le travail entrepris peut-il se continuer quand son initiateur n'est plus présent ? Comment le couple continue lorsque l'une des personnes du couple s'efface...
lundi 27 juillet 2015
Ásgeir
En complément de mon billet de samedi évoquant l'Islande, je vous parlais de ces « forces de la nature » taillées pour affronter les éléments naturels...
Les chanteurs islandais ne sont pas légion à être connus dans le reste de l'Europe. Ásgeir ( Ásgeir Trausti Einarsson, fils d'Einar, donc ! ) est un ancien champion de sport, paraît-il (ne me demandez pas de quoi, je m'en fous !). On a un petit peu entendu cette chanson sur les ondes françaises. Ça n'a pas fait le même tabac qu'en Islande ! C'est gentil, ça se laisse écouter, même si on ne se le repassera pas en boucle toute la journée. Le clip vidéo semble inspiré des séries pseudo médiévales un peu bas de gamme, hélas. Le roi et la croix, chacun son imaginaire !
Commencez bien la semaine !
Les chanteurs islandais ne sont pas légion à être connus dans le reste de l'Europe. Ásgeir ( Ásgeir Trausti Einarsson, fils d'Einar, donc ! ) est un ancien champion de sport, paraît-il (ne me demandez pas de quoi, je m'en fous !). On a un petit peu entendu cette chanson sur les ondes françaises. Ça n'a pas fait le même tabac qu'en Islande ! C'est gentil, ça se laisse écouter, même si on ne se le repassera pas en boucle toute la journée. Le clip vidéo semble inspiré des séries pseudo médiévales un peu bas de gamme, hélas. Le roi et la croix, chacun son imaginaire !
Commencez bien la semaine !
dimanche 26 juillet 2015
Erik Satie/Alexandre Tharaud
Quoi de mieux qu'une Gymnopédie d'Erik Satie (la première) pour commencer un dimanche, qui plus est, interprétée par l'excellent Alexandre Tharaud ?
Je rappelle pour les beaux esprits que vous êtes, que gymnopédie signifie « enfant nu », hommage aux guerriers morts au combat dans la Grèce ancienne. Je ne sais pas si Satie composait avant de nommer son travail, mais je préfère imaginer, loin de toute guerre, la fraîcheur d'un jeune garçon dansant au lever du soleil. Je ne doute pas que Satie y ait été sensible. Que voulez-vous, on a ses faiblesses !
Je vous souhaite un excellent dimanche !
Je rappelle pour les beaux esprits que vous êtes, que gymnopédie signifie « enfant nu », hommage aux guerriers morts au combat dans la Grèce ancienne. Je ne sais pas si Satie composait avant de nommer son travail, mais je préfère imaginer, loin de toute guerre, la fraîcheur d'un jeune garçon dansant au lever du soleil. Je ne doute pas que Satie y ait été sensible. Que voulez-vous, on a ses faiblesses !
Je vous souhaite un excellent dimanche !
samedi 25 juillet 2015
Temps glaciaires
Je viens de terminer le dernier Vargas en date. Temps glaciaires. J'aime bien Vargas. Et pourtant, chaque fois je reste sur ma faim, comme une lecture inaboutie. Comme si, dans les milliers de pistes explorées, il fallait s'arrêter, faute de temps, faute de moyens de l'esprit pour aller jusqu'au bout de la seule piste qui compte.
Temps glaciaires nous entraîne dans deux sens apparemment très opposés, et géographiquement, et dans le temps : l'Islande d'un côté, la Terreur de l'autre. L'Islande, ce pays qui nous semble impossible, habité par des forces de la nature capables de résister aux pires froids, aux tempêtes, qui ne pourraient toutefois subsister sans la pêche pour nourrir leur corps, sans le volcanisme pour nourrir leur esprit, et, accessoirement mettre à leur disposition des bains d'eau chaude d'où ces forces viriles ressortent pour se précipiter dans la neige.
Jules Verne nous avait appris que c'est par chez eux que l'on pénètre la terre pour en découvrir le centre. L'aboutissement est en Sicile, où les roches encore brûlantes permettent de revenir en des lieux plus cléments à travers des méandres impossibles.
La Terreur, que l'on a apprise à l'école, est personnifiée par quelques noms dont Maximilien de Robespierre reste la figure de proue. Danton, Desmoulins, Saint-Just, l'entourent, autour d'une guillotine aussi sinistre qu'elle rend peu sympathique cette période de l'histoire française.
