Je préfère le dissensus dur au caramel mou

Je préfère le dissensus dur au caramel mou
Medusa – Il Caravaggio

Parfois on aimerait, face à la violence du monde, qu’un garçon vous prenne dans ses bras et murmure : « Ça ira, je suis là, on connaîtra des jours meilleurs… »

lundi 15 juin 2015

Lluís Llach - Campanades a Morts

Je ne suis pas très au fait des commémorations et des anniversaires. Le grand Lluis Llach, plus ou moins retiré des affaires musicales actuellement, donnait en 2006 un concert en souvenir d'un massacre, un peu oublié aujourd'hui, qui eut lieu au Pays Basque sud le 3 mars 1976, l'Euskadi, donc, à Vitoria-Gasteiz, pendant ce qu'on a appelé « la transition démocratique » après la mort du dictateur espagnol Franco en 1975.
 
Pour une information plus précise : clic


Il n'est pas sûr que les démocraties soient durablement installées. L'arrivée en Espagne de Podemos est une bonne nouvelle, je l'ai déjà dit sur ce blog. Il faut toutefois rester vigilant : les tentations des vieilles forces rétrogrades veillent dans l'ombre.

Canción "Campanades a Morts" de Lluís Llach interpretada per l'Orquestra
Simfònica de Gasteiz i l'Orfeó Donostiarra en commemoració dels 30 anys
dels fets de Gasteiz

dimanche 14 juin 2015

Sommeil profond




Glass/Shankar - Passages

Pour bien commencer ce dimanche, apaisé des orages, grondements du tonnerre et autres petits amusements de Zeus au-dessus de nos têtes, voici les Ragas en gamme mineure de cette splendide collaboration qu'eurent Phil Glass et le regretté Ravi Shankar.

Passez un excellent dimanche au goût de fruits, défendus autant que possible !


samedi 13 juin 2015

C'est du grec !

En tout cas, le motif de la ceinture élastique de son slibard !


La fleur de châtaignier


Au mois de juin, avec ces chaleurs, on se surprend à observer la nature, à humer les odeurs suaves des fleurs, des arbres. Les lis sont en pleine floraison, et les châtaigniers commencent à se couvrir de chatons jaunes qui m'interpellent de leur fragrance particulière. Et le Divin Marquis, qui s'y connaissait, avait même raconté comment le châtaignier, si proche de l'homme par ses caractéristiques nourricières, par la beauté des fibres de son bois, par la douceur de ses châtaignes au moment de l'automne, était encore plus proche de la nature de l'homme qu'on ne le supposerait...
 
« On prétend, je ne l'assurerais pas, mais quelques savants nous persuadent que la fleur de châtaignier a positivement la même odeur  que cette semence prolifique qu'il plut à la nature de placer dans les reins de l'homme pour la reproduction de ses semblables. Une jeune demoiselle d'environ quinze ans, qui n'était jamais sortie de sa maison paternelle, se promenait un jour avec sa mère et un abbé coquet dans une allée de châtaigniers dont l'exhalaison de fleurs parfumait l'air dans le sens suspect que nous venons de prendre la liberté d'énoncer.


 

— Oh mon Dieu, maman, la singulière odeur, dit la jeune personne à sa mère, ne s’apercevant pas d’où elle venait… mais sentez-vous, maman, c’est une odeur que je connais.


— Taisez-vous donc, mademoiselle, ne dites pas de ces choses-là, je vous en prie.


— Et pourquoi donc, maman, je ne vois pas qu’il y ait de mal à vous dire que cette odeur ne m’est point étrangère, et très assurément, elle ne me l’est pas.


— Mais, mademoiselle…


— Mais, maman, je la connais, vous dis-je ; monsieur l’abbé, dites-moi donc, je vous prie, quel mal je fais d’assurer maman que je connais cette odeur-là.


— Mademoiselle, dit l’abbé en pinçant son jabot et flûtant le son de sa voix, il est bien certain que le mal est en lui-même peu de chose ; mais nous sommes ici sous des châtaigniers, et que nous autres naturalistes, nous admettons en botanique que la fleur de châtaignier…


— Eh bien, la fleur de châtaignier ?