C'est entre ces deux points d'appui que l'enquête d'Adamsberg se déroule, dans ses errances intellectuelles, entouré de personnages et de policiers tout aussi improbables qu'ont pu l'être les acteurs de la Terreur.
C'est sans doute ce qui fait l'intérêt des romans de Fred Vargas : savoir la complexité des êtres, tous faits de tics, de tocs, jusqu'aux animaux qui ne se départissent pas d'une nature humaine. Complexe comme elle l'est également : elle est archéologue de métier et son travail s'apparente à une enquête de police ; son frère est un spécialiste connu de la Première Guerre mondiale : tous deux ont cette culture de la recherche de vérité que la police et la justice, que les sociologues et ethnologues essaient d'entrevoir, pas forcément avec les mêmes méthodes d'ailleurs, en ayant le sentiment qu'ils passent toujours toujours à côté de la seule vérité intéressante... Elle s'est également beaucoup investie dans la défense de l'ancien brigadiste rouge Cesare Battisti dont elle a contesté l'extradition réclamée par l'Italie.
Ses romans, comme beaucoup de romans policiers, explorent la marge de l'esprit humain : qu'est-ce qui déraille dans le sens commun pour trouver une autre voie qui fasse sens ? Quand on a posé la question, il suffit de laisser aller son écriture et tout vient avec, comme le besoin de se délivrer des saloperies dont le genre humain est capable, qui fait de si belles histoires.
La Terreur : je n'ai jamais été passionné par cette période, trop sanguinolente, dont l'instrument de musique préféré, la guillotine, nous est restée si longtemps pour rappeler le sort que le collectif sait faire aux individus. Le vice et la vertu. Extirper le vice de la nouvelle société. Qui peut dire le vice, et, le disant, croire qu'on ne l'incarne pas également ? La vertu est-elle la seule proclamation de la liberté, de l'égalité, de la fraternité, aussitôt oubliées au nom de l'intérêt général ?
L'Ancien Régime ne me paraît pas plus enviable : la seule raison que nous avons vraiment est de penser dans le présent, qui n'est déjà pas si facile. Il fallait autrefois être un étudiant d'Albert Soboul, spécialiste de la Révolution française pour trouver un intérêt à la prise du pouvoir des institutions par la bourgeoisie et ses clercs, et en garder les ornements, les ors affligeants, les draperies poussiéreuses passés de l'Ancien Régime à la nouvelle République. J'étais bien trop jeune pour être étudiant d'Albert Soboul, et François Furet liquida le catéchisme pseudo républicain de la République auto convaincue de ses choix avant que je puisse jamais m'intéresser à cette période qui déboucha sur les dictatures les plus effrayantes se réclamant de l'esprit des Lumières, qui comme l'esprit du 11 janvier 2015, n'a pas plus de pertinence que le beurre en broche.
Mais je m'égare. Un peu, pas vraiment. Peut-être ai-je l'esprit digressif à la manière du commissaire Adamsberg, qui va chercher sous les latitudes improbables les éléments dont il a besoin pour faire fonctionner ses neurones.
Chez Vargas, ce qui reste étonnant, c'est souvent soit l'absence de femmes, soit des personnages féminins dont les rôles restent très secondaires. Un peu comme dans les bandes dessinées : Hergé, mais sans aller jusqu'à Pétillon dont le Jack Palmer est le anti héros absolu. Pas de femme remarquable, donc, sauf Violette Retancourt, qui n'est justement pas un modèle féminin. Et Camille, avec qui Adamsberg a des relations compliquées et qui n'apparaît pas dans Temps glaciaires. Pas de femme à la féminité éprouvée, mais comme tous ces hommes qui hantent commissariat, vieilles baraques, ne sont pas non plus plus des modèles masculins. Disant cela je m'interroge aussi : qu'est-ce qu'une femme à la féminité éprouvée ? Apparence vestimentaire ? Maquillage ? Phéromones déterminant le côté canon de la dite femme féminine, appelant autour d'elle un lâcher de testostérone ? Le contraire donc d'une femme voilée ?
Et pourtant j'ai toujours l'impression que ces hommes décrits par Fred Vargas, malgré leurs devoirs rendus à la normalité : métier, travail, relations hétérosexuelles dont des enfants sont nés... restent dans une révérence, souvent non avouée, à la masculinité, quelle qu'en soit ses formes, et jusque dans celles les plus caricaturales. Je m'interroge toujours : qui est gay, dans ses personnages, dont on ne saura rien de son désir pour un autre garçon ?
Je parlais précédemment de sentiment d'inaboutissement des personnages, inaboutissement qui en fait des alcooliques, des rêveurs, des assassins, des artistes, des historiens, peut-être tous à la recherche d'un modèle inexistant, tellement idéel qu'on renonce une fois pour toutes à l'imaginer. C'est sans doute ce à quoi réussit son écriture : faire naître le besoin de parler, parler encore de ces êtres mal foutus, qui arrivent toutefois à s'accorder pour un temps donné, provisoire, jusqu'au prochain déséquilibre qui remet tout en cause. Comme à chaque fois qu'on s'est raté avec un garçon et qu'on ne sait pas vraiment pourquoi.
Oui, ces personnages sembleraient issus d'une institution spécialisée où les manies sont acceptées sans qu'on ne les considère jamais comme des troubles du comportement. Là, chacun compose une tesselle de cette mosaïque qui prend forme dès que l'on prend un peu de recul. Et à chaque fois, dans l'improbabilité d'un scénario se reconstitue une forme d'aventure légendaire. Ici l'Islande, la morue, la Terreur, la guillotine.
Quand je ferai un film d'un bouquin de Vargas, je ne prendrai pas Jean-Hugues Anglade pour Adamsberg, et encore moins José Garcia, qui personnifia le commissaire dans Pars vite et reviens tard, réalisé par Régis Wargnier. Jean-Hugues Anglade reste le Zorg de 37,2 le matin, L'Homme blessé de Chéreau, celui qui ne m'avait convaincu dans aucun de ces deux films. Jai toujours été étonné qu'on ne pense pas à Jacques Gamblin, comédien exceptionnel dont chaque prestation est une précision nouvelle de son travail d'acteur. Il sera formidable comme Adamsberg.
La canicule n'est pas encore tout à fait passée ; c'est à mon sens une raison suffisante pour lire, si ce n'est déjà fait, Temps glaciaires. On a parfois l'impression qu'ils sont devant nous, ces temps glaciaires.
Temps glaciaires nous entraîne dans deux sens apparemment très opposés, et géographiquement, et dans le temps : l'Islande d'un côté, la Terreur de l'autre. L'Islande, ce pays qui nous semble impossible, habité par des forces de la nature capables de résister aux pires froids, aux tempêtes, qui ne pourraient toutefois subsister sans la pêche pour nourrir leur corps, sans le volcanisme pour nourrir leur esprit, et, accessoirement mettre à leur disposition des bains d'eau chaude d'où ces forces viriles ressortent pour se précipiter dans la neige.
Jules Verne nous avait appris que c'est par chez eux que l'on pénètre la terre pour en découvrir le centre. L'aboutissement est en Sicile, où les roches encore brûlantes permettent de revenir en des lieux plus cléments à travers des méandres impossibles.
La Terreur, que l'on a apprise à l'école, est personnifiée par quelques noms dont Maximilien de Robespierre reste la figure de proue. Danton, Desmoulins, Saint-Just, l'entourent, autour d'une guillotine aussi sinistre qu'elle rend peu sympathique cette période de l'histoire française.
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| L'Islande : glace et feu |
C'est sans doute ce qui fait l'intérêt des romans de Fred Vargas : savoir la complexité des êtres, tous faits de tics, de tocs, jusqu'aux animaux qui ne se départissent pas d'une nature humaine. Complexe comme elle l'est également : elle est archéologue de métier et son travail s'apparente à une enquête de police ; son frère est un spécialiste connu de la Première Guerre mondiale : tous deux ont cette culture de la recherche de vérité que la police et la justice, que les sociologues et ethnologues essaient d'entrevoir, pas forcément avec les mêmes méthodes d'ailleurs, en ayant le sentiment qu'ils passent toujours toujours à côté de la seule vérité intéressante... Elle s'est également beaucoup investie dans la défense de l'ancien brigadiste rouge Cesare Battisti dont elle a contesté l'extradition réclamée par l'Italie.
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| Fred Vargas au Brésil |
Ses romans, comme beaucoup de romans policiers, explorent la marge de l'esprit humain : qu'est-ce qui déraille dans le sens commun pour trouver une autre voie qui fasse sens ? Quand on a posé la question, il suffit de laisser aller son écriture et tout vient avec, comme le besoin de se délivrer des saloperies dont le genre humain est capable, qui fait de si belles histoires.