— Eh bien, mademoiselle, c’est que ça sent le f… »


Donatien Alphonse François, Marquis de Sade - Contes licencieux

De toute évidence, il n'y a pas que les chatons (les fleurs) qui évoquent l'anatomie masculine...

vendredi 12 juin 2015

Discob le

Le travail photoshopesque n'est pas excellent (ce n'est pas de moi
 et je n'aurais sans doute pas fait mieux), mais l'idée est amusante !

André Gabriel, poète musicien

Il m'est arrivé plusieurs fois de croiser André Gabriel dans des stages de musique ou des concerts.
Cette vidéo présente une très belle collection d'instruments de musique du monde autour de la présence d'André Gabriel, toujours débordant d'enthousiasme à partager...


jeudi 11 juin 2015

Water boy - Onde de choc


Una lacrima sul viso

Avant c'était mieux, quand même, quand les garçons savaient se tenir, et, sagement, au piano, faire une  déclaration sous le regard éploré de la mamma, du padre dont la moustache rêche ne pouvait penser seulement à légèrement friser à la pensée de donner sa petite fille adorée au bellâtre chantant ? Bellâtre au visage un peu graissé pour les besoins des sunlights aux cheveux gominés, et la petite fille à la queue de cheval soigneusement attachée, jupe sagement rabattue au-dessous des genoux...

Le film Una lacrima sul viso, d'Ettore Maria Fizzarotti, sorti en 1964, ne restera sans doute dans les annales que pour son intérêt sociologique. On pourra même oublier la chanson de Bobby Solo, au titre éponyme, sur laquelle nos aînés dansaient des slows.  Tout était bon pour emballer (si j'ose dire!...)




Voici les paroles de cette chanson. Chacun est évidemment libre d'en apprécier le caractère inoubliable (ou pas).


Una Lacrima Sul Viso (Une Larme Sur Ton Visage)

Da una lacrima sul viso
D'une larme sur ton visage
Ho capito molte cose
J'ai compris beaucoup de choses
Dopo tanti tanti mesi ora so
Après des mois et des mois désormais je sais
Cosa sono per te
Ce que je suis pour toi
Uno sguardo ed un sorriso
Un regard et un sourire
M'han svelato il tuo segreto
M'ont dévoilé ton secret
Che sei stata innamorata di me
Que tu as été amoureuse de moi
Ed ancora lo sei
Et que tu l'es encore
Non ho mai capito
Je n'ai jamais compris
Non sapevo che
Je ne savais pas que
Che tu, che tu, tu mi amavi ma
Que toi, que toi, toi tu m'aimais mais
Come me, non trovavi mai
Comme moi, tu ne trouvais jamais
Il coraggio di dirlo ma poi
Le courage de le dire mais finalement
Quella lacrima sul viso
Cette larme sur ton visage
E' un miracolo d'amore
C'est un miracle de l'amour
Che si avvera in questo istante per me
Qui se réalise en ce moment pour moi
Che non amo che te
Qui n'aime que toi
(x2)
(x2)
Che te, che te, che te, che te
Que toi, que toi, que toi, que toi



Et pourtant, la culture italienne avait fait belle part à une autre chanson, Una furtiva lacrima, tirée de l'opéra de Donizetti, L'Elixir d'Amour, joué à Milan en 1832, dont Una lacrima sul viso ne paraît qu'un médiocre avatar. En voici les paroles :
Una furtiva lagrima
negli occhi suoi spuntò:
Quelle festose giovani
invidiar sembrò.
Che più cercando io vò?
Che più cercando io vò?
M'ama! Sì, m'ama, lo vedo. Lo vedo.
Un solo istante i palpiti
del suo bel cor sentir!
I miei sospir, confondere
per poco a' suoi sospir!
I palpiti, i palpiti sentir,
confondere i miei coi suoi sospir...
Cielo! Si può morir!
Di più non chiedo, non chiedo.
Ah, cielo! Si può, Si può morir
Di più non chiedo, non chiedo.
Si può morir, Si può morir d'amor.

Une larme furtive
A surgi dans ses yeux.
Elle semblait envier
La jeunesse en fête.
Que désirer de plus ?
Que désirer de plus ?
Elle m'aime, oui, elle m'aime : je le vois, je le vois.
Pour un instant, sentir les battements,
Les battements de son cœur.
Mêler bientôt à ses soupirs les miens !
Sentir, sentir ses battements,
Mêler à ses soupirs les miens !
Ciel ! après on peut, on peut mourir !
Je ne demande rien de plus, rien !
Ah, ciel ! après on peut, on peut mourir !
Je ne demande rien de plus, rien !
Après on peut mourir, après on peut mourir d'amour!
Pour écouter Una furtiva lacrima par Vittorio Grigolo, c'est ici

Certes, en matière de littérature courtoise, on a fait mieux. Mais la chanson Una lacrima sul viso, arrivant cent bonnes années plus tard, ne donne pas la preuve de la meilleure écriture !

mercredi 10 juin 2015

L'escalier...

est un lieu parfois difficile à affronter !


Les maîtres fous

Jean Rouch tourna ce documentaire au Ghana en 1955. Il fut présenté au public en 1956.

Il montre comment la culture africaine est devenue malade de la domination des Blancs, et comment les Maîtres fous s'organisent pour dire, pendant des cérémonies de transes, les jeux auxquels se prêtent les uns et les autres pour assurer leurs bénéfices des pouvoirs. Ce sont des clowneries, des cérémonies dionysiaques pendant lesquelles les individus doivent dire collectivement en quoi ils ont fauté, en quoi ils ont besoin de leurs ancêtres pour retrouver la tranquillité de leur vie ordinaire, à jamais marquée par la manière dont les Blancs se sont insinués dans leur société et dans leurs têtes.

C'est certainement ainsi que le théâtre est né, en Afrique, ou dans n'importe quelle région du monde, dans la nécessité de catharsis, lorsque les vivants doivent être possédés par les morts pour retrouver une identité.

Jean Rouch fut un grand réalisateur, attentif à l'Afrique qu'il fréquenta assidument. Et cependant, à l'écouter dans son commentaire, réduisant la cérémonie des Haoukas à une simple thérapie sociale, on s'interroge sur sa propre réflexivité à appréhender le sens profond de la cérémonie.

C'est en 1957 vraisemblablement que Jean Genet assiste à une projection du documentaire. Il en tire le prétexte de sa pièce Les Nègres, qui est publiée en 1958 aux éditions de l'Arbalète. En exergue de l'ouvrage publié de sa pièce et dédiée à Abdallah -le Funambule -, Jean Genet écrit : « Un soir, un comédien me demanda d'écrire une pièce qui serait jouée par des Noirs. Mais qu'est-ce que c'est donc, un Noir ? Et d'abord, c'est de quelle couleur ? »




mardi 9 juin 2015

Promenons-nous dans les bois

Et, pour éviter les coups de chaleur, pas d'encombrement excessif !


Αλίκη Καγιαλόγλου - Περιμπανού

Le hasard fait de drôles de choses.

Je sortais de la belle maison néo-hellénistique où j'habitais, rue Ermou. C'était le soir, encore en hiver. Une dame qui passait me voit refermer la porte à clé et m'interpelle : « Vous habitez ici ? J'ai vu quelqu'un essayer de s'introduire dans le jardin, par la porte arrière... » 

C'est ainsi que j'ai fait la connaissance d'Alíki Kayalóglou. Nous avons parlé, et c'est tellement facile en Grèce, où l'on s'interpelle presque comme si on se connaissait depuis toujours. Je lui racontai ce que je faisais, moi français, à Athènes. Elle me dit qu'elle était chanteuse. À ma grande honte — mais j'avais des excuses — je lui dis que je ne la connaissais pas. « Vous êtes très connue en Grèce ? », lui demandé-je connement. « Oh oui, encore assez ! » Elle m’invita à aller voir sur Youtube. Quand j’eus un moment, j’allai surfer sur la toile, et je découvris avec plaisir les quelques vidéos qui avaient été postées alors. Depuis d’autres les ont rejointes.

J’ai revu quelquefois Alíki, notamment lors d’un tour de chant de sa fille, soprano, qui donnait un concert. La discussion fut un immense plaisir échangé autour de la musique.

J’imagine qu’elle passe toujours rue Ermou, dans ces promenades qui vont de Gázi à Thissío, et qui sont un des charmes d’Athènes.



Paroles/Στίχοι :  Níkos Gátsos/Νίκος Γκάτσος
Musique/Μουσική :  Mános Hadzidákis/Μάνος Χατζιδάκις