La Terreur : je n'ai jamais été passionné par cette période, trop sanguinolente, dont l'instrument de musique préféré, la guillotine, nous est restée si longtemps pour rappeler le sort que le collectif sait faire aux individus. Le vice et la vertu. Extirper le vice de la nouvelle société. Qui peut dire le vice, et, le disant, croire qu'on ne l'incarne pas également ? La vertu est-elle la seule proclamation de la liberté, de l'égalité, de la fraternité, aussitôt oubliées au nom de l'intérêt général ?
L'Ancien Régime ne me paraît pas plus enviable : la seule raison que nous avons vraiment est de penser dans le présent, qui n'est déjà pas si facile. Il fallait autrefois être un étudiant d'Albert Soboul, spécialiste de la Révolution française pour trouver un intérêt à la prise du pouvoir des institutions par la bourgeoisie et ses clercs, et en garder les ornements, les ors affligeants, les draperies poussiéreuses passés de l'Ancien Régime à la nouvelle République. J'étais bien trop jeune pour être étudiant d'Albert Soboul, et François Furet liquida le catéchisme pseudo républicain de la République auto convaincue de ses choix avant que je puisse jamais m'intéresser à cette période qui déboucha sur les dictatures les plus effrayantes se réclamant de l'esprit des Lumières, qui comme l'esprit du 11 janvier 2015, n'a pas plus de pertinence que le beurre en broche.
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| Maximilien de Robespierre |
Chez Vargas, ce qui reste étonnant, c'est souvent soit l'absence de femmes, soit des personnages féminins dont les rôles restent très secondaires. Un peu comme dans les bandes dessinées : Hergé, mais sans aller jusqu'à Pétillon dont le Jack Palmer est le anti héros absolu. Pas de femme remarquable, donc, sauf Violette Retancourt, qui n'est justement pas un modèle féminin. Et Camille, avec qui Adamsberg a des relations compliquées et qui n'apparaît pas dans Temps glaciaires. Pas de femme à la féminité éprouvée, mais comme tous ces hommes qui hantent commissariat, vieilles baraques, ne sont pas non plus plus des modèles masculins. Disant cela je m'interroge aussi : qu'est-ce qu'une femme à la féminité éprouvée ? Apparence vestimentaire ? Maquillage ? Phéromones déterminant le côté canon de la dite femme féminine, appelant autour d'elle un lâcher de testostérone ? Le contraire donc d'une femme voilée ?
Et pourtant j'ai toujours l'impression que ces hommes décrits par Fred Vargas, malgré leurs devoirs rendus à la normalité : métier, travail, relations hétérosexuelles dont des enfants sont nés... restent dans une révérence, souvent non avouée, à la masculinité, quelle qu'en soit ses formes, et jusque dans celles les plus caricaturales. Je m'interroge toujours : qui est gay, dans ses personnages, dont on ne saura rien de son désir pour un autre garçon ?
Je parlais précédemment de sentiment d'inaboutissement des personnages, inaboutissement qui en fait des alcooliques, des rêveurs, des assassins, des artistes, des historiens, peut-être tous à la recherche d'un modèle inexistant, tellement idéel qu'on renonce une fois pour toutes à l'imaginer. C'est sans doute ce à quoi réussit son écriture : faire naître le besoin de parler, parler encore de ces êtres mal foutus, qui arrivent toutefois à s'accorder pour un temps donné, provisoire, jusqu'au prochain déséquilibre qui remet tout en cause. Comme à chaque fois qu'on s'est raté avec un garçon et qu'on ne sait pas vraiment pourquoi.
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| Jacques Gamblin, façon Harcourt |
Quand je ferai un film d'un bouquin de Vargas, je ne prendrai pas Jean-Hugues Anglade pour Adamsberg, et encore moins José Garcia, qui personnifia le commissaire dans Pars vite et reviens tard, réalisé par Régis Wargnier. Jean-Hugues Anglade reste le Zorg de 37,2 le matin, L'Homme blessé de Chéreau, celui qui ne m'avait convaincu dans aucun de ces deux films. Jai toujours été étonné qu'on ne pense pas à Jacques Gamblin, comédien exceptionnel dont chaque prestation est une précision nouvelle de son travail d'acteur. Il sera formidable comme Adamsberg.
La canicule n'est pas encore tout à fait passée ; c'est à mon sens une raison suffisante pour lire, si ce n'est déjà fait, Temps glaciaires. On a parfois l'impression qu'ils sont devant nous, ces temps glaciaires.
vendredi 24 juillet 2015
